ENCHAINEMENT DES PARTIES DU DECOR
gauche. Il allait alors procédant du dehors au dedans jusques au Saint des Saints, et, a chaque étape, le dieu se dressait devant lui, tel un grand seigneur qui, sorti a l'encontre des siens, les affronte et reçoit leur hommage de station en station. L'enchaînement est bien moins strict dans les tombeaux, car le mort s'y dédouble pour ainsi dire, et, tandis qu'en plusieurs endroits il attend passivement le bénéfice des peines que sa postérité s'inflige à son intention, dans d'autres il se conduit de même que s'il comptait encore parmi les vivants :
il parcourt ses champs ou ses ateliers pour en voir les travaux " et pour les surveiller. La contrariété de ses deux rôles se traduit alors par une contrariété pareille dans l'orientation de ses images : quelques-unes se meuvent ou s'arrêtent face à la k.iblah, comme les fidèles venus du monde extérieur pour fêter l'ancêtre, mais la plupart lui tournent le dos et semblent descendre d'elle, ainsi qu'il sied le maitre du logis. Si, négligeant ces variantes qui découlent de l'idée qu'on avait des conditions matérielles dans lesquelles la survivance
s'exerçait, on prend les tableaux de l'hypogée par le gros, on est forcé de confesser qu'ils progressent uniformément vers la stèle, et qu'ils illustrent par leur succession le drame mystique dont les péripéties se déroulent du seuil de la chapelle à la porte supposée du caveau.
Les artistes les enregistrèrent, et, comme ils en usèrent de même dans les temples, ils finirent par constituer des séries de dessins qui contenaient tous les éléments nécessaires à décorer la maison des morts ou celle des dieux. Il est probable qu'au début chaque district ou chaque ville importante avait ses cartons où les particularités
FiG. 96. — Le roi Sahourîva adopté
PAR LA DÉESSE EN PRÉSENCE DE KHNOUiMOU.
(Musée du Caire.) (Cliché H. Lirugsch.)
FiG. 07- — Menkaouhorou.
(Musée du Louvre.)
de ses religions et de ses funérailles étaient retracées, mais, au moment où l'histoire commence pour nous, les diversités locales n'existaient plus que petitement, et deux types généraux avaient prévalu, 1 un pour le tombeau, l'autre pour le temple : les exemplaires multiples que nous possédons de chacun d'eux ne se distinguaient que par le détail des noms et des figures. Ainsi que je l'ai dit déjà, plusieurs indices m'engagent à penser qu'ils furent fixés définitivement dans les écoles du Delta, et je l'estime prouvé pour celui des tombeaux : c'est au Delta en effet, et au Delta seulement, que les papyrus atteignent des hauteurs énormes, et qu'ils forment ces fourres immenses au milieu desquels le mort bienheureux s'enfonçait à l'aventure, afin de harponner le poisson ou de chasser les oiseaux d'eau et l'hippopotame (fig. 93). Après que les prêtres d'Héliopolis eurent codifié les principes du culte des dieux et des morts, ils en vinrent presque invinciblement à édicter des règles pour la composition et pour l'exécution des tableaux où ils le représentaient. Elles ne souffraient guère d'exceptions en ce qui concernait les dieux, car, lorsque 1 homme s'adresse à eux, ses actes et ses attitudes les plus insignifiantes en apparence ont leur importance. Pour bien faire, l'artiste aurait dû décomposer en autant d'images distinctes les mouvements les plus menus du célébrant, mais le théologien ne l'y contraignit pas. Il lui imposa seulement, pour
Fig. 98. — Bas KELiEi' ikulmimial
DE Sanafraouî, au Sinai.
(Cliché Pétrie)