CARACTERES DE LA STATUAIRE MEMPUITE
nassent à genoux et penchés sur la meule (fig. 124). Les femmes recevaient le traitement de la classe à laquelle elles appartenaient, et la fille du roi ou la grande dame investie de droits égaux à ceux de son mari possédait, comme celui-ci, son image indépendante, ou, si, on les associait l'un à l'autre dans un groupe, elle se tenait debout
(fig. 125) ou elle siégeait à côté de lui sur le même banc, et elle lui passait le bras à
Fig. iSg.
Statuette archaïque
DE FEMME
(D'apvùs Plcyle.) (Musée deTurin.)
1 épaule en signe d'affection (fig. 126). Néanmoins, comme il était le chef de la famille, autour de qui les autres membres se ralliaient pour le culte, elle ne se refusait pas à ce qu'on la figurât, soit de même taille et debout tandis qu'il était assis sur sa chaise d'honneur, soit de taille plus petite et adossée avec ses enfants au devant du siège ou se serrant tendrement contre sa jambe (fig. 127). Elle est toujours vêtue, mais les garçons et même les hommes sont nus parfois, les libres comme les esclaves : peut-être était-ce pour satisfaire à quelque prescription religieuse, ou peut-être leur mettait-on à l'occasion des vêtements réels, comme on habille encore les madones en Italie. En somme, on ne rencontre guère plus d'une quinzaine d'attitudes, encore plusieurs sont-elles fort rares, parmi ce peuple de statues que nous tirons des tombeaux memphites, et l'on ne saurait s étonner si les visiteurs de no3 musées finissent par ressentir en face d'elles une sensation d'ennui (fig. 1 28).Lafauten'enest pas toute à l'Egypte, mais elle est bien un peu a nous qui entassons dans deux ou trois salles attristées des monuments dispersés à l'origine en cent endroits divers : ceux qui parcourent au Louvre les galeries
Fig. 140.
Statuette archaïque
DE FEMME
(D'après Capart.}
(Musée de Bruxelles )
FiG. 141. — Le Sphinx de Gizéh.
(Cliché !■:. nnifrscli )
encombrées de la sculpture grecque et romaine n'échappent pas toujours, eux non plus, à la monotonie et au dégoût, malgré la variété plus grande des types et des mouvements.
La pierre était la matière favorite, le granit rose ou noir, le dionte, les brèches vertes, les schistes, le grès rouge, l'albâtre, le calcaire blanc de Tourah, et les Memphites taillaient la plus dure avec une dextérité qui surprend, quand on songe qu'ils ne connaissaient point l'acier et qu'ils ne possédaient qu'un outillage de silex, de bronze ou de fer doux. Ce n'est donc pas manque d'adresse
manuelle, s'ils ne dégageaient pas entièrement certaines statues
ou certains groupes, mais, s'ils les adossaient presque toujours à une
dalle rectangulaire, qui tantôt déborde de chaque côté comme un
mur auquel ils s'appuieraient, tantôt se réduit a n'être qu'un pilier
terminé carrément au niveau des épaules ou
de la nuque, quelquefois avec une pointe
qui se perd dans les cheveux. Ils n'étaient
pas embarrassés pour supprimer ce contrefort lorsque cela leur plaisait, et, s'ils le
conservaient à l'ordinaire, c'était respect
pour une tradition établie au temps où l'on
avait craint, en le retranchant, d'affaiblir
l'œuvre et de diminuer ses chances de durée.
Ils continuèrent donc jusqu'à la fin a ne pas
séparer les bras du tronc et à réserver une
cloison solide entre celle des jambes sur laquelle le corps pesait et celle qui avance.
J'imagine volontiers que les types où l'on
remarque cette imperfection sont les plus
anciens de ceux qui furent inventés pour le
double, mais, au contraire, que ceux où on
ne la rencontre pas furent créés plus tard,
FiG. 142. — Le grand
CnÉPHRÈN DU Caire.
(Cliché E. Brugsch.)