Cf. Romania, XV, p
provençal, n'a pu être empruntée qu'à l'un d'eux. Raimbaut d'Orange, mort en 1174, et ses contemporains n'ont sûrement pas connu le roman en prose.
Dénonciation et premiers soupçons (3081-3488, fgs VIII et IX, 1-7 1). A la suite de l'épisode de la harpe et de la rote, dont le roman a conservé un souvenir affaibli dans le récit de l'enlèvement d'Iseut par Palamède, la version de Thomas rapporte la dénonciation du sénéchal ^ Mériadoc, les ruses de Marc pour apprendre la vérité, les intrigues du méchant nain, les rendez-vous dans le verger et le départ du roi pour la chasse. Au dire d'Eilhart, c'est un parti d'envieux qui « calomnie » les amants. Ils sont jaloux de la gloire de Tristan et de 'la faveur que lui témoigne son oncle; le poète (3090-136) les blâme énergiquement. Le personnage de Mériadoc tient à la fois de leur chef Aiidret et de l'ami de Tristan, le sénéchal Dinas. Sa trahison reste inexpliquée dans la saga et le poème anglais; Gottfried la motive habilement (13602-605) :
wan er héete Isolde allez ê lieb' unde holden muot getragen.
nu was daz allez underslagen mit hazze und mit leide.
Mériadoc reparaît encore dans les deux épisodes suivants, comme le principal adversaire de Tristan; à partir du jugem.ent de Dieu, les traductions de Thomas ne s'accordent plus sur le rôle qu'elles lui font jouer. A sa place, nous rencontrons dans les fragments de l'original français et dans la 3^ fytte du Sir Tristrem un certain Caradoc {Cariado, Canados'), qui persécute Iseut d'un amour importun et qui tombe dans un tournoi sous les coups de Kaherdin. La ressemblance des noms invitait à confondre ces deux ennemis de Tristan; le traducteur nor\'égien ou quelque copiste islandais les appelle tous deux Mer iadokk. On peut conjecturer que Gottfried, pour donner plus d'unité à son récit, combinait leurs traits caractéristiques dans une figure unique, soupirant timide en qui la jalousie éveillait une passion ignorée, ami de Tristan que leur rivalité amoureuse métamorphosait en ennemi, adorateur dédaigné dont le sentiment discret.