LES STATUES ARCHAÏQUES
voleurs dès l'antiquité. Malgré la rudesse du procédé et les mutilations, ce sont deux pièces remarquables (fig. 133-134), qui font bonne figure même à côté d'œuvres comme le Chéphrèn en diorite.
Nos statues les plus anciennes appartiennent a deux écoles, celles du Pharaon Khàsakhmoui et l'homme accroupi de Kom el-Ahmar a la Thinite, la statue n'^ 1 du Caire a la Mem-
phite. Le Khàsakhmoui du Caire (hg. 135), qui est le meilleur, est en schiste, de demi-grandeur naturelle, et, bien qu'on y remarque encore de la raideur et de la gaucherie, il témoigne d'une habileté de ciseau qui n'est pas a mépriser. 11 est costumé en Osiris pour sa déification dans la fête de habi sadou : il coiffe le haut bonnet blanc, il se serre étroitement dans son manteau court, et, tandis que son bras et sa mam gauche se dessinent sous l'étoffe, son bras et sa main droite s allongent sur le genou. La tête a perdu sa moitié de droite, mais, en la rapprochant du fragment en calcaire d'Oxford, on y devme le portrait vrai, modelé dune touche un peu fruste avec une intelligence parfaite de l'anatomie et des procédés les plus propres à rendre l'expression fidèlement. C'est un bon morceau, que j'attribue à l'atelier royal, et dont les mentes se manifestent plus vifs encore lorsqu'on le compare a l'homme accroupi (fig. 1 36). Celui-ci sort d'un atelier privé, et le style en est si lourd, si rude, qu'on serait tenté de le croire plus ancien que le Pharaon. Toutefois, a l'étudier de près, c'est moins de l'archaïsme que de la maladresse provinciale, et j'en dirai tout autant de la statue en granit n" I
Fig. 148. — Rasafir.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.)
FiG. 140. — Le nain
DE GlZÉH.
(Musée du Caire.) (Cliché !■:. lii-ugscli.)
du Caire (fig. 1 37) : !a tête y est trop grosse, le cou trop bref, le torse trop trapu, la jambe mal faite, le pied taille sommairement. Ces fautes se retrouvent à des degrés divers sur les statues ou sur les groupes similaires qui proviennent de Sakkarah ou de Gizéh, et qui sont disperses dans les musées européens. Les plus célèbres sont le Sapoui et la Nasi du Louvre (fig. 1 38), mais il y en a a Turin (fig. 1 39), à Naples, a Munich, a Bruxelles (fig. 140), à Leyde. Ils offrent des traits de facture communs, le cou épais et court, la tête enfoncée entre les épaules, le corps massif et rond, la jambe et le pied mal dessinés. On sentira mieux le contraste entre cet art provincial et l'art de la cour, si l'on compare ces œuvres au Ràhatpou et à la Nafrit de Méidoum, qui leur sont contemporains à quelques années
près (Voir pi. Frontispice). Ceux-ci datent de Sanafroui, c'est-a-dire
du siècle où les vicissitudes de la politique
transportèrent les ateliers royaux de
Thinis dans la plaine memphite. L'homme
est d'une belle allure, avec son masque
intelligent, ses épaules amples, sa taille
mince, ses jambes fines, mais la femme
est un chef-d'œuvre, peut-être le chefd'œuvre de cette sculpture encore presque archaïque. Non seulement la tête et
le visage ressortent de la manière la
plus vigoureuse sous la perruque qui les
encadre, mais le buste et la cuisse se révèlent avec une élégance discrète sous le
manteau blanc : la couleur aidant et
l'artifice des yeux en émail, on éprouve
devant elle presque l'illusion de la vie.
Est-ce à la même époque et à la même
école qu'appartient le Sphinx de Gizéh ?
Il a été de mode, depuis une vingtaine
d'années, de rajeunir coûte que coûte les
Fig. i5o. — Le nain
Khnoumhatpou.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.)