‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 37 sur 56 · Ed. Hus^ani · texte numérisé non relu

Ed. Hus^ani

truisent une cabane de feuillage. Béroul raconte ailleurs qu'ils font la feuillée pour passer leur première nuit en Morrois :

Kurnevâl vil balde Tristran....

holzes und loubes genûg

sîme hêren ze samene trûg, Les rains trenche, fait la fullie ;

und machtin eine hutte. Yseut l'a bien espès jonchie.

Dans le livre populaire allemand, comme dans Béroul, Die fraw haljf auch dar^uo so vil sy kund und mocht (P. 98, 5). Le remaniement est sans doute resté plus fidèle à la donnée du vieux poète et de ses sources, quand il écrit :

die vrauwe torste sich nicht entschutten : die pfert hîlt sie die wîle. 4522-23

On se rappelle Énide conduisant les chevaux d'Érec; ces premiers héros du cycle breton ne se piquaient pas encore de galanterie ni d'égards envers les femmes.

Suivant Béroul, les amants sont errants pendant presque tout le temps de leur séjour en Morrois :

La ou la nuit ont herberjage,

Si s'en restornent au matin. 67, 7-8

Sol une nuit sont en un leu. 70, 1 5

En ,L leu n'ose remanoir ;

Dont lieve au main ne gist au soir. 80, 9-10

Longuement par Morrois fuirent. 80, 18

Vers la fin, cependant, ils ont construit une hutte, où le roi Marc les surprend et près de laquelle Tristan a tendu l'arc Q ui ne faut :

Tristran de la loge ou il gist,

Çaint s'espee, tôt sol s'en ist,

L'arc Qui ne faut vet regarder. 87, 3-5

La loge fu de vers rains faite.

De leus en leus ot fuelle atraite,

Et par terre fu bien jonchie. 88, 3-5

Auparavant il est déjà fait mention de la loge (p. 85), de la fullie (p. 82 et 84).

D'après toutes les versions, Tristan est grand chasseur; Béroul et Gottfried rapportent qu'il apprend à son chien à chasser à la muette. Un passage d'Eilhart (4541-45), qui rappelle ce trait, manque dans la traduction tchèque; M. Knieschek le

tient pour interpolé. Les amants ne jouissent d'aucun mets délicat (spîse) ^ ; ils se nourrissent d'herbages et de venaison :

ich wil ûch sagin vor wâr daz die armen lûte

nicht âzin wen gekrûte « Mex aim o H estre mendis

daz sie in dem walde vundin. « Et vivre d'erbes et de glaiz... »

4526-29 69, lO-l I

sie hâtin ein lebin herte Aspre vie meinent et dure ;

in dem wilden walde her und die schône Isalde.

îdoch was in daz ein kinder spel,

wen sie hâtin dâ bî vroude vel Tant s'entraiment de bone amor,

von der grôzen minne. L'un por l'autre ne sent dolor.

4546-51 ss. 67, 11-13 ; cf. 80, 19-20 et 87, 9.

Les vers 4549-58, qui rappellent Gottfried de Strasbourg (16840 ss.), ne sont pas traduits par le continuateur tchèque. Mais comme la ressemblance avec les vers de Gottfried n'est que très lointaine, je serais disposé accroire ce passage authentique. Les vers 4546-51 suivent de trop près Béroul pour qu'on en puisse contester l'authenticité.

wen sie hâtin wedir vûr noch hi'ôl. Li pain lor faut, ce est grant deus,

4566 70, 10; cf. 80, 14, et 86, 14

ouch gîngen in die cleider abe Lor dras rompent, rains les decirent. von weler und von regene. 80, 17

und nî dorf noch stad gesâgin. N'il n'osoient issir as plains. 4580 86, 15

La scène où Marc surprend les amants endormis, qui a si heureusement inspiré Béroul, est bien faiblement traitée par Eilhart. Il omet des détails nécessaires ou des traits charmants, le rayon de soleil qui tombe sur le visage d'Iseut, les deux bouches rapprochées sans être unies ; il ne dit pas que la reine eût conservé sa chemise ni Tristan ses braies. L'échange des anneaux n'est pas mentionné; toutes les réflexions du roi manquent. Suivant Eilhart, c'est l'habitude de Tristan,

(Ja;( was ein vromder mamies sin ^ ) :

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