‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 13 sur 56 · Anieiger, X, p. lo-ii · texte numérisé non relu

Anieiger, X, p. lo-ii

3. D (L) Sus wart der kamp géant. H Aîso luart vokftdet der stryt^e hand.

Morhout meurt sur le champ d'un coup d'épée que Tristan lui porte à la tête; les Irlandais ramènent le corps dans leur pays. Suivant Eilhart et le roman français, le Morhout s'enfuit grièvement blessé et meurt en mer, avant que sa nièce Iseut, savante en médecine, ait eu le temps d'arriver à son secours.

Navif^ation aventureuse et premier séjour en Irlande (1051-1297). Dans la version arthurienne, c'est également la jeune Iseut qui guérit Tristan de sa blessure empoisonnée :

« De la plaie que vos pr[e]ïstes

« En la batalle que feïstes

« O mon oncle; je vos gari. »

ainsi la fait parler Béroul (5, 19-20) dans la scène du verger. D'après Eilhart, elle ne donne pas elle-même de soins à Tristan, déguisé sous le nom bizarre de Prô, mais lui envoie des remèdes, dont l'effet est d'abord nuisible. Et y allait de tel ^ele, écrit semblablement J. Maugin, qu'au bout de tre:(e jours, voyant que le coup de Tristan n'amendait en sorte quelconque, s'assura quil y avait du venin (f° m). La guérison s'accomplit dès lors rapidement. Aux yeux de Thomas, c'est la mère de la princesse, la sœur du Morhout, la reine Iseut, qui possède l'art de guérir; elle joue également un rôle considérable dans les événements du second voyage en Irlande. Dans toute l'œuvre d'Eilhart, au contraire, la mère d'Iseut n'apparaît qu'un instant, pour remettre à Brangien le philtre d'amour.

La belle histoire de la navigation aventureuse est fort écourtée dans la saga. Selon Gottfried et le poète anglais, Tristan emmène avec lui Gouvernai; selon Eilhart et le prosateur, il est seul. La prose sait que son bateau était muni d'une petite voile, pour qu'il pût le diriger : il vogue ainsi, raconte J. Maugin, en passant le temps au son de la harpe. Ce motif si poétique a particulièrement séduit Thomas et Gottfried; aies entendre, les connaissances et les talents variés de l'étranger lui gagnent la faveur de la reine, qui le prie d'enseigner la musique à sa fille. Un trait secondaire de cette version est caractéristique de celle d'Eilhart : chez lui, Tristan se fait passer pour un marchand naufragé et parvient à retourner en Cornouaille, en se chargeant de procurer des vivres d'Angleterre aux Irlandais désolés par la famine. Le remaniement et le livre populaire veulent que Tristan ait pris une harpe dans son bateau et, sans

tirer parti de cette donnée pour la suite, lui font déclarer une fois qu'il a été jongleur. Comme ces deux passages ressemblent beaucoup aux vers correspondants de Gottfried et qu'ils ne se trouvent pas dans la traduction tchèque, il est à peu près sûr, malgré les objections de M. Lichtenstein% qu'ils sont interpolés :

dô bat der hère nicht mê

mit im an daz schif tragin, sîne harphen er besande :

wen eine harfin, hôrte ich sagin, die fuorte er ouch von lande

und sîn swert des he begerte*. und sînes dinges nie niht mê. 1134-37 G 7363-65

« ich was^ ouch ein speleman. « ich was ein hôvescher spileman. » 1186 G 7564

La figure de Tristan, tel que Thomas le peint dans cet épisode, rappelle à plus d'un égard celle de Hôrant dans Kudrun. Comme Eilhart ne fait aucune allusion aux personnages du cycle de la mer du Nord, il n'est pas certain qu'il connût l'histoire de Hilde. En revanche, le Taillefer germanique, le Volkêr de la Thidreksaga et des Nibelungen, devait être un type familier à son imagination. Par conséquent, le motif de la harpe n'avait rien qui pût lui déplaire; sans doute il manquait déjà dans sa source française. Béroul, si l'on en juge par une allusion de la Folie de Berne (v. 397), paraît avoir offert le même récit que le prosateur et Thomas. D'autres allusions (380-385 et 390-393) me font penser, contrairement à M. Vetter4, que Béroul rapportait l'aventure de la harpe et de la rote, inconnue à la version d'Eilhart. Le silence de celui-ci ne saurait en effet prévaloir contre l'accord habituellement si intime des deux poèmes français.

Second voyage en Irlande (1297-2258 et fragments I, II, et III). Dans le roman en prose, la reconnaissance de Tristan, par la brèche de son épée, a lieu lors de son premier séjour en Irlande; les circonstances du second et de la demande en mariage diffèrent complètement des récits des poètes. J. Maugin (ch. 35)

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