I. Lichtenstein , p. cxiv ss
Les deux noms à'Isalde et de Môrolt, qui sont conformes à l'écriture, non point à la prononciation française, confirment le dire d'Eilhart. Quant aux formes Kurvenâl, Tînas, Antrêt, Nampêtenis'^, il faut naturellement en chercher l'explication dans les habitudes de la prononciation allemande.
Ce livre qu'Eilhart avait à sa disposition n'est sûrement pas le poème de Béroul. Si l'on fait même abstraction de la seconde partie du fragment, l'accord des deux auteurs n'est que partiel et intermfttent. Quelquefois il semble que l'un traduise l'autre, par exemple dans l'épisode du saut de la chapelle ou bien dans le détail des démarches qui précèdent la réconciliation d'Iseut avec son mari. Ailleurs, comme dans la scène du rendez-vous épié ou la description du séjour des amants dans la forêt, la ressemblance est plus lointaine et, par moments^ si vague, si générale qu'elle s'explique suffisamment par la communauté du sujet traditionnel. D'autres fois encore, la version allemande paraît être la plus ancienne, et la polémique de Béroul n'épargne pas un récit qu'Eilhart accepte sans restriction. On pourrait croire que Béroul n'a fait que remanier un poème dont Eilhart aurait connu l'original. Il a probablement existé en Angleterre d'autres poèmes français sur Tristan et Iseut que ceux que nous connaissons. Diverses hypothèses viennent encore à l'esprit; mais on les jugera vaines et sans fondement, si l'on considère que la forme Isalde ne saurait provenir d'un manuscrit normand ou anglais.
On a déjà parlé des rapports qu'offie le dénouement d'Eilhart avec celui de la vulgate du roman en prose. Le reste de la vulgate et les autres rédactions de l'immense compilation française, achevée vers 1225 ou 12302, laissent apercevoir, à travers une singulière confusion de traditions diversement mêlées et altérées, un fonds ancien de récits fort semblables à ceux d'Eilhart. Le rôle d'Audret semble être la création individuelle d'un auteur, imité par les deux versions. Se fondant sur les données générales de l'histoire des romans en prose, M. G. Paris suppose que celui de Tristan dérive du poème perdu de Chrétien de Troyes. Les vers ôiÉrec, où il est fait allusion au