I . S conseiller
2é ERNEST MURET
avivé par la résistance, finissait par devenir insolent et tyrannique.
Mais ni Mériadoc ni Caradoc ne prêtent leurs noms bien celtiques à l'un ou l'autre des félons'^ qui, suivant Eilhart, dénoncent les amours d'Iseut et de Tristan. On ne voit pas clairement de quelle source ils ont appris ce qu'ils viennent répéter au roi. Celui-ci, comme dans l'autre version, refuse d'abord d'en rien croire; mais ensuite, ayant surpris les amants en train de s'embrasser devant son lit, il bannit Tristan de la cour. D'après Thomas, c'est sur de simples soupçons qu'il lui ordonne d'aller habiter dans la ville. Béroul fait allusion à cet exil de Tristan :
« Il vos a fait chambres veer « Por moi « ii, 13-14
Non moins naïf que le pauvre mari, le bon Eilhart a pris au sérieux les projets de départ allégués par Tristan pour duper le roi Marc :
Tristrant dô wolde
rumen daz lant sân. 3282-83
Tristan, comme un vrai héros de conte de fée, doit lutter tour à tour contre de grands géants bêtes et de petits nains remplie de malice. Ce tueur de dragon meurt par la lance empoisonnée de Nampêtenis, et le principal instrument de ses ennemis à la cour de son oncle est également un nain doué, selon Eilhart (3390-95 et IX, 3-4) et Béroul (p. 18), de facultés surnaturelles. La source de Gottfried (14245-53), la vraie histoire, ne confirmait pas l'opinion des connaissances astrologiques de Melôt et se bornait à dire que Iq petit von Aquitân était rusé et beau parleur. On reconnaît Tesprit raisonneur et sceptique de Thomas. Le nain s'appelle Frocin ou Frocine chez Béroul; Eilhart ne lui donne point de nom et ne raconte pas sa tentative perfide de s'insinuer dans la confiance de Tristan. Béroul ne parle nulle part de la partie de chasse du roi Marc. Dans la version de Thomas, elle suit immédiatement l'éloignement de Tristan : celui-ci se dit malade pour pouvoir n y pas prendre part, et met à profit l'absence du roi pour voir souvent en secret sa maîtresse. Dans la version d'Eilhart, Tristan, malade