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LA STATUAIRE MEMPHITE DE LA IV DYNASTIE

monuments à qui les égyptologues des deux premières générations avaient assigné une haute antiquité : le Sphinx (fig. 141) n'a pas été épargné, et plusieurs l'ont ravalé jusqu'à la XVlll' Dynastie. Certes, il a subi des restaurations sans nombre au cours de son existence, mais rapiécé qu'il est, il garde assez de son aspect primitif pour qu'on l'attribue à l'âge des Pyramides, sinon à 1 âge antérieur : malgré les mutilations qui l'ont défiguré, j'y crois distinguer les mêmes caractères qu'aux deux statues de Méidoum, ceux de l'école thinite à son apogée.

Il y a toujours, dans les œuvres les plus achevées des thinites, un je ne sais quoi de guindé et d'anguleux : les artistes memphites que les Pharaons appelèrent dans les ateliers royaux y perdirent vite leur gaucherie, mais conservant la tendance a la rondeur qui perce dans leurs productions premières, ils se firent une touche grasse et souple qui les distingua de leurs maîtres. Ils eurent, ainsi que la loi religieuse les y contraignait, le souci de la venté matérielle ; toutefois ils ne se refusèrent pas la faculté d'idéaliser les traits de leurs modèles autant qu'il était compatible avec les nécessites de la ressemblance. Ils atténuèrent délicatement certaines courbes du menton ou du nez qui leur semblaient disgracieuses ; ils remplirent les joues, ils évitèrent de trop enfoncer l'œil dans l'orbite, ils abaissèrent légèrement les épaules, et ils adoucirent la saillie des muscles sur les bras ou sur les jambes comme sur le buste. Les meilleurs d'entre eux réussirent ainsi à composer des statues ou des groupes d'une facture harmonieuse et noble, où l'énergie ne manquait pas à l'occasion. Leurs qualités éclatent dès le milieu de la IV^ Dynastie, dans l'admirable série d'effigies royales que possède le Musée du Caire. Le grand Chéphrén (fig. 142), que Mariette découvrit en 1 859 au temple du Sphinx, est en diorite, substance ingrate s'il en fut, mais qui a été attaquée avec tant de hardiesse qu'elle paraît avoir perdu sa dureté ! Pas plus que la plupart des statues en pierre sombre, granit noir et rouge ou brèche verte, elle n'avait été peinte entièrement : seuls certaines parties de la face, les yeux, les narines, les lèvres, et certains détails du costume

Fig. i5i.

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