‹ ÉgypteChapitre 24 sur 185 · LA PYRAMIDE ROYALE MEMPHITE · texte numérisé non relu

LA PYRAMIDE ROYALE MEMPHITE

qu'à l'achèvement. Il arrivait pourtant qu'on le remaniât au cours des travaux et que les proportions de l'ensemble fussent élargies, ce qui amenait des changements dans l'agencement de l'intérieur : il en fut ainsi probablement de Chéphrén et de Mycérinus, tandis que Chéops parait avoir été bâti d'une seule venue, sur

le site d'un tombeau plus ancien dont il engloba les éléments dans une maçonnerie grossière, qu'il habilla d'un parement de gros blocs (fig. 75). Ces repentirs dans l'exécution se remarquent surtout sous la IV*^ Dynastie, au temps où la formule constructive n'avait pas été fixée encore par une expérience suffisante, et où les architectes se laissaient entrainer a oser plus peut-être qu'il n'était bon pour la solidité de leur œuvre. Ceux de Chéops, afin d'éviter que le caveau ne s écrasât sous le poids de cent mètres de pierre, avaient ménagé au-dessus de lui cinq chambres de décharge superposées le long de l'axe médial : cet artifice, qui rejetait de lui sur les faces latérales le plus fort de la pression centrale, le sauva en effet, ^

mais il ne fut pas renouvelé dans la suite. A partir du milieu de la V^ Dynastie, la plupart des pyramides présentent un plan presque uniforme, qui, réduisant les dimensions, n'en assura pas moins l'inviolabilité de la momie (fig. 76). Un couloir incliné, affleurant au sol souc le milieu de la face Nord et dissimulé

Fig. 75. — Les assises conservées

AU revêtement de la Grande Pyramide.

(Cliché Covington.)

FiG. 76. — Plan d'Ounas.

(Dessin d'après Maspero, communiqué

fi.!)- la librairie .\. Picard.)

par le parement de la cour, juste au ras de la première assise, puis une salle d'attente à plafond bas, un corridor horizontal barré presque en son milieu par des herses de granit, un vestibule (fig. 77) qui communique, à droite avec la chambre du sarcophage, à gauche avec un serdab ou un magasin a provisions : le vestibule et la chambre du sarcophage sont coiffés d'un toit pointu consistant en trois assises de poutres en calcaire, accotées par le haut. Parfois les superstructures étaient constituées entièrement par de gros blocs en calcaire fin, comme chez Ounas ; le plus souvent, elles ont un noyau de calcaire grossier extrait de la montagne voisine et seulement habillé de calcaire fin.

Si peu capables que les figures géométriques soient a l'ordinaire d'éveiller un sentiment ou de procurer une jouissance d art, la pyramide telle que les Egyptiens l'ont réalisée sur le terrain ne manque jamais d'émouvoir profondément qui l'aperçoit pour la première fois. Et l'effet n'est guère moindre lorsque, au heu du monument lui-même, c'en est l'ébauche qu'on a devant soi. Le pharaon Nafirkeriya, de la 111 Dynastie, avait creusé, à Zaouîyét-el-Aryân, les tranchées destinées aux substructures de son tombeau et le plan incliné muni de glissières, sur lequel les blocs passaient en attendant qu'on y bâtît le couloir d'accès aux chambres mortuaires (fig.

78). Les travaux cessèrent au moment oii les assises inférieures de granit venaient d'être posées, et rien n'y tranche sur la surface qu'une admirable

Fig. 77. — La porte de communication

ENTRE l'antichambre ET LE CAVEAU

DANS LA Pyramide d'Ounas.

— LES C/fAPr.f.l.r.S DE LA PYRAMIDE

FiG. 78. — La tranchée descendante A Zaouîyét-el-Aryan.

(Cliché Oropcs.T.)

cuve ovale en granit destinée aux libations (fig. 79). Ce n'est donc, en somme, qu'une fosse en forme de T, profonde de trente mètres ; et pourtant 1 impression qu'on éprouve lorsqu'on y descend est de celles qu'on n'oublie jamais. La richesse et la taille des matériaux, la perfection des coupes et des joints, le fini incomparable de la cuve, la hardiesse des lignes et la hauteur des parois, tout se réunit pour composer un ensemble unique. Les chapelles de la pyramide achevée ne présentaient pas ce caractère de force presque brutale. C'étaient des édifices de taille moyenne, qui, sortant de la face orientale, allaient gagnant d'Ouest en Est jusqu'au mur d'enceinte. La seule qui nous soit arrivée complète, celle de Sanafroui, comprend deux petites salles obscures, sans ornements ni inscriptions, puis une cour derrière les salles, et, dans la cour, deux stèles nues qui s'enlèvent en vigueur sur le parement de la pyramide. Il ne subsiste plus que les pavements de la chapelle de Chéops, et celle de Chéphrén est très ruinée (fig. 80) ; on a cependant réussi à déblayer plusieurs de celles qui appartinrent aux souverains de la VP Dynastie, surtout à Sahourîya

et Naousirrîya. Des

propylées bâtis au pied

du plateau (fig. 81 ) y ^'^- 79 " ^^ plancher et la cuve

j '^ . ^ . DE LA PYRAMIDE INACHEVEE

donnaient accès, puis ^ Zaouîyét-el-Aryan.

on parvenait par une (cuché oropesa.)

FiG.

— Plan de la chapelle deChéphrên.

(D'aprùs Stciihiorff.)

longue rampe montante au ceps de logis, dont les dispositions variaient :

chez Sahourîya (fig. 82), par exemple, on avait un couloir obscur, puis une cour à portiques, puis un ensemble compliqué de cellules ou de magasins, et, dissimulée dans le fond, la stèle en forme de porte close où l'on célébrait les offices du roi défunt. C'était un temple, moins le Saint des Saints, ou plutôt le caveau funéraire était pour lui ce que le Saint des Saints était pour le temple véritable, le logis où le maître du lieu habitait à l'abri des attaques extérieures.

On rencontre de temps a autre dans les inscriptions de Sakkarah un hiéroglyphe bizarre, une pyramide tronquée surmontée d un obélisque et accompagnée d'un disque solaire, qui parfois semble se balancer en équilibre sur la pointe de l'obélisque. 11 désignait un temple que Pharaon consacrait à Rà, le soleil d'Héliopolis, dans sa cité royale, à proximité de son tombeau ; mais pouvait-on croire qu'il en exprimât fidèlement la figure, ou n'était-il que la réunion graphique d'éléments dissocies dans la réalité ? Les fouilles allemandes ont mis au jour, près d'Abousir, des débris qui prouvent que l'obélisque se dressait sur la pyramide même et non à côté d'elle. Une rampe serrée entre deux parapets conduisait du palais de Naousirriya au temple, qui consistait en une cour rectangulaire, longue de cent mètres sur quatre-vingts de large, et dont le grand axe filait de l'Est à l'Ouest : un mur de briques l'entourait, et on le franchissait

Fig. 81. — Plan DE': PROPYLÉES

DE Naousirriya.

(D'après L. Borchardt.)

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