LES COLONNES SOUS LE SECOND EMPIRE THEBAIN
n'eut pas de succès, car il n'y en a plus traces en dehors du promenoir. Les trois colonnes usuelles ne se rencontrent pas indifféremment en tout lieu : les campaniformes furent affectées de préférence à la travée centrale des salles hypostyles, tandis que les lotiformes étaient reléguées aux portiques extérieurs, aux salles intérieures ou aux bas-côtés des salles hypostyles, et que les colonnes en palmier régnaient dans les portiques. Ce sont là des tendances vers une règle plutôt qu'une règle même : on peut dire, d'une manière générale, que l'ordre lotiforme est le favori des architectes pendant la durée du second empire thébain.
Quelques temples comportaient juste le nombre de pièces strictement nécessaire aux besoins du dieu, tels ceux de Thoutmôsis Ilî et d'Aménôthés 111, à Eléphantine. L'un de ceux-ci (fîg. 242) n'était qu'un sanctuaire en grès, haut de 4 m. 25, large de 9 m. 50, long de 12 mètres. Il reposait sur un soubassement en maçonnerie, élevé de 2 m. 25 et garni d'un parapet léger auquel s'appuyait un portique composé, sur chacun de ses côtés, de cinq piliers carrés encadrés entre deux larges piliers d'angle, et, sur chacune de ses façades, de deux colonnes à chapiteau en bouton de lotus. On y entrait de l'Est, où un escalier de dix ou douze
marches montait au portique et à la cella entre les deux colonnes : une autre porte ouvrait à l'extrémité Ouest (fig. 243).
C'est un temple périptère, et les Pharaons de la XVII r Fig. 243. — Coupe longitudinale du temple Dynastie ressentaient DE l'Est. une certaine prédi-
FiG. 244. — Façade ruinée du temple d'Amada. (Cliché Oropesa.)
lection pour son plan, car on le retrouve à Karnak et à Médinét- Habou. Celui de Médinet-Habou, presque identique à celui d'Eléphantine pour les dimensions, avait été fondé par Thoutmôsis lï et par la reine Hatchopsouitou, mais on dirait qu'avant qu'il fût achevé on y ajouta vers l'Ouest — et ce fut peut-être Thoutmôsis III — un second édifice formé de six pièces disposées sur trois rangs de deux, le sanctuaire dans le fond et les chapelles des dieux parèdres sur les côtés. La construction et la décoration trahissent partout de la négligence ou plutôt de la gaucherie ; ce dont on ne s'étonnera pas, si l'on songe qu'en ce temps-là Azémouitou, notre Médinét-Habou, était une petite ville de province. Pour ne citer qu'un fait, les dalles de la toiture sont assemblées de manière si défectueuse qu'on a dû étayer celles du portique, au moyen de colonnes placées vers les angles où il était nécessaire et sans souci de la régularité. Elles sont là comme au hasard, et,
malgré tout, elles se
marient si bien avec l'ensemble que leur présence ne choque point le spectateur :
elles semblent une singularité ou une hardiesse gracieuse plutôt qu'une faute constructive. Le temple d' Aménôthès 1 1 1 à El-
Kab, presque aussi
simple que ceux d'Elé-
La cour du temple de Ramses III, 1 . , . ,.
A Karnak. phantme et de Me-
(Cliché Legrain) dinét-HaboU, nOUS
FiG. 245.
LE TEMPLE PÉRIPTERE
révèle un plan différent.
Il possède deux pièces actuellement, mais la première, qui est un portique, a été bàtie sous les Ptolémées, et elle n'appartient pas à l'ordonnance primitive : seule, la chambre de la barque, le
FiG. 247. — Les colosses en av,
DU TEMPLE DE LoUXOR.
(Cliché Béato.)
s'il est bien traité, produire de véritables chefs-d'œuvre.
La chapelle de Khnoumsu, à Eléphantine, en était à coup sûr l'exemple le plus achevé : les rapports entre les parties en avaient été calculés avec une telle science que les artistes de
FiG. 246. — Le TEMPLE DE Khonsou, A Thèbes,
COUPÉ sur son grand axe.
(D'après Chipie^.)
(Hist. de l'Art, t. I, p. 355.)
sanctuaire, remonte à l'époque thébaine. Elle est oblongue, soutenue de quatre piliers hathoriques, et une niche, à laquelle on accédait par quatre marches, se creuse dans la chambre du fond, qui est le Saint des Saints, le réduit où la statue divine se cachait. Somme toute, nous observons, sous la XV 1 1 1 Dynastie, deux types distincts pour la forme la plus simple, pour l'oratoire : celui de la chambre unique avec ou sans colonnes intérieures, et celui du périptère qui, sans prêter aux combinaisons savantes, peut,
FiG. 248. — Le côté Nord de l'avenue
DES Béliers, a Karnak, pendant l'inondation.
(Cliché Legrain.)
FiG. 249. — La cour d'Aménôthès III, a Louxor,
VUE DU Nord-Est.
(Cliché Béato.)
l'expédition française ne pouvaient se lasser d'en admirer la justesse.
C'est une surprise pour ceux qui sont accoutumés à considérer l architecture égyptienne comme un art massif et colossal, d'y trouver des œuvres d'une fermeté et d'une élégance toutes grecques.
Il y a des raisons de croire que ce périptère était inconnu à la première époque thébaine, et qu'il fut inventé ou tout au moins amené à la perfection au commencement de la seconde. Presque en même temps que lui apparaît un modèle plus développé, mais restreint encore, de ce que j'appellerai le temple pour petite ville. Celui d'Amada, qui date de Thoutmôsis II! et d'Aménôthès II, consiste en trois longs boyaux parallèles (fig. 244), au centre et d'une seule venue le sanctuaire d'Amonrà et de Rà-Harmakhis, sur les côtes deux chambrettes en enfilade. A l'origine, celles-ci étaient indépendantes, et celles du fond n'étaient accessibles que par le Saint des Saints :
par la suite, on pratiqua, dans les murs de séparation, des portes qui les mirent en communication r- ^ t ■ ^ ^
., ., hlG. 2D0. — La REGION SUD-OUEST DU TEMPLE
1 une avec 1 autre. d'Aménôthès III, A Louxor.
Les trois nefs (CHché Béato.) . . i38 - - -^ ---