‹ ÉkiChapitre 11 sur 15 · UN CHEMIN DE TRAVERSE · texte numérisé non relu

UN CHEMIN DE TRAVERSE

Mon cher et bon Tuteur,

Nous venons de quitter Eki et sommes en route, l'un derrière l'autre, comme vont toujours les Mahouris. Nous suivons un de leurs sentiers, ou plutôt, une de leurs pistes. Comme ils marchent les pieds tout droits, et que, touj ours, ils posent Pun dans l'empreinte laissée par l'autre; leur trace est extrêmement étroite. Ce n'est pas là son seul défaut ; car, à chaque instant, elle s'égare dans les fougères, ou bien se noie dans les flaques d'eau.

Notre route est des plus pénibles ; fatigue pour les jambes et les yeux !

A mi-côte, le terrain est sec et criblé de longues fissures, qui s'entrouvent sous notre poids. Dans les bas fonds (autre supplice) ce sont le formium et la boue, qui nous arrêtent à chaque instant.

Nous longeons le pied des coteaux, au bord du lac, et dépensons un temps énorme à toujours monter et descendre, pour suivre notre maudit chemin. Le voilà noyé dans une mare. Impossible de le retrouver. Eh bien ! tant mieux; qu'il aille au diable; et avançons en ligne droite.

Nous avançons et nous voilà perdus ! En plein jour, en rase campagne et voyant partout l'horizon.

Nous n'avions pas huit milles à faire. Nous avons devancé l'aurore. Le soleil va passer midi. La chaleur devient excessive. Les jambes pèsent. Le corps s'affaisse. La fatigue vient. Le but nous touche, en quelque sorte, et nous ne pouvons y atteindre. Nous sommes en pleine fondrière !

A droite, rien pour poser le pied. A gauche, roseaux infranchissables. Devant, de la tourbe haut comme nous. Derrière,.... derrière, ce n'est pas la route !

Oh ! Supplice horrible !

Se battre une journée entière contre la terre, contre la vase et contre l'eau; contre les fougères et les buissons, les roseaux et le formium, qui nous refusent le passage ; contre les

herbes et contre les algues qui nous empoignent par les pieds ; et, qui pis est, contre les fougères qui, cent fois plus méchantes, nous secouent au visage les sporules innombrables de leur pollen si corrosif.

Nous avons la gorge brûlante ; les paupières rouges et tuméfiées. Si du moins, dans Peau jusqu'au ventre, nous pouvions boire? Hélas! En haussant son niveau, en nous noyant notre chemin; le grand lac s'est fait saumâtre.

Pour en sortir, prenons des forces !

Faisons, comme près de nous peut-être, font les raies et les poules d'eau : Mangeons !

Je mange et me gorge d'eau-de-vie, tout en continuant à faire route. Donc me voilà, marchant, nageant, pestant, jurant et trébuchant, derrière mon noble maître; pendant qu'il avance avec calme.

Nous sommes sauvés, crie-t-il enfin, j'aperçois l'isthme. Un dernier effort, du courage !

Un dernier effort, du courage! J'arrive et tombe dans ses bras, délirant de fièvre et d'ivresse.

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