Michel, II
4. C'est le Riivaten, frère de Kehedin et de la seconde Iseut, que les lecteurs de la Romania connaissent par l'étude de M. Bédier (XV, p. 481-510) sur le dénouement du ms. B. Nat. 103 du roman en prose.
Mais la tradition suivie par les autres poètes faisait de Tristan un Celte du continent. Rivalin, prince de Léonois, rappelle un personnage célèbre dans les légendes armoricaines, ce chef de conquérants bretons, nommé Riiual {Riwalliis, Riwallo), qui s'établit en 5 13 sur la côte de la Manche, entre Dol et Saint-Pol de Léon^ Suivant Thomas, les possessions de Rivalin touchent à la Bretagne ou en font partie :
genuoge jehent und wsenent des :
der selbe hêrre er waere
ein Lohnoiscere,
kùnec ùber daz lant ze Lohnois :
nu tuot uns aber Thomas gewis,
der ez an den âventiuren las,
daz er von Parmenîe was
unde haete ein sunderz lant
von eines Britûnes hant
und solte dem sîn untertân :
der selbe hiez liduc Morgan. G 322-332.
Dans d'autres passages, ces mots de Bretagne et de Breton désignent l'Angleterre celtique et ses habitants. Mais Gottfried et le traducteur norvégien situent le pays de Tristan {Bretland S) tout près de celui d'Iseut aux blanches mains (sans nom S, Ariindel G) : or la seconde Iseut, comme on le voit par les fragments de Thomas et le Sir Trisïrem et aussi par le roman français en prose, vit dans la Petite Bretagne. Dans toutes les versions de la légende, la résidence de son père est à Carhaix {KaraheSy Karke G). Béroul connaît au moins de nom cette ville et le saint auquel est dédiée son église principale 2; il fait jurer le roi Marc (147,19)
Par saint Tresmor de Caharès.
Hoël {Havelîn, Jovelîn G), duc ou roi? de Carhaix, est en
1. W. Hertz, dans les excellentes remarques qui accompagnent sa traduction de Gottfried de Strasbourg (Stuttgart, 1877), p. 544.
2. Dom Lobineau, Vie des saints de Bretagne, vol. I, p. 299 de l'éd. de 1836.
3. Hoel est la forme du ms. 103. Dans ce texte, le seigneur de Carhaix porte le titre de roi, comme dans Eilhart ; Thomas lui donne celui de duc, que portaient les souverains de la Bretagne française.
guerre avec le comte de Nantes (Nantis^ Nante G, Namtersborg S); Gottfried nomme aussi parmi ses ennemis un seigneur de Dol ^ Riigier von Doleise.
On verra tout à Theure qu'Eilhart a confondu les deux Bretagnes; par suite, il n'a pas su quel nom donner à la contrée de Carhaix. Doit-on reconnaître celui de la Cornouaille armoricaine dans les vers difficiles 7380-89? L'écuyer Pîlois, envoyé par la reine à Tristan, visite, avant de se rembarquer, la foire de la Saint-Michel dans une ville appelée Cornouaille {Kurnevales D, Curniualis P) ou, plus probablement, saint Michelsstein en Cornouaille (H, suivi par l'éditeur, vv. 7380 et 7384). Peut-être y a-t-il là quelque confusion avec le Mont Saint-Michel dans la Cornouaille insulaire ^ ou plutôt quelque obscure réminiscence du fameux monastère dans la Bretagne française. Le nom de Michel reparaît encore (v. 5515) pour désigner le prêtre que Tristan rencontre à son arrivée dans le pays dévasté de Carhaix. La mention des îles Chausey, dans le manuscrit 103 du roman en prose 3, nous ramène sur la côte du Cotentin, aux environs du Mont Saint-Michel du Péril.
Dans la version de Thomas, Marc est souverain de toute l'Angleterre; il réside à Tintagel et à Londres. Selon la version arthurienne, il ne possède que la Cornouaille {Kornevâlis, Kurnevales). Arthur, régnant sur la Bretagne, apparaît, dans la seconde partie du fragment de Béroul, comme le voisin plus puissant du roi cornouaillais et prend Iseut sous sa protection. Dans quelques poèmes du cycle, Marc est le vassal d'Arthur ; dans le roman en prose, c'est un roitelet perfide et tyrannique, que les chevaUers de la Table Ronde font trembler et que ses propres sujets mettent en prison. Dans cet ouvrage on voit Tristan défendre la Cornouaille contre une invasion des Saisnes ; Béroul (156,1) distingué entre un Saisne et un Cornot. Suivant Eilhart, en quittant l'Irlande, Tristan se rend d'abord en Angleterre ÇEngellant), puis se rembarque sur un vaisseau de Cornouaille pour rentrer à Tintagel. Il s'agit évidemment de TAngleterre proprement dite, de la partie anglo-saxonne et de