LA PEINTURE DANS LES TOMBEAUX THEBAINS
mêmes, par des moyens de perspective normale, ils en avaient la faculté.
Comme au tombeau de Nakhouîti, ils installaient sur la paroi, à des hauteurs diverses selon l'éloignement, les personnages qui jouent un rôle dans l'action, le mort surveillant ses ouvriers, les charrues au labour, les semailles, le dépiquage à la pioche, le bûcheron aux prises avec un arbre, le journalier altéré qui boit un coup d'eau a son outre (fig. 292). C'est un essai maladroit, et qui ressemble plus aux rendus des paravents chinois qu'a ceux de nos paysages, mais c est une perspective, et l'exemple que je cite n'est pas isolé : on en rencontre plus d'un autre dans les hypogées peints de Cheikh- Abd-el-Gournah. De la fresque, le procédé dut passer promptement au bas-relief, et on le rencontre sur les pylônes : où il ne s'agit pas d'offrandes et de sacrifices mais de batailles, comme à Louxor et au Ramesséum, la face entière n'y est de bas en haut qu'une vaste composition, dans laquelle les personnages s'assemblent et se dispersent sans que les plans soient sépares par des lignes (fig. 293).
L'action n'y est pas unique, mais une histoire complète s'y déroule dont les épisodes se fondent
parfois, ainsi, pour la ba- •
taille de Qadshou, le ^^^ 3^3 ^^ ^^^^^^^^ ^^ ^^ ^^^^^
conseil de guerre des Hathor.
généraux égyptiens et le (Musée du Calre.) (CUché E. Brugsch.)
FiG. 3i6. — Le bas-relief de la vache Hathor. (Musée du Caire.) (Cliché E. Brtigsch.)
rapport des espions, la surprise du camp par les Hittites, Ramsès II chargeant, l'arrivée des renforts, le combat sur les berges de rOronte, la sortie des Amorrhéens qui sauva les débris de l'armée asiatique.
Comme nous connaissons le thème dominant par des textes littéraires, nous ne sommes que médiocrement embarrassés d'en interpréter les développements artistiques ; mais, il faut bien l'avouer, si nous n'avions que le tableau, il nous serait fort malaisé de rétablir d'après lui la chronologie des événements et d'en distinguer le progrès avec sécurité. L'artiste ramesside était incapable encore de discerner les moments décisifs et de saisir le point critique de la bataille : il a entassé les incidents un peu a l'aventure, sans s'inquiéter de l'heure a laquelle ils étaient survenus ou de l'influence qu ils avaient exercée sur le résultat final. Il s'est ingénié surtout à mettre en évidence la personne du pharaon et à retenir sur elle l'attention du spectateur. A chaque crise, il a groupé autour d'elle les personnages secondaires, et, pour mieux forcer les yeux a s'y porter, il lui a prête la taille héroïque. Ramses 11, debout sur son char et criblant de ses flèches les Asiatiques en déroute, est à Louxor comme au Ramesséum le centre de l'action. L'artifice qui consiste a attribuer au prince des proportions surnaturelles est puéril en soi : dans une vaste machine telle que la chronique illustrée d'une bataille, c'était après tout le seul moyen de prêter un semblant d'unité a la décoration.
Les progrès sont moins apparents dans la statuaire, et pendant longtemps on a cru qu'elle continuait uniquement, en la faussant et en la dégradant, la tradition memphite. On y retrouve si souvent les formules de l'âge des Pyramides qu'on a l'impression que rien n'est changé ; des pourtant qu'on descend au détail, on reconnaît que le nouveau y abonde. Prenons
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