LES BAS-RELIEFS ROYAUX
rain s'étalaient, celles du moins dont il reportait l'honneur aux divinités du lieu, et dont le butin avait aidé à construire ou a restaurer l'édifice.
On voyait donc Sahouriya, au côté méridional de son hypostyle, frapper un roi de Libye terrassé devant lui (fig. 95) ; plus loin, trois filles de chefs libyens imploraient sa miséricorde, puis des troupeaux captifs de bœufs, d'ânes, de chèvres, de moutons, s'avançaient sur quatre registres, tandis qu'au bas du mur, sous les animaux, la famille du vaincu pleurait le sort de son chef en présence d'Amentit, la régente de l'Occident, et d'Ashou, le seigneur du désert. Ailleurs, le Pharaon est engagé dans une expédition maritime contre des Asiatiques : sa flotte vogue vers lui sur deux lignes, aux clameurs des équipages. Ailleurs encore, il chasse au désert ou il poursuit les oiseaux à travers les papyrus. Tous ces souvenirs de sa vie prmcière s'effacent dès qu'il a franchi le seuil des chambres intérieures. Une escorte de porteurs d'offrandes l'y accompagne pendant quelques instants, mais bientôt elle le quitte à son tour, et il demeure seul vis-à-vis de ses pères divins : les déesses l'adoptent pour leur fils en l'allaitant de leur sein (fig. 96), et les dieux reçoivent de lui le vin et l'eau, l'huile parfumée, les tributs par lesquels il se flatte de capter leur bienveillance. Plusieurs de ces motifs nous étaient connus par les mastabas ; mais ce qu'on ne pouvait soupçonner avant qu'on ne les eût trouvés sur les monuments
royaux, c'est la
Fig. 104. — Bas-relief du tombeau de Makhou, r ■ 1
^ ^ . perrection avec la-
A Elephantine. Il 1
(Cliché Couyat.) quelle les artistes
FiG. io5. — Un maigre de Méîr.
(Dessin de Clédat.)
memphites les avaient traités. Le Menkaouhorou du Louvre (fig. 97) nous révélait déjà le charme qu'ils étaient capables de mêler aux images de leurs Pharaons, mais ce n'était qu'un fragment isolé : sur les grands bas-reliefs d'Abousîr, chaque figure, de la tête aux pieds, et, lorsqu'il s'agit de personnages qui s'entremêlent, chaque groupe de figures, s'enveloppent d un trait unique mené sur la pierre avec une sûreté de main et avec une liberté qui ne se démentent pas un instant. On a creusé le fond imperceptiblement le long de ce trait, afin d'accentuer la saillie, mais on l'a fait si subtilement qu'un effort d'attention nous est nécessaire avant que nous nous en avisions : le sujet est comme placé par la dans une atmosphère qui adoucit ses contours plus qu'on ne le croirait possible avec un relief maintenu aussi bas que l'était celui-la. Les détails intérieurs offrent un mélange de lignes nettes et de modelés presque imperceptibles : les éléments individuels du viscige, les yeux, le nez, la ,
bouche, le menton, sont enlevés d'une pointe vigoureuse, avec des arêtes vives qui en détachent la forme ; mais la souplesse des muscles et des chairs est exprimée par des tailles moelleuses qui corrigent ce qu'il y aurait eu, sans elles, de dureté dans le dessin (fig. 99). Les êtres de proportions surhumaines, rois et dieux, avaient des yeux en émail, et cet artifice prêtait une apparence de vie que la peinture exaltait encore. La couleur est tombée presque partout, mais où elle persiste, elle est d'une fraîcheur et d'une harmonie admirables.
Elle complète d'ailleurs l'œuvre du sculpteur et elle y ajoute des préci-
FiG. io6. — Un des gras
DE MÉÎR.
(Dessin de Clédat.)
FiG. 107. — Une paroi du tombeau
DE Rahatpou, a Méîdoum.
(D'après Pétrie.)