LA TECHNIQUE ET LA MATIÈRE DES STATUES
lorsque l'école, par une longue pratique, eut acquis assez de confiance en sa force pour oser se délivrer d'elle. Si le rituel régissait strictement les thèmes artistiques de l'origine, il ne définissait pas avec autant de rigueur ceux qui étaient d'invention plus récente : on attribua donc de préférence aux grands personnages des statues encore à demi enfoncées dans la matière, tandis que les autres avaient le plus souvent des statues libérées, comme c'est le cas pour les serviteurs du double, meuniers, boulangers, pleureurs, brasseurs de bière, nains domestiques. On se hâta d'ailleurs d'utiliser les surfaces des supports au bénéfice des inleurs noms, leurs formules des proqu'ils en retiraient
FiG. 143. — Le Chéphrèn fn
ALBATRE. AU GaIRE.
(Cliché ;•:. Brugsch.)
dividus : on y inscrivit titres, leur filiation, les scynèmes, et le profit pour leur vie d'outre-tombe ne contribua pas peu sans doute à en perpétuer le maintien. Le bois, l'ivoire et le métal n'avaient jamais inspiré les mêmes défiances que la pierre, et la fermeté souple de leur texture permit aux artistes qui les employèrent d'affranchir entièrement leurs œuvres : ils s'asservissaient pourtant, eux aussi, à des nécessites techniques qu'il importe de signaler. L'ivoire n'a jamais été utilisé que pour des statuettes ou des bas-reliefs de petite dimension, tels le Chéops du Caire trouvé par Pétrie en Abydos (fig. 1 29), et les fragments de basreliefs de la V Dynastie découverts a Sakkarah (fig. 1 30) : ils sont les uns et les autres d'une facture très soignée, mais sans grande valeur d'art. L'Egypte produit peu d'arbres propres à la sculpture, et ceux qu'elle ache-
FiG. 144.
Le Mycérinus
DE RErSNER.
(Musée du Caire.) (Cliclié E. Brugsch.)
FiG. 145. — MyCÉRINUS El SA rKM.Mli.
(Musée de New-Yark.) (Cliché Reis}ier.>
tait en Syrie ou en Caramanie, sapin, cèdre, cyprès, lui arrivaient par poutres ou par billes trop petites pour qu'on y trouvât les dimensions d une figure complète de grandeur naturelle. On en tirait un tronc, une tête, parfois des jambes d'une seule venue, mais les bras, à moins qu'ils ne fussent collés au corps, et le plus souvent les jambes, étaient rapportés (fig. 131); on raccordait les pièces l'une à l'autre par des tenons rectangulaires, et, comme on enrobait l'ensemble d'un stuc léger puis d'une couche de peinture, les joints disparaissaient. Le métal, or ou argent, bronze ou cuivre, aurait fourni aisément de grandes pièces d'un seul jet, si l'art du fondeur avait été plus perfectionné : mais il me semble qu'on n'osait encore opérer que sur des quantités médiocres et qu'on ignorait la manière de préparer des creux considérables. On coulait donc les figurines et les amulettes en plein, mais les statues étaient en partie martelées. Le visage, les mains, les pieds, tout ce qui exigeait de la délicatesse, était fabriqué dans des moules : le buste, les bras, les jambes n'étaient que des plaques repoussées qu'on montait sur un noyau commun et qu'on assemblait par des rivets. C'est ainsi qu'ont été composées et la statue de Pioupi 1' et la statuette trouvée avec elle à Hiérakônpolis (fig. 1 32). L'armature en était en bois, la jupe en or, la coiffure en lapis-lazuli, et, comme il est naturel, jupe et perruque ont disparu : leur valeur brute avait tenté les ___ 82 ■
Fk.