LE SCRIBE ACCROUPI ET LE SCRIBE LECTEUR
avec des pieds et des jambes à peine dégrossis ; l'agencement des personnages est disgracieux, et les gestes par lesquels
la femme ou les enfants témoignent
{M ^ÉBw J^uf affection au chef de la famille sont
' ""■ trop compassés pour être élégants. Aussi
bien, avons-nous là des objets de commerce courant, fabriqués dans les boutiques des entrepreneurs de sépultures par des ouvriers sages et bien dressés mais dénues d'inspiration. Quelquefois pourtant, lorsqu'ils sont de petite taille, le fini de la touche corrige ce que la conception y a de banal et d impersonnel. Notre Nafîrou du Caire, Nafirou le boisseleur (fig. 1 58), qu'on n'admirerait guère s'il était de grandeur naturelle, doit a ses dimensions restreintes de paraître charmant ; beaucoup de visiteurs l'emporteraient volontiers pour faire de lui un bibelot d'étagère.
Le scribe accroupi et le scnbe lecteur sont parfois assez difficiles à séparer l'un de l'autre : on les distingue a la tête qui est plus inclinée et à la croisée des jambes, qui est plus plate chez le lecteur ; mais souvent le sculpteur n'a pas tenu compte de ces différences, et leurs types se confondent ou peu s'en faut. Ils établissent pourtant le lien entre la qualité et les gens du commun, bourgeois, commerçants, ouvriers, il arrivait en effet qu'un haut personnage, qui remplissait les fonctions de secrétaire auprès du souverain, choisit pour son double l'attitude d'un scribe de métier. Elle était assez disgracieuse par elle-même, rapetissant l'individu a la moitié de sa hauteur, et remplaçant les façons effilées et minces de la jambe par une sorte de semelle plate et anguleuse sur laquelle le buste s'implantait : les Egyptiens réussirent cependant à déduire de ces prémisses médiocres un type très présentable. Ils choisirent le moment où l'homme, ayant bien pris sa position à terre, les jambes repliées
Fig. i58.
Nafirou.
(Musée du Caire.)
(Cliché E. nrugsch.)
Fiu. i5û
Le scribe accroupi DU, Caire.
iCliché E. Bruffsch.)
SOUS lui, le jupon raidi sur les
cuisses et les bras allonges sur le
giron pour faire contrepoids au
buste, se prépare a lire ou à
écrire. Quelquefois il tient un
papyrus déroule ou une tablette
étalée devant lui, et, la main
immobile sur la marge de droite,
il attend que la dictée commence ;
quelquefois aussi il s'est débarrassé
de son rouleau et il médite. L'en-
tre-croisement des jambes est généralement exécrable : le sculpteur
1 a considère comme une sorte de
renforcement de la base et il l'a
négligé. En revanche, le tronc est
presque toujours fort soigne : il se
tasse un peu comme chez le scribe
du Caire, ou, comme chez celui du Louvre, il se dresse ferme sur
les hanches. Le scribe du Caire (tig. I 59) est impayable avec sa
mine chafouine, sa bouche maussade, ses gros yeux qui semblent
chercher sans bienveillance ceux du visiteur, mais celui du Louvre
(fîg. 1 60) le dépasse de beaucoup, et, s'il était nécessaire de classer
des chefs-d'œuvre, on le rangerait fort près, je crois, du Chéi/^hel-beled. Il est le vrai scribe de carrière, vigoureux, bien portant, pourvu sans excès de la dose d'intelligence suffisante à l'exercice de son métier : il sourit faiblement, et ses traits, s'ils expriment quelque chose, ne marquent qu'un peu d'attention alliée à beaucoup d'ennui. Les scribes accroupis et les liseurs en granit rose ou noir de Berlin ou du Caire, Sadounimait (fig. 161), Ràhatpou, offrent les mêmes particularités
F.G. .60. - Le scribe accroupi. p'"^ ^^ "^«'"f accusees ; leur face (Mu&ce du Louvre.) (Cliché Hachette.) est sans Vie, leur corps inerte, et.