‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 2 sur 56 · Remania, XV, p · texte numérisé non relu

Remania, XV, p

6. ZeitscJjrift fi'ir Deutsches Atterttmm, XIV, p. 272-447 et partie. 290-343.

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très artificielle ne tient pas un compte suffisant de la diversité certaine des sources traditionnelles ni de l'état déplorable où nous est parvenu l'ouvrage de Béroul. Il me semble apercevoir dans presque toute l'étendue de ces 4000 vers des habitudes de style très particulières, caractérisées par des recommencements, des répétitions, des apostrophes au public, qui rappellent les chansons de geste. Au reste, tout en refusant de souscrire à la théorie de M. Heinzel dans les termes où il l'a formulée, je conviens que le manuscrit peut n'être pas tout entier d'un seul auteur et avoir subi des interpolations. Au vers 2976 (p. 141) ou un peu auparavant, commence une seconde partie, l'on serait tenté de dire une continuation, dont les récits s'écartent pour la plupart, non seulement de ceux d'Eilhart, mais de toutes les autres versions de l'histoire poétique de Tristan. On ne semble pas avoir remarqué que les plus frappantes des contradictions signalées par M. Heinzel se trouvent précisément entre la première et la seconde partie du fragment. La suite de cette étude en fera voir divers exemples. Une critique rigoureuse a donc le devoir de distinguer entre les données fournies par ces deux portions du texte.

La version de Béroul et d'Eilhart diffère considérablement de celle de Thomas^ et de ses traducteurs-. Cependant Ulrich de Tûrheim et Henri de Freiberg, continuant l'œuvre inachevée de Gottfried de Strasbourg 5, ne se sont pas fait scrupule d'imiter le poète brunswickois. Mais, comme ils ont aussi emprunté quelques traits à des sources que nous ignorons, l'étude de ces deux auteurs ne saurait actuellement jeter de lumière sur leur modèle principal. M. Heinzel4 et Brakelmann5

1. Michel, vol. II et III. La Folie Tristan du ms. Douce occupe les p. 89-137 du vol. IL Voy. Romania, XV, p. 511 ss.

2. Die nordische und die englische Fersion der Tristan-Sage, hrsg. von Eugen Kœlbing : I. Tristrams Saga ok Isondar (S), 1878. IL Sir Tristrem (E), 1883 (Heilbronn). La plupart de mes citations se rapportent à l'introduction du premier volume.

3. Gottfried^ s von Strasshirg Tristan (G), hrsg. von Reinhold Bechstein. Leipzig, 1873. A la fin du second volume se trouve l'analyse des deux continuations.

5. Dans un mémoire posthume, récemment publié par M. Suchier dans le t. XVIII de la Zeitschrift JiXr Deutsche Philologie, p. 87.

ont signalé les ressemblances du célèbre roman en prose de Tristan et du poème d'Eilhart; M. G. Paris, dans un de ses cours du Collège de France ^, a montré que le roman , dans sa teneur générale et dans ses parties anciennes, se rapproche beaucoup plus de Béroul et d'Eilhart que de Thomas. L'accord habituel de ces trois ouvrages a sans doute pour cause principale la fidélité plus grande avec laquelle ils ont gardé des légendes celtiques, plus librement modifiées par Thomas. Mais, dans bien des cas, celui-ci offre une tradition indépendante ou plus authentique. Le cycle héroïque gallois, qui a pour centre la Table Ronde du roi Arthur, et le cycle poétique de la Cornouaille, auquel appartiennent Tristan, Iseut et le roi Marc, sont nettement distingués par Thomas. A ses yeux, les héros principaux des deux cycles ne sont pas contemporains; Arthur est plus ancien d'une génération que Tristan 2. Déjà, au contraire, Béroul l'avait fait assister, avec Ivain, Gauvain etGirflet, au jugement de Dieu sur Iseut. Chez Eilhart, Tristan est accueilli quelque temps à la cour d'Arthur et devient le compagnon de Gauvain; les triades galloises le font aussi paraître auprès d'Arthur et de Gwalchmai. Dans le roman en prose, il figure parmi les chevaliers de la Table Ronde et se lie d'amitié avec Lancelot et Perceval3. Cette donnée, qu'on retrouve dans les continuations de Gottfried, n'est pas de celles qui impliquent nécessairement une source commune; mais elle fournit une désignation commode pour caractériser ce groupe de récits, en regard de la version de Thomas. On l'a dénommé la version de Béroul : un examen plus attentif des textes montre que ce terme est impropre et doit s'appliquer seulement au fragment de Paris et au poème de Berne. Par sa date et son étendue, le Tristan d'Eilhart d'Oberg est le représentant le plus considérable de la

1. Dans l'hiver de 1883-84. Ayant écrit cet article à Berlin, je n'ai pu consulter les manuscrits et les plus anciens imprimés du roman. La Bibliothèque Royale ne possède que les éditions de 1567 (Paris) et de 1577 (Lyon) du premier livre du Nouveau Tristan fait français par Jan Maugin, dit l'Angevin. Je me suis également servi de l'analyse de Tressan et de celle de M. Ward, au t. XX de Y Encydopaedia Britannica, p. 647.

2. Voy. l'épisode des barbes, dans le fg. Sneyd A, au vol. III de Michel.

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