I. Sir Tristrem
A bord he toke oway Of her bour.
L'accord de Béroul et de la saga tranche la question laissée indécise par M. Kôlbing (II, 161), de savoir laquelle des deux traductions de Thomas offre la version la plus authentique.
des loubis brach er in den wâch,
dô liez er den spân nâch
dar daz a-ike ane was gescriben. IX 74-76
dô flôz daz loub und der spân
diirch di kamenâten. IX 85-86
Dans la suite, il n'est plus question de ce ruisseau qui traverse la chambre de la reine. Les poèmes de Tristan n'ont guère conservé de traits si antiques, et reflètent habituellement les mœurs du xii^ siècle. On ne saurait douter que cette partie de la légende ne remonte à l'un des plus anciens lais qu'aient inspirés les amours de Tristan et d'Iseut.
EILHART ET BEROUL.
Rendez-vous dans le verger (3449-3764 et fg. IX = B. p. 3-30). Le commencement de cet épisode n'est pas conservé dans le fragment de Béroul; mais diverses allusions de la suite du récit permettent de reconstituer la scène tout entière. Elle a lieu, comme chez bs traducteurs de Thomas, au bord d'une fontaine ombragée d''un arbre. Sur le conseil du nain, le roi Marc s'est caché dans les branches pour épier l'entretien de Tristan et d'Iseut. Il est seul, d'après la saga, le Sir Tristrem et le fragment; le nain est avec lui, d'après Eilhart et d'après Gottfried, qui s'inspire ici visiblement de son prédécesseur ^ Selon la version de Thomas, Tristan aperçoit au clair de la lune l'ombre du roi projetée sur le sol; la version d'Eilhart et de Béroul est bien plus originale et bien plus poétique :
in dem brunnin sah er bî dem scimen « Je vi son ombre en la fontaine. » dise zwêne bobin im stân,
Il semble, aux termes dont se sert Béroul, que le hasard seul ait rendu Iseut attentive au danger qui la menace :
« Dex me fist parler premeraine, »