I. W. Hertz, p
EILHART d'oBERG ET SA SOURCE FRANÇAISE I9
l'édition d'Augsbourg de 1498 du livre populaire offre seule un sens raisonnable et s'accorde bien avec Gottfried :
P. 14, 7-8 G 6746-47 et 6789
Morholt... der hefft sein schif, sîn schiffelîn er [Môroît] iesâ nam,
und stiesz her Tristrant das sein ' verr zuo dem stade hafte er daz...
hindan. sîn schiffelîn daz stiez er [Tristan] an.
A en croire le traducteur tchèque, habituellement si exact, les deux adversaires se livrent bataille sur une montagne. N'y aurait-il là, comme le suppose M. Lichtenstein^, qu'une faute de traduction? Le texte de ce passage nécessite à la vérité quelques corrections et le sens n'en est pas entièrement satisfaisant. En revanche, le récit est plus cohérent que dans la mise en prose et le remaniement, où la holmganga s'achève sans qu'il soit plus question du bateau destiné à ramener le seul vainqueur. Gottfried n'oublie pas la bravade héroïque de Tristan :
Also ward der streit gescheiden ^ . . dô er Môroldes schif dâ vant,
Kùnig Marchs holt sein œhem mit dâ saz er în und fuor zehant
freùd und gesang. gein dem stade und gein dem her.
Il serait donc fort possible que le poème tchèque nous eût conservé la leçon authentique d'Eilhart et que les deux rédactions allemandes fussent interpolées d'après Gottfried de Strasbourg. Si cette hypothèse est juste^ on est peut-être fondé à admettre qu'il a existé deux traditions originales au sujet du combat de Tristan et du Morhout. On n'aperçoit pas, en effet, quelles raisons auraient engagé Eilhart à modifier celle qu'il trouvait dans sa source française.
Béroul est d'accord avec Eilhart sur la nature de l'arme empoisonnée dont le Morhout a blessé Tristan :
mit eime geluppeten spîze. 869 « Il vus navra d'un javelot. 43, 12
Le prosateur dit également que c'est une lance; au dire de Thomas, c'est une épée. Suivant cette dernière version, le
1. M. Pfaff a rayé de son texte le mot sein, qui est cependant confirmé par la leçon de l'éd. de Worms (sans date) : Tristranten seins verr.