LE CHEPHREN, LE MYCERINUS. LE CHEIKH-EL-BELED
I rien affirmer à cet égard. Nous ne connaissons encore aucune des images en pierre des derniers rois de la V"^ Dynastie ni de ceux de la Vr : elles ne devaient point le céder a celles de leurs prédécesseurs, si nous en jugeons d'après les statues contemporaines de particuliers qui nous sont parvenues.
Il est probable que plusieurs de celles-ci furent exécutées dans les ateliers royaux, tel le Rânafir du Caire, dont la haute mine est presque comparable a celle du Chéphren (fig.
148) ; pourtant la plupart doivent être attribuées aux officines privées de la plaine memphite, et, comme leurs modèles appartenaient à toutes les classes de la société, on y distingue plus de types différents que dans l'iconographie royale. C'est d'abord l'homme de cour et le baron debout pour recevoir l'offrande, les bras pendants, le pied gauche en avant : le Ti de notre musée en fournit un bon exemple et qui égale presque le Rânafir ; mais d'autres offrent plutôt un intérêt de curiosité; ainsi le prêtre circoncis Anisakha qui est entièrement nu, et les deux nains dont les difformités ont été copiées avec beaucoup de conscience médicale, sans tomber dans la caricature (fig. 149-150). Ceux-là sont en calcaire blanc de Tourah, rehaussé de couleurs vives : Kaàpirou, le fameux Chéî/^h-el-beled (fig. 151), est en bois, ce qui a permis au sculpteur de projeter en avant le bras gauche et la canne cérémonielle, puis d'alléger la démarche en déta- P .
chant les jambes l'une de l'autre. Le Cheikh- la prétendue femme el-beled marque l'apogée de l'art memphite, du Chéi'kh-el-beled. et, si l'on ouvrait quelque part un salon des ,„/*Yr^^ '^" ^""'^i''
, , ., 1 1 • •! 1 (Cliché communiqué par
chefs-d oeuvre du monde entier, il est un de la librairie a. Picard.) 87 — —
Fig. i53. — Statuette
Myers.
(D'après Caparl.)
ceux que j'y enverrais pour l'honneur de l'art égyptien. Ce n est pas seulement la tête qui est parfaite en lui (fig. I 52) : le relief dv. corps a été détaille avec amour, et l'exécution en a été poussée aussi loin que chez ceux de nos sculpteurs contemporains qui recherchent le plus la réalité. L'homme était un rustre râblé, trapu, bas sur jambes, d allure énergique mais commune : il vivait dans les bureaux plus souvent qu'en plein air, et, passés les cinquante ans d'âge, il souffrait des surabondances de chair qui chargent les gens de sa classe et de son tempérament. Les gravures donnent mal l'idée de ce qu'il est, et il faut le voir lui-même à sa place dans notre Musée pour l'apprécier dignement. De dos comme de face, l'artiste a noté avec une insistance curieuse les indices de la vieillesse prochaine, mais il en a arrête le rendu au point ou la vérité risquait de tourner au brutal. Le buste qu'on voyait dans l'ancienne collection Myers ((îg. 153), les deux torses du Caiîe, l'un d'homme (cf. fig. 131), l'autre qu'on appelle à tort la femme du Chéikh-el-be!ed (fig. 154), la statue d'un homme jeune et dont nous ignorons le nom
(lig.155-156),
sont certes moins illus -
très ; le bois y est taille plus sèchement, et l'ensemble laisse aujourd'hui une impression de dureté qu'on ne ressentait pas peut-être dans l'antiquité, quand la peinture enveloppait la forme. Pour le reste, on peut affirmer que la plupart des statues ou des groupes en pierre qui remplissent nos collections ne s'élèvent pas au-dessus de la médiocrité : on y rencontre des parties excellentes, des tètes surtout (fig. ! 57) ; mais souvent les corps sont imparfaits
SS
Fig. i55. — Statue EN BOIS DU Caire.
iClichêE.liru/zsch.)
Fig. i56. — Buste du n" i55.
(Cliché communiqué par la librairie
A. Picard.)
FiG. iSy. — TÊTE
DU Louvre.
(Dessin de Faucher-Gudin.)