DÉCADENCE DE LA STATUAIRE SOUS LA XIIL DYNASTIE
— I Autant qu'il est permis de
le conjecturer, l'uniformité dans le médiocre gagna peu à peu l'Egypte entière : ni le Sovkhatpou du Louvre (fig. 220), ni le Sovkoumsaouf (fig. 221), ni les deux rois jumeaux du Caire (fig. 222), ni les colosses usurpés par Ramsès II ne sont mauvais, et pourtant personne n'osera déclarer qu'ils sont boii3. Les ateliers roj^aux desquels ils sortaient avaient peu perdu de leur facilité manuelle, mais on n'y formait plus aucun artiste capable de rivaliser avec ceux qui avaient mis sur pied les colosses de Sanouasrît. Les ateliers privés eurent une production fort inégale. Les statues que nous avons d'eux au musée du Caire (fig. 223-225) sont lourdes et grossières, mais la plupart de leurs clients ne leur commandaient que des statuettes dont quelques-unes ne dépassent pas les proportions de figurines ; ils les traitaient alors avec une habileté spirituelle. Le Sovkoumsaouf de Vienne (fig. 224) doit à son horrible jupon d'avoir une rotondité presque ridicule : il n'en intéresse pas moins pour la science de la structure humaine dont témoigne sa petite personne. Le mignon scribe marcheur du Caire aurait sa place parmi les œuvres soignées de la XI L dynastie, si les inscriptions qu'on lit sur lui ne nous contraignaient a le ranger dans la p,Q 229. — Une des couronnes de KHNoa.MouîT.
XIIl . Nous igno- (Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
FiG. -230. — Diadème de Khnoumouît.
(Musée du Caire.) (Cliché E. Brugsch.)
rons presque tout de l'époque, et chaque fols que nous nous efforçons de la reconstituer avec les éléments existants, des documents nouveaux surgissent qui bouleversent les systèmes les plus solidement échalaudés en apparence. J'ai dit ce qui ressortait pour moi de l'examen du connu : je n'en tirerai pas des conclusions fermes qui risqueraient d être démenties dès demain.
Les meubles, la vaisselle de terre, de pierre ou de métal, les étoffes, les broderies, les arts mineurs en un mot, prospéraient sous les Pharaons thebams, bien que nos musées n'en contiennent que des spécimens assez rares : la découverte des trésors de Dahchour nous a jeté aux mains tant d'objets précieux que nous pouvons apprécier en toute sécurité l'art du bijoutier et de l'orfèvre. Trois harems de la XI r et de la XI IT dynastie se sont cotisés pour nous léguer des parures presque complètes de reines ou de princesses. Leurs colliers, leurs miroirs, leurs bagues, leurs bracelets, leurs couronnes, sont là péle-méle à côté de pectoraux au nom de leurs pères et de leurs maris : qui désirerait donner une idée de l'élégance des formes et de la vivacité harmonieuse des tons, il lui faudrait tout décrire ou plutôt tout reproduire en fac-similé colorié. Le pectoral principal de Sanouasrit 111 (fig. 226) simule un naos en or à colonnes de lotus, dont le champ est occupé en son milieu par un vautour qui plane au-dessus d'un cartouche : deux griffons, emblèmes de Mantou, le dieu de la guerre, terrassent un Asiatique à droite et à gauche du cartouche. Le pectoral d'Amenemhait 111 (fig. 227) est aussi un naos, mais le Pharaon deux fois répété y brandit la massue au-dessus d'un prisonnier agenouillé qui l'implore en vain. Chaînes en or, étoiles en filigrane, médaillon en mosaïque de verre, colliers avec pendants en or qui imitent des coquilles (fig. 228), on va d'une pièce à l'autre sans se lasser d'ad-