Bedalis dans le ms. 103. Cf. Romania, XV, p
2, Cours de M. G. Paris.
combat livré dans l'île Saint-Samson, confirment cette opinion. Il serait incroyable qu'un ouvrage du poète le plus célèbre de ce temps-là, d'un classique pour ainsi dire, eût disparu sans laisser de traces et n'eût exercé aucune influence appréciable sur la littérature postérieure du sujet. Si c'était un médiocre essai de jeune homme, sans intérêt et sans portée, si ce roman n'avait obtenu aucun succès, Chrétien en eût-il parlé au début de Cligés? A supposer que le Tristan ait passé inaperçu, les allusions des poèmes suivants auraient dû le tirer de l'oubli. Ce ne sont là que de simples présomptions, des vraisemblances toutes générales; maisj en l'absence d'arguments plus positifs, elles s'imposent avec beaucoup d'autorité à la considération la plus attentive.
La protectrice de Chrétien, la comtesse Marie, était fille de la reine Aliénor, comme la duchesse Mathilde. On peut douter cependant que les deux sœurs, filles de pères ennemis, aient entretenu des relations très amicales. Le comte Henri de Champagne eut des différends avec le roi d'Angleterre et lui fit la guerre, en compagnie de son beau-père et suzerain Louis VIL En même temps, il était Tami, presque Tallié du grand adversaire d'Henri le Lion, l'empereur Frédéric Barberousse^ Mais ces sympathies gibelines de la cour de Champagne ne font pas sérieusement obstacle à une hypothèse que suggèrent les réflexions précédentes. Si le Tristan de Chrétien de Troyes, dérimé et amplifié, se retrouve tout entier dans le roman en prose, ne serait- il pas également la source inconnue du poème d'Eilhart? Que l'on n'objecte pas la forme Isalde. Il est impossible d'établir avec certitude de quelle façon Chrétien prononçait le nom de l'amie de Tristan. Une forme Isant coïnciderait assez bien avec les traits principaux de la phonétique champenoise. La prépondérance du langage de Paris, qui se manifeste dès la fin du xii'-" et le commencement du xiii^ siècle, rend suffisamment compte de la forme Iseut, qui est celle du roman en prose et la plus habituelle dans les manuscrits d'Erec et de Cligés. On hésite davantage à admettre, chez un auteur aussi soigneux de la rime que l'est habituellement Chrétien, l'emploi simultané de la forme Tristran^, assurée par des
1. Voy. V Histoire des comtes de Champagne de M. d'Arbois de Jubainville.