LES HÉMI-SPÉOS ET LES SPÉOS DE LA NUBIE
marches en avant, et on y a percé une porte étroite et haute, presque une fente. La salle hypostyle, supportée par quatre colonnes polygonales, mène aux trois chapelles ordmaires : celles-ci, toutefois, au lieu de s'aligner parallèlement l'une à l'autre, sontréparties sur les trois côtés, le sanctuaire au fond en face de l'entrée, les chambres de la mère et du fils à droite et a gauche de l'hypostyle. Ramsès II manifesta un goût particulier pour ce genre d'édifice, et la Nubie est pleine encore de ceux qu'il y consacra, à son père Amon en apparence, en réalité à sa propre divinité. Le plus ancien et le plus élégant à coup sûr des hémi-spéos, Béit-Oually, possède un vestibule profond, annoncé en façade par deux piliers carrés et couvert d'un toit rapporté (fig. 256). Trois portes, — celles des côtés sont postérieures a celle du milieu, — conduisent au vestibule transversal, où deux colonnes protodoriques un peu trapues ont été réservées dans le roc : le Saint des Saints abrite trois statues qui représentent les trois dieux de la triade locale. A Ouady essébouà, à Derr, a Gerf-Husséin, l'excavation et ses avancées en maçonnerie atteignent les dimensions d'un temple isolé de grande ville. Les propylées de Sébouà, qui ont été déblayés récemment, forment un ensemble magnifique de colosses et de sphinx a visage humain ou à tète de faucon (fig. 257). Gerf- Husséin possédait un piQ ^-,3. détail dun des pavements ScUictuaire, deux hypo- du palais d Aménôthès iii,médinét-Habou.
Fia. 27g. — Le mic.doi,, a Mkdim;] -I I abou (Cliché Thedenat.)
styles, dont le plus grand est soutenu par des piliers garnis d'atlantes, une cour à portiques du même type que celle du Ramesséum, un pylône, des cours, une allée de sphinx (fig. 258).
Le petit spéos d'Ibsamboul est d'un dessin moins compliqué. Il tourne à la rivière une façade garnie de six colosses debout dans autant de niches, quatre pour Ramsès II, deux pour sa femme Naftera(fig.259). L'hy.
postyle a six piliers polygonaux, au sommet desquels une tête d'Hathor est plaquée en guise de chapiteau. Trois portes établissent la communication avec le vestibule, et les trois chapelles dépendent de celui-ci, l'une, le sanctuaire au centre, en face de la porte d'entrée, les deux autres aux deux extrémités. Le grand spéos voisin (fig. 260) est un temple complet, bâti selon l'esprit qui avait inspiré le plan des temples isolés, et l'on y retrouve toutes les parties qui les constituent. C'est d'abord une esplanade de terre battue ; un escalier de quelques marches la réunit à un perron bordé d'une balustrade pleine, en arrière de laquelle s'élevaient, sur une seule ligne, vingt statues alternativement d'Osiris-momies debout et de faucons (fig. 261), huit a droite, huit a gauche du palier central. Derrière cette ligne et dressé dans le rocher, le pylône en talus étale sa surface énorme, le long de laquelle les quatre colosses réglementaires veillent, impassibles. Au delà du pylône, pour remplacer la cour à ciel ouvert, une salle de 40 mètres de long se déploie, bordée, comme la cour de Ramsès 111 à Karnak, de huit piliers carrés auxquels autant d Osiris sont adossés. A cette sorte de préau couvert, succèdent l'hypostyle et, au fond de celui-ci, le sanctuaire entre les loges des dieux parèdres. Huit cryptes, placées à un niveau plus bas que celui de la nef centrale, se répartissent mégalement à droite et à gauche et simulent les chambres accessoires. Les différences et les irrégularités de l'agencement s'expliquent par la néces-
- LE TOMBEAU THEBAIN EN MASTABA A PYRAMIDE — i
site, qui s'imposait au fondateur, de choisir les bancs de la pierre les plus résistants et d'éviter que le poids de la montagne écrasât son œuvre.
Si le temple isolé s'enfouit à l'imitation des vieilles chapelles funéraires, par un phénomène inverse, les chapelles funéraires se détachèrent souvent des hypogées auxquels elles appartenaient et devinrent des temples isolés. Les tombeaux des particuliers étaient de deux sortes, comme au premier âge thébain, les uns creusés entièrement dans la falaise, les autres du genre des mastabas â pyramide, mais avec des modifications importantes dans les proportions relatives de la pyramide et du mastaba. Celui-ci qui, d'abord, s'était amoindri au point de n'être plus qu'un socle insignifiant, se rehaussa peu à peu jusqu'à presque recouvrer sa taille, tandis que la pyramide s'abaissait parfois aux
FiG. 280. — Esquisse au noir
d'untableau sur un des piliers
DE l'hypogée de Sétouî I'^
(Cliché Insinger.)
dimensions d'un pyramidion d'obélisque. Il n'y a plus, à ma connaissance, qu'un seul spécimen de l'espèce, la chapelle d'Apis découverte par Mariette au Sérapéum, il y a soixante ans (fig. 262). Le mastaba subsiste encore, une chambre en maçonnerie juchée sur un soubassement plein, garnie extérieurement, vers les angles, de colonnes polygonales engagées, et couronnée d'une corniche évasée.
Fig. 281. — Esquisse d'un tableau
au tombeau de Khamhaît.
(D'après Prisse d'Avennes.)
FiG. 282. — Le Ror chargeant.
(Ostracon au Musée du Caire.)
(Cliché E. liruffsch)
Le pyramidion a disparu presque entièrement et le caveau est sous la bâtisse, mais il est indépendant d'elle : on y descend par une rampe qui s'amorce dans le sol un peu en avant de la porte du mastaba. Les monuments de ce genre abondaient à Thèbes, mais ils ont tous été détruits, et l'on ne soupçonnerait pas leur existence s'ils n'étaient pas figures fréquemment dans les peintures. Le pyramidion était plus ou moins pointu, et on le construisait en briques : une lucarne y était pratiquée à l'occasion, qui prétait du jour à l'mténeur, et une pointe en pierre noire, granit ou schiste, le terminait (fig. 263). Les hypogées proprement dits, dont la montagne thébaine est comme criblée, tenaient encore des traditions de la XI T Dynastie en ce qu'ils offraient, comme ceux-ci, derrière leur front, une salle hypostyle ; mais l'espace disponible était très restreint, et, afin de l'économiser, on adopta un plan moins ambitieux des le début de la XVI ir. On y voit à l'ordinaire une cour à ciel ouvert, rudement equarrie dans la colline et où l'on célébrait les premiers rites de la mise au tombeau, une antichambre étroite et longue a l'extrémité de laquelle la stèle était souvent reléguée, et dont la décoration comportait la reproduction des scènes de l'enterrement, le banquet funèbre, la mu- I sique, les danses, voire la pèche, la chasse, les travaux des champs qui assuraient la nourriture au mort. La chapelle admettait à la rigueur une disposition en croix grecque ; presque toujours elle n'était plus qu'un réduit oblong, ou même un
Fig. 283. — Le roi
amenant un prisonnier.
(Ostracon au Musée du Caire.)
(Cliché E. Brugsch.)