‹ Eilhart d'Oberg et sa source francaiseChapitre 47 sur 56 · I. P. 14 ss · texte numérisé non relu

I. P. 14 ss

européen, ne souffrait aucun refus de la part d'un amant vraiment épris. L'on voit plus tard Tristan, supplié de la même façon de prendre part à des jeux où il court le plus grand danger d'être reconnu, exposer volontairement sa vie plutôt que de manquer à ce respect chevaleresque du nom de la femme aimée. Ailleurs \ c'est encore pour l'amour d'Iseut,

dorch Isaldin willen, 5 121

que, cédant aux instances de Gauvain, il lui avoue un secret qu'il avait jusqu'alors soigneusement gardé.

Pleherîn, nous dit le poète, était un homme courtois :

Pleherîn was ein hobisch man. 6877

On conçoit son étonnement lorsque ses pressantes prières restent sans effet, et les sentiments d'indignation dans lesquels il paraît devant la reine. La conduite prétendue de son amant excite le courroux dlseut; Tristan, par l'entremise de Perinis, essaye en vain de se justifier. Kehedin, le croyant complice de sa mésaventure de la nuit précédente, affirme par manière de vengeance que, lui-même, il se trouvait parmi les fuyards et que son beau-frère y était avec lui. Bientôt après il quitte le pays. Comme dans l'autre version, Tristan se déguise en lépreux et essaye de pénétrer dans l'hôtel du roi Marc; mais sa dame le fait ignominieusement chasser à coups de bâton. Furieux et désespéré, il retourne à Carhaix et s'}^ réconcilie avec Kehedin :

dô vorkôs ouch Tristrant

ûf sînen gesellin Kehenîsen

und gewan dar nâch zu wîbe

sîne swestir dorch den zorn. 7070-73

Comme dans le roman en prose, il a été un an ou plus, mer demie ein jâr (v. 6139), sans accomplir son mariage; Thomas nous le montre fidèle jusqu'au bout à la première Iseut. Par suite, comme l'observe fort justement M. Vetter^, le caractère et le rôle de la seconde, sa conduite au moment de la mort de son mari différent profondément dans les deux anciennes versions poétiques 3.

Page 1