‹ El Ktab des lois secrètes de l'amourChapitre 17 sur 85 · XXII LA MORT DU KHODJA · texte numérisé non relu

XXII LA MORT DU KHODJA

les reflets apparaissent, dit-on, à certains agonisants, présentait ce caractère mystérieux qui est comme la carte do visite envoyée par la mort à ceux qu'elle va visiter.

De son front, d'une pâleur mate, s'échappaient des gouttelettes de sueur froide; lentement, elles glissaient sur ses tempes amaigries, pour aller se perdre dans sa longue barbe blanche ; le nez, effilé, frais, pâle et luisant, ne révélait la vie que par le mouvement de ses narines, tour à tour saccadé ou d'un rythme régulier.

La poitrine, parfois immobile, se soulevait, en d'autres moments, pour aspirer plus énergiquement l'air ai^i)iant.

Les mains, appuyées sur la fourrure de la longue robe qui enveloppait tout ce vieux corps, encore plus usé par. la vie que par les excès lointains d'une jeunesse orageuse, avaient ce mouvement de préhension que connaissent si bien les personnes qui ont assisté à ce moment solennel de là lutte suprême entre la vie et la mort.

En voyant ce vieillard s'éteindre ainsi, lentement, sans secousses, sans lutte apparente, nul n'eût pu dire ce qui se passait dans ce cerveau, d'oià la pensée des choses d'ici-bas semblait absente.

Le moi, qui avait constitué le Khôdja, était-il encore dans cette vaste chambre, témoin des principaux faits des dix dernières années de sa vie ? ou le drame humain qui se déroulait devant moi n'était-il que l'acte suprême de la décomposition finale, où, seule, préside la vie organique?

Eq vérité, le tableau que j'avais sous les yeux ne manquait, dans sa simplicité, ni de grandeur, ni d'austérité.

Page 1