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LES COLONNES DE L'AGE MEMPHITE

COU par quatre ou cinq bandes, se réunissent en bouquet pour former le chapiteau, et parfois des boutons naissants, intercalés entre les boutons demi-éclos, remplissent les vides au-dessus des liens. Lorsqu'on examine les ruines, on se persuade que l'architecture memphite, si elle tendait au gigantesque pour les tombeaux des rois, ne le recherchait point pour les temples des dieux : elle y voulait la force et l'élégance plutôt que l'énormité.

Les surfaces qu'elle préparait n en offraient pas moins un champ presque sans bornes à l'activité du sculpteur ou du peintre. Les Egyptiens ne souffraient pas d'ordinaire que la pierre, même la plus belle, demeurât nue, et d'autre part la peinture seulement, sans dessous de sculpture, ne leur semblait pas alors présenter les conditions de perpétuité requises pour la parure des temples ou des tombeaux : à de rares exceptions près, on ne la supportait que dans les maisons et dans les palais. Les Pharaons éprouvaient en effet une répugnance instinctive à installer leur vie dans un logis où d'autres avaient vécu la leur avant eux :

ils l'abandonnaient à leur avènement, et ils s'improvisaient des résidences nouvelles, qui leur semblaient toujours assez bonnes, pourvu qu'elles fussent de nature à durer autant qu'eux.

Ils se contentaient donc, pour ces bâtisses éphémères, d'une ornementation périssable de peinture simple, aux plafonds, aux

FiG. 89. — Deux colonnes

EN CHAPITEAU A FEUILLES DE PALMIER DE LA CHAPELLE FUNÉRAIRE D'OuNAS.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

pavements, sur les murailles, et la même tolérance s'étendit par force aux hypogées creusés dans une roche impropre à la sculpture, ainsi qu'aux chapelles en brique sèche que les villageois trop pauvres pour user de la pierre consacraient a leurs dieux ; partout ailleurs, la couleur n'est pour ainsi dire que le complément d'un relief, mais un complément tellement indispensable que nous avons peine à imaginer un édifice qui en serait privé. On comprend maintenant pourquoi l'art du peintre n'a pas pris en Egypte le développement personnel et la complexité qu'il a chez nous. 11 étend sur l'œuvre du sculpteur des teintes plates, puis il indique les détails de costume ou les accessoires que celui-ci n'avait pas notés. Il enlumine donc plus encore qu'il ne peint, et le besoin d'avoir des saillies a couvrir lui est s'ingénie à s'en donner l'apparence, là même où elles n'existaient point : il cerne ses figures d'un trait rouge ou noir, qui en arrête les contours avec autant de netteté que s'il les eût découpés à la pointe. La négligence préméditée des demi-tons et de leurs variétés infinies l'avait entraîné à choisir, pour chaque objet ou chaque personne, un ton qui, sans s'éloigner par trop de la nature, ne l'approchait parfois que d'assez loin. Ainsi l'homme a les chairs d'un brun plus ou moins foncé et la femme d'un jaune clair : on réserve à l'eau un bleu uni ou rayé de noir, un vert vif aux feuillages ou aux herbes, et un jaune sale semé de points rouges Fig. 91. —Colonne signifie indifféremment du blé en tas ou le sable du désert. Avec des conventions si pénibles et

Fig. 90. — Colonne lotiforme

DE ChOPSISOUPHTAH.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Hrugsch.)

si impérieux qu'il

des moyens si restreints, on n'en arrivait pas

lotiforme

deNaousirrîya.

iMusce du Caire.)

(Cliché IC. Hrugsch.)

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