L'OBSERVATION SINCÈRE DE LA VIE HUMAINE
SI bien les particularités des sexes que
nous distinguons encore ses mâles de
ses femelles au port de la tète ou à la
coupe du corps, mais, de plus, il a noté
les frétillements de queue, les ondulations de cou, les allongements de becs,
les grattements de plumes, où leurs
sentiments se trahissent et leur joie
d'en avoir fini avec le moment mauvais. Les oies de Meidoum (cf. fig. 92)
sont célèbres, et elles nous montrent ce
que la peinture aurait donné si la
fragilité de ses moyens ne l'avait pas
discréditée chez un peuple où rien
n'était estimé que ce qui avait chance
de durer. Le lièvre qui se pelotonne
derrière une touffe d'herbe, le hérisson
qui sort à demi de son trou pour happer
une sauterelle, la gazelle qui allaite son faon, l'oryx qui s'enfuit et
le lévrier qui la terrasse, le sculpteur a raconté la vie des bétes du
désert avec le dessin le plus franc qui se puisse imaginer, et pour
ce qui est des animaux domestiques, qui a vu aujourd'hui les troupeaux revenir du pâturage, les moutons et les chèvres en débandade poudreuse, les ânes trottant et secouant 1 oreille, les bœufs lents et méditatifs, profilés sur la berge en silhouette sèche, il a vu du coup les plus beaux bas-reliefs de Ti ou de Marourouka. La statuaire évolue dans un domaine moins vaste et, par conséquent, d'inspiration moins libre que celui du bas-relief. Les poses entre lesquelles les tendances utilitaires de la religion lui laissaient le choix sont de deux sortes, selon la condition du modèle : ou celui-ci était noble, et sa statue le reproduit assis ou debout dans la tenue de sa classe, ou bien il n'était pas né, et alors elle assume la plus significative de ses attitudes profession-
FiG. i36. — L'homme ii ii • j. ■^^ j . ■ .
AGENOUILLÉ DU Caire. îj^l'^^-. l'/ ^^^^t d ailleurs des excep ions, et (Cliché E. Brugsch.) il arrivait que tel seigneur, attaché à la
FiG. iSy. — Stati'e n° DU Caire.
(Cliclié E. Brugsch )
domesticité d'un roi, acceptât d'être représenté dans la posture propre à son office et non dans celle qui répondait a son rang, tandis qu'un scribe de bas étage ou même un artisan réclamait pour son double de pierre l'extérieur d'un personnage de marque. En aucun cas, ni même quand il s'agissait des gens de métier, les statues n'admettaient de ces positions contournées et déséquilibrées qui abondent sur les basreliefs. Elles continuent de s'astreindre presque toujours, non par impuissance du praticien, mais par convenance rituelle, à la loi de frontalité : elles s'offrent de face au spectateur, et le sommet de leur crâne, la naissance du cou, le nombril et la fourche des jambes sent en ligne sur un même
plan vertical, sans que nulle des parties dévie â droite ou a gauche
si peu que ce soit. En effet, les Egyptiens étaient un peuple de
loisir, sur lequel les fièvres de notre siècle n'auraient pas eu de prise, et la gravité poussée
presque jusqu'à l'immobilité hiératique était pour
eux le signe par excellence de la race et de l'au-
torite. Il fallait que l'effigie du prince fût ce que
le prince lui-même avait été au moins les jours
de réception solennelle, sérieuse, impassible, le
menton haut, le buste droit, les cuisses allongées
parallelemen*^ et les pieds posés d'aplomb sur la
même ligne, si elle était assise (fig. 121), ou la
jambe gauche portée en avant et tout le poids
concentré sur la jambe droite lorsqu elle était
debout (fig. 122). Le plébéien et l'esclave imitaient par mode les allures des courtisans ou
de la noblesse, et leurs portraits vaquaient à
leurs occupations avec un calme et une sobriété
moindres a peine que ceux des maîtres, soit que, F'c '38.
brassant la bière, ils geignissent devant le pétrin ,,'^ dame . asi.
(fig. 123), ou que, broyant le grain, ils pei- (CUchéBouriaia.)