I . Romaniay XV, p
qu'il reçoit la nouvelle de la mort de son père. Gouvernai refuse le royaume que Tristan veut lui céder en récompense de ses longs services, et ne consent à accepter qu'une terre. Il n'en est pas ainsi dans le roman en prose, où Gouvernai et sa femme Brangien paraissent à la fin comme roi et reine de Léonois. Avant de se séparer de ce vieux compagnon, continue Eilhart , Tristan veut l'emmener encore une fois en Cornouaille. Ils parviennent, sous l'apparence de jongleurs, à s'approcher d'Iseut; mais, dénoncés par le lâche Parlasîn, traqués par Audret, ils ne réussissent à leur échapper qu'à grand'peine , malgré les bons offices de deux varende, Houpt et Plot, payés par la reine pour tromper la surveillance des ennemis. Toujours en compagnie de Gouvernai, Tristan se rend ensuite dans son royaume héréditaire et n'y reste pas moins de deux ans ^ :
do beleib he mit sînen holden zwei jâr unde lutzel mê. 8562-63
A son retour, la guerre vient d'éclater entre Kehedin et le comte Rîôle de Nantes 2. Les événements suivants, jusqu'à la mort de Tristan, sont connus des lecteurs de la Romania.
L'épisode est maladroitement intercalé au milieu du récit des amours de Kehedin et de Gargeolain. Ce déguisement en jongleurs, ces aventures et ces personnages sans analogues dans les autres versions ne sont probablement pas traditionnels. C'est une variation, du fait d'Eilhart ou de son modèle, sur un thème préféré du pubfic. La quadruple répétition de ce motif nous laisse apercevoir clairement les procédés de juxtaposition à l'aide desquels des récits, originairement fragmentaires et épisodiques, ont abouti aux grands poèmes biographiques de Béroul, d'Eilhart, de Chrétien de Troyes, de Thomas.
1. L'absurdité de cette donnée saute aux yeux ; mais il ne s'en suit nullement qu'elle ne se trouvât pas dans le récit original d'Eilhart ou dans sa source.
2. M. Bédier fait observer (p. 485) qu'Eilhart ne nomme pas la ville devant laquelle est blessé Tristan. Mais l'on a déjà appris auparavant, par le récit du siège de Carhaix, que le comte Rîôle est seigneur de Nantes.