LA SECONDE MOITIE DU POEME
Tristan à la cour cT Arthur (^<^^yy/[S'j). Cet épisode est propre à la version d'Eilhart. Le poète ne semble pas connaître la Table Ronde; mais il dessine avec leurs traits caractéristiques quelques-uns des types du roman arthurien, le courtois Gauvain, le sénéchal Keie, perpétuelle victime des mauvaises plaisanteries qu'il fait à autrui. On se rappelle que Hartmann, traduisant Chrétien de Troyes, appelle le neveu d'Arthur Gâwein. Le nom de Walwân, que lui donne Eilhart, répond à l'orthographe Vauvain, que l'on trouve une fois dans la seconde partie du fragment de Béroul (192, 22), et à la forme néerlandaise Wahzvein. Le c]\q\ dili^r Delekor s (D. schevalier) n'apparaît, si je ne me trompe, dans aucun des romans français du cycle breton; son épithète de schevalier est un des rares mots français du texte d'Eilhart dont l'authenticité soit attestée par la traduction tchèque.
A La suite d'une chasse, Tristan, avec les chevaliers d'Arthur, reçoit l'hospitalité dans la salle du roi Marc. Dans la nuit il veut aller trouver Iseut, mais il se blesse à des faux aiguisées que l'on a placées sur son chemin :
dô lîz der leidige wert beslân
mit wulfesîsen ein bloch. 5304-5305
La prose raconte la même aventure à la place de la ruse du nain, répandant de la farine entre le lit d'Iseut et celui de Tristan, afin que leur rendez-vous nocturne soit suipris. Chez Eilhart, comme dans le roman français, les amants échappent au piège qui leur est tendu. Dans le poème, c'est grâce aux chevaliers d'Arthur, qui feignent une violente querelle et se blessent les uns les autres, pour que Tristan ne puisse être trahi par son sang. La seconde Iseut (5488-6254). Suivant le roman en prose, Marc découvre un jour la retraite des amants dans la forêt, profite de ce que Tristan est à la chasse pour enlever la reine du château de la sage damoyselle, et publie un édit de bannisse-
ment contre son neveu. Sur le conseil de Brangien envoyée par sa maîtresse, Tristan, blessé et malade, va demander les soins d'Iseut aux blanches mains, la plus belle dam.e, la plus courtoise et la plus experte en surgerie après Iseut la blonde. Selon Thomas, les amants, réconciliés avec le roi, continuent à se voir secrètement dans le verger. Surpris une dernière fois par le nain, Tristan s'enfuit et, après diverses aventures, parvient auprès de la seconde Iseut. Eilhart fait arriver Gouvernai et son maître en sept jours de chevauchée du pays de Bretagne dans celui de Carhaix. Il s'attarde longuement à décrire les exploits de son héros à la défense de cette ville.
Dans la suite de cet épisode, Eilhart ne s'écarte pas sensiblement de Thomas, en racontant le mariage inaccompli de Tristan et par quelle circonstance Kehedin apprend que sa sœur est restée vierge. Mais la maigre narration de l'Allemand contraste défavorablement avec les longs développements, la délicate et savante psychologie que nous admirons dans les fragments authentiques de l'habile Thomas. La version d'Eilhart ignore et le discourtois Cariado, et le géant vaincu par Tristan, et la salle des images. Elle ne distingue pas les deux Iseut par leurs surnoms traditionnels, tandis que Béroul connaît au moins celle a la crine hloie'^. Le nom de Kehenis, donné par elle au beau-frère de Tristan, dérive probablement du cas sujet de la forme Kehedin 2, usitée dans le roman en prose.
Les deux rende:(-vous dans la Blanche Lande (6255-7864). Selon Eilhart et Béroul 3, la Blanche Lande {^e Blankinlande) est en Cornouaille; selon Thomas, qui y place la rencontre avec Tristan le Nain, elle est aux environs de Carhaix. Dinas et Audret jouent un grand rôle, chez Eilhart, dans cet épisode et les suivants. Dinas est, comme pour le prosateur, l'intermédiaire habituel entre Iseut et Tristan ; Audret accompagne la reine dans toutes ses sorties. Les récits en prose n'offrent guère d'autre rapport avec ceux des poètes. Ils connaissent également diverses expéditions de Tristan en Cornouaille ; mais c'est