LA SOURCE
Le Tristan d'Eilhart d'Oberg est non seulement le plus ancien poème du cycle breton que l'on connaisse dans l'histoire de la littérature allemande, c'est encore le seul qui ait été écrit dans le nord de l'Allemagne. Comme Henri le Lion avait épousé Mathilde, fille du roi Henri II et d'Aliénor de Poitiers, on a des raisons de penser que l'ouvrage du chevalier brunswickois a été composé sous l'influence de la duchesse ou de son entourage. Les relations devaient être fréquentes entre la cour guelfe et celle des Plantagenets. On sait l'intérêt, à la fois politique et littéraire, que les légendes celtiques éveillaient à cette époque en Angleterre; on sait également la part considérable que des poèmes anglo-normands, presque tous perdus, ont eue à la formation du grand cycle de la Table Ronde. Un de ces anciens romans a peut-être été connu d'Eilhart. Des manuscrits étaient sous les yeux de la plupart des minnesinger qui ont transporté du français en allemand les personnages et les aventures de l'épopée courtoise. Il se pourrait aussi qu'Eilhart, s'il n'a pas lui-même voyagé dans les états d'Henri II, eût au moins entendu raconter l'histoire de son héros par quelque personne de la suite de Mathilde. La présence de mots français dans la rédaction originale du Tristan serait aussi bien expliquée par cette hypothèse que par l'autre. Dans le remaniement, il est fait appel à diverses reprises à la tradition orale , plus rarement à une source écrite. Mais ces formules, commodes pour la rime, sont fort suspectes d'interpolation et ne se retrouvent presque jamais aux endroits correspondants des anciens fragments et des traductions tchèques. La seule mention certaine est celle d'un livre :
îdoch sô sagit uns daz bûch Doch ein buch hat mir gesagt (und oiich die lûte vor îudr),
daz sie mêr denne zwei jâr. . , . Dass sie