LES ARTS MINEURS DE L'AGE MEMPHITE
FiG. 169. — Infanterie légère et grosse infanterie de Méîr. (Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
tement en tuiles polychromes de la chambre où reposait le roi Zosiri dans la pyramide à degrés de Sakkarah (fig. 1 70) et les débris de plaques vertes recueillis par Pétrie dans les ruines d'Abydos montrent qu'ils employaient la terre émaillée au décor des édifices sous les dynasties thinites, et l'on a des dynasties memphites des perles de colliers en émail, des fragments de vases, des briques jaunes, vertes ou bleues ; il n'en est pas moins évident que la vaisselle de luxe était alors en pierre ou en métal. Les Egyptiens avaient perfectionné au dernier degré les procédés de forer la pierre, de la tailler, de la polir ; non seulement les espèces tendres telles que le calcaire ou l'albâtre, mais les granits, les brèches, le diorite, la cornaline, les onyx, le lapislazuli, s'assouplissaient sous leurs doigts et assumaient les galbes les plus divers et les plus élégants.
Nous possédons
Fig. 170. — La chambre émaillée du roi Zosiri. (D'après le dessin de Segato.)
FiG. 171. — La tête
D ÉPERVIKR EN OR
DU Caire.
(Cliché E. Hrtiffsck.)
des aiguières et des bols en bronze qui ont été recueillis dans les mastabas. Toutefois aucun ne nous est parvenu de ces vaisseaux en or ou en argent, dont il est question dans les textes ^contemporains ou dans ceux des époques suivantes : ils sont tombés au creuset, et l'on se demande par quel hasard l'admirable tête d'épervier en or que Quibell trouva à Kom el-Ahmar n'a point subi le sort commun (fig. 171). Elle est aussi remarquable par le dessin que par la technique : la physionomie de l'oiseau est dune vigueur et dune exactitude incroyables, et l'emploi du jaspe rouge pour les yeux lui prête une vie qui étonne. Le corps était de bronze, mais les morceaux en sont trop oxydés pour que nous ayons pu les assembler : seule la statuette de Pharaon qui s'appuyait à la poitrine a été conservée. Les bijoux égalaient certainement ceux que nous avons découverts dans les tombeaux des deux premières Dynasties, mais les spécimens que nous en possédons sont de l'espèce la plus banale, des fils de perles en pierre ou en émail, des imitations de coquillages en or, des amulettes en or ou en vermeil, des grains en or uni ou strié ; il y a pourtant au Caire des figurines de gazelles, de chèvres et de bœufs, repoussées dans des feuilles d'or, puis retouchées à la pointe pour servir d'attaches ou de pendants de colliers, qui sortent de la médiocrité ordinaire. Nous sommes renseignés sur le mobilier moins bien encore que sur l'orfèvrerie, car nous en sommes réduits à demander aux bas-reliefs quelle apparence présentaient les coffres à linge, les boîtes à bijoux, les sièges, les lits, les chevets, les guéridons : les représentations qu'on en voit nous inspirent une bonne idée du goût et de l'adresse inventive qu'y déployaient les menuisiers. Somme toute, plus on étudie ce qui nous reste de cet âge des Pyramides, plus on se persuade que l'art industriel n'y était pas indigne du grand art : les menuisiers, les fondeurs, les orfèvres, les potiers qui fournissaient le vulgaire avaient le même sens instinctif de l'harmonie et de la grâce que j'ai signalé sur l'œuvre des sculpteurs ou des peintres qui travaillaient pour Pharaon.