I. Lichtenstein , p. CXXVII
temps que les exploits de l'inconnu, lui fait deviner son neveu. Mais la poursuite est inutile ; Tristan est déjà embarqué et rentre sain et sauf à Carhaix.
Dernières aventures et mort de Tristan (7865-9524). La ressemblance de ce dénouement avec celui de la vulgate du roman en prose, représentée par le manuscrit 103 et les imprimés, n'est pas moins digne d'attention que l'accord, si intime, constaté entre certaines parties d'Eilhart et de Béroul. Il ne faudrait cependant pas s'exagérer cette ressemblance, qui nous frapperait moins sans doute, si le dénouement de Béroul ou quelque autre récit très voisin nous avait, par bonheur, été conservé. Doit-on, par exemple, admettre avec M. Bédier que l'épisode des ulagues se trouvait dans la source française d'Eilhart, comme dans la prose, et que les détails géographiques fournis par le manuscrit 103 peuvent nous renseigner sur la patrie de l'original commun? A ce point de vue, les passages de l'allemand où nous avons cru reconnaître des allusions au mont Saint-Michel prendraient une certaine importance. Je ne suis pourtant pas disposé à me ranger à Topinion de notre collaborateur. Le caractère et les actes du pirate Bedalis ne sont guère compatibles avec la noble attitude du Nampètenis d'Eilhart; la conception du prosateur et celle du poète s'excluent réciproquement, sans qu'on ose décider laquelle est la plus ancienne. Il paraît toutefois assez plausible qu'un remanieur postérieur se soit plu à noircir les traits du meurtrier de Tristan. Il est moins vraisemblable , en revanche , qu'Eilhart ait embelli ceux que lui fournissait son modèle. Cette présomption serait infirmée, si de moins vagues indices nous faisaient admettre l'origine normande ou bretonne du modèle : en fait, cette origine n'est à peu près assurée, grâce à l'épisode des ulagues , que pour la source, plus ou moins éloignée, de l'une des rédactions de la version en prose.
Comme les dernières aventures de Tristan ont été étudiées ici même par MM. Bédier et Lutoslawski ^, un seul épisode, propre à la version allemande (8135-8583), doit retenir encore un instant notre attention. Tristan vient de remettre au fevre les empreintes des serrures du château de Nampètenis, lors-