‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 39 sur 56 · Ed. voist · texte numérisé non relu

Ed. voist

Und wollte von deni orte kommen'. Q.ui s'en venoit o le destrier...

C 222, 13-14 102, 7-8 ss.

und vlogin doch vil harte. Tornc s'en sunt bone aleùre. 4683 103, 9

On a vu que les deux poètes n'offrent qu'une ressemblance lointaine et générale dans leur façon de peindre la vie des exilés. Ils se suivent de beaucoup plus près en racontant comment le roi Marc a surpris Tristan et Iseut. Cet accord est d'autant plus remarquable que les traducteurs de Thomas diffèrent les uns des autres en ce point et que le poème de Berne s'écarte à deux reprises du récit de Béroul. Les textes échappent ici à toute classification, cet épisode célèbre étant sans doute entré dans la tradition orale.

Séparation des amants (4702-4994; B. p. 103-140). Suivant Eilhart, Tristan va trouver un jour le vénérable ermite Ogrin (JJgrîm)y qui est le confesseur du roi Marc. Dans la version de Béroul, la première visite des amants à l'ermitage est placée tout au début de leur séjour en Morrois. Les autres récits ne connaissent pas le personnage d'Ogrin. Ses exhortations à la repentance restent sans effet, tant que dure la vertu du philtre d'amour :

biz des trankis craft vorgî, L'endemain de la saint Jehan

daz wârin dô Acompli furent li troi an

vîr jâr daz sie in trunkin Que cil vin fu déterminez.

104, 10-12 « Ne vosise la départie, do begunde sie beide dunken, « S'estre peùst la compaignie,

sie mochtin sich wol scheidin « Ne fust, bêle, la grant soufraite

und begunde in harte leidin « Que vos soufrez et avez faite

in dem walde dez ungemach. « Toz dis por moi par desertine. »

4729-37 109, 8-12 et 104-109

C'est peut-être cet épisode , la séparation de Tristan et d*Iseut après quelques années de libre et heureux amour, qui a fait concevoir la pensée d'un effet limité du philtre. Béroul (103, 17 — 104, 3) s'exprime d'une façon très significative :

Seignors, du vin de qoi il burent Avez oï, par qoi il furent

I . X 4676-78 offre une leçon un peu différente ; mais P est d'accord avec C

En si grant paine lonc tens mis.

Mais ne savez, ce m'est avis, A combien fu déterminez Li lovendris, li vin herbez.

La mère Yseut, qui le bolli, A .III. anz d'amistié le fist.

Il semble résulter de ce passage que l'œuvre de Béroul comprenait au moins le premier voyage en Irlande et, par suite, que vraisemblablement elle embrassait toutes les aventures de Tristan : les illusions du fragment à des événements antérieurs confirment cette opinion. Si Béroul, en rapportant, comme Eilhart, à l'occasion du mariage d'Iseut diverses particularités relatives au breuvage, omettait d'indiquer la durée de son pouvoir magique , cela vient sans doute de ce que la source commune n'en parlait pas non plus à cet endroit. Eilhart et Béroul nous attestent suffisamment l'incohérence et les contradictions de cette compilation de récits de provenance et de caractère divers. On a déjà vu que les autres versions de l'histoire de Tristan et la suite de ses aventures excluent une durée limitée attribuée au philtre d'amour. En revanche, cette donnée ne conviendrait-elle pas fort bien à un court poème, un lai décrivant les adieux des amants avant leur séparation volontaire ? Cette partie de la légende ne connaît pas exactement les mêmes personnages que le reste des poèmes d'Eilhart et de Béroul. A la vérité, l'ermite Ogrin est déjà apparu une fois dans la version française; mais, dans l'allemande, il ne figure que dans cet épisode, où son rôle est si considérable. Audret, les trois barons semblent comme évanouis ; chez Béroul, ces derniers n'assistent pas même au conseil tenu par le roi Marc à la suite de la lettre de son neveu. On ne les revoit qu'un peu avant le départ de Tristan (p. 132), tout à la fin de la première partie du fragment, peut-être déjà dans la seconde. Il est permis de supposer qu'ici, mieux qu'ailleurs, les deux poètes ont conservé des traits de la physionomie originale d'un de ces lais qui ont fourni la matière des poèmes de Tristan. Le mot lovendris (104, i), lovendrant (105, i) ferait même conjecturer que Béroul a connu un lai anglais^.

I, Cf. Romaniay XIV, 604; XV, 598.

Les amants vont trouver l'ermite :

sie mochten kûme vortrîben die nacht, und dô der tag quam, Tristrant dô die vrauwe nam.

zu Ugrîme he dâ niede reit unde sprach, im wêre leit daz he nicht getân habete swes he in irmanete; und sprach, he woldez gerne tûn und die vrauwe ouch dar zû :

alHz daz ir wille wêre.

dô wart dem gûten klûsenêre vil vrôlîchen zu mute.

4740-51 Ugrîm der gûte man Tristrande vrâgin began, ab he des hête rûwe swaz he mit der vrauwen hête getân obiles.

« Tornon arire a l'ermitage « Encore nuit ou le matin. »

no, 16-17 Tant ont erré qu'a l'ermitage Vindrent ensenble H amant.

III, 4-5 « Le mellor consel nos donnez, « Por Deu, sire, de ce qu'oez, « Et nos feron vos volentez. »

« Trop avez mené ceste vie.

« Et queles , quar vos repentez ! »

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