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LES STATUES DES PETITES GENS

FiG. i6i. — Sadounî.maît

(Musée du Caire.}

(Cliché E. Hrugsch.)

malgré la qualité du métier, on y devine l'œuvre de praticiens plutôt que d'artistes. Je n'en dirai pas autant de notre scribe agenouillé (fig. 162) : celui à qui nous le devons avait assurément dévisagé son modèle de fort près, car il a mis en relief tous les points professionnels de la physionomie. C'est le vrai gratte-papier de moudiriéh, mine résignée, tenue craintive, mains croisées sur les genoux en signe d obéissance, dos qui semble s'arrondir dans l'attente des coups. Au dernier degré de l'échelle, les esclaves du mort, ou parfois le mort lui-même remplissant l'ofïîce d'esclave pour servir un dieu, vaquent chacun à ses occupations, et ils auraient fourni le prétexte de variations sans fin, s'ils avaient été confiés à un chef d'atelier, mais qu'ils fussent en pierre ou en bois, on les abandonnait d'ordinaire aux simples manœuvres. On s'explique ainsi que la plupart d'entre eux, meuniers ou meunières broyant le grain (cf. fig. 15 et 124), brasseurs (cf. fig. 123), poisseurs d'amphores (cf. fig. 16), pleureurs accroupis, cuisiniers troussant une oie ou la rôtissant (fig. 1 63), ne soient que des bonshommes a la douzaine, bâtis correctement, mais sans accent personnel : le seul qui, à ma connaissance, ait une allure originale est ce valet en bois de notre Musée qui, le sac sur l'épaule et les sandales à la main, s'en allait marchant à la suite de son seigneur (fig. 164). Vers la fin de l'âge memphite, ces figures de vassaux ou d'esclaves se multiplièrent et se groupèrent en scènes : c'est encore l'utilité qui le voulut. II en coûtait

cher de préparer une tombe aux murailles Fig. 162. — Le scribe 1 , • 1 -,

AGENOUILLÉ DU Caire. sculptees OU peintes, et la survie demeu- (Dessinde Faucher-Gudin ) fait le privilège dcs Hches OU des noblcs :

FiG. i63. — Le CUISINIER

DU Caire.

{Cliché E. liriigsch )

pour l'étendre au plus grand nombre, on détacha de la paroi les tableaux qui la couvraient et on les reproduisit en ronde-bosse avec des poupées en bois de petites dimensions. Comme il s'agissait de procurer aux é k\9 ilS^ pauvres une immortalité à bon marche, elles

'SIÉH^IBb ^^^^ presque toujours assez rudes, et elles

nimBnBH ' relèvent de l'industrie funéraire plutôt que de 1 art. On a de la sorte des jardins et des treilles où le double s'assoit au frais quand il lui plait, des maisons ou des greniers à ble dont des bcisseleurs et des scribes jaugent le contenu, des brasseries en activité, des boulangeries (fig. 165), des cuisines (flg. 166). Une murette basse sépare les bâtiments de la rue, avec sa porte rustique percée près de l'angle : des bouchers tuent les betes,des cuisiniers font rissoler des oies devant un hangar aménagé en magasin ou l'on aperçoit, dans le fond, des jarres isolées, et sur la façade des groupes de vases pour le blé, pour l'orge, pour le vin, pour l'huile. Un peu plus loin, nous assistons à un concert (fig. 168). Le mort trône dans une sorte de stalle, et, à sa droite, un peu en avant, une jeune femme, vêtue du pagne a bretelles, est assise sur une chaise ; deux harpistes, postés de chaque coté de lui, chantent en battant des mains.

Ces fêtes sont rares, mais les scènes de métier abondent où les figurines travaillent consciencieusement à l'intention du mort. Des menuisiers scient les poutres pour ses meubles. Des potiers manœuvrent le tour et enfournent sa vaisselle. Une théorie de femmes jaunes, flanquées chacune d'un garçonnet brun, défile avec le produit de ses domaines éternels (fig. 167), et des barques sont la qui l'attendent au cas où il souhaiterait se promener

Fig. 164. — Serviteur portant

les bagages de son maitre.

(Musée du Caire.)

iCliché E. liruffsch.)

FiG. i65. — Les boulangers.

(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)

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