‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 10 sur 56 · Rapprochez encore le passage corrompu · texte numérisé non relu

Rapprochez encore le passage corrompu

J'oï ja dire que uns teus Avoit .1. forestier galois, Puis que Artus en fu fait rois...

l6 ERNEST MURET

LA PREMIÈRE PARTIE DU POEME d'eILHART.

Enfance de Tristan (47-350). Eilhart est beaucoup plus bref que Thomas sur l'histoire des parents de Tristan. La longue introduction du roman en prose, relative aux aventures du roi MéHadus de Léonois et de ses ancêtres, n'a presque rien de traditionnel. Suivant ces trois versions, la mère du héros meurt en lui donnant le jour. Seuls, le prosateur et Gottfried (ce dernier traduisant évidemment Thomas) rattachent, sans doute indépendamment l'un de l'autre, à cette triste circonstance le nom de Tristan. Eilhart fait mourir Blanchefleur (Blankeflûr) bien avant son mari, durant la traversée de Cornouaille en Léonois ; il a une particularité sur la naissance de Tristan :

dô sneit man deme wîbe einen son ûz irem lîbe. 99-100.

Rivalin survit à presque toutes les aventures de son fils; on n'apprend sa mort que vers la fin du poème, après que Kehedin a déjà noué sa funeste intrigue avec la femme de Nampêtenis. Le premier exploit de Tristan n'est donc point, comme dans la version de Thomas, la vengeance de son père ; le duc Morgan et le fidèle Roal, qui jouent un si grand rôle au début de la saga et du Sir Tristrem et dans les premiers récits de Gottfried, ne sont point connus d'Eilhart. La version arthurienne a une prédilection, que Gottfried partage, pour l'écuyer Gouvernai ou Gorvenal {Kurvenâl QiKurnevâï), le maître^ de Tristan. Selon Eilhart et la prose. Gouvernai et son élève se rendent ensemble à la cour de Marc et y restent inconnus jusqu'à l'instant où le jeune Tristan, à peine armé chevaUer, se présente pour combattre le Morhout d'Irlande. Ils sont particulièrement bien accueillis par le sénéchal du roi. Dinas,

der trugsêze Tînas, 3997

Béroul, passim.

est une figure caractéristique du groupe arthurien. Béroul en fait le seigneur de Dinan, mais au dire d'Eilhart (v. 329),

Lîtdn hîz sîne veste.

C'est assurément la version la plus ancienne; la seconde partie du fragment de Béroul connaît ce nom de lieu (170,5) :

Cele nuit furent a Lidan.

Thomas raconte que l'enfant est enlevé par des pirates norvégiens, que Roal, son père adoptif, le retrouve auprès de son oncle et lui révèle son origine, que Tristan est armé chevalier et part pour venger ses parents. A son retour en Cornouaille, il apprend que le fort Morhout, frère de la reine d'Irlande, est arrivé, pour lever, comme dit ]. Maugin (f° loi)^, le treu a luy deu et acoustumé.

Combat avec le Morhout {^$ 1-1050). Le poème de Berne (10 1-2) fait également livrer le combat

Eor desfandre lo treussage Que cil dévoient de la terre.

Suivant Eilhart, tous les pays voisins payent le tribut au roi d'Irlande; mais la Cornouaille le refuse depuis quinze ans. Môrolt, qui a la force de quatre hommes, réclame tous ^ les enfants de quinze ans, garçons et filles :

Die knaben muesten sein eygen sein, und die meidlein woelt er daheyme in ein oflfen frauhausz tuon, das sy ym gelt gewinnen solten (P 7, 17-19).

La version de Thomas est moins barbare :

si sanden in daz êrste jâr

driu hundert marc messinges

und anders keines dinges ;

daz ander silber, daz dritte golt G. 5950-53

La quatrième année, le tribut se composait de jeunes garçons :

niht m'gede niuwan knabelîn G. 5967

Le texte de Béroul offre diverses allusions au combat :

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