VI AVANT-PROPOS
Pour apprécier judicieusement un tel livre, il ne faut pas voir les choses et les êtres du monde musulman à travers les idées et les préjugés de notre éducation occidentale. Il ne faut étudier ce monde, si différent du nôtre, ni avec nos idées civilisatrices modernes, ni avec nos passions, ni avec les lois de notre civilisation, ni sous l'empreinte des bases morales que nous sommes habitués à considérer comm& parfaites et absolument pures !
Il ne faut pas davantage juger de la morale musulmane par la morale catholique. Agir ainsi ce serait vouloir juger des couleurs à travers le prisme de l'imagination d'un aveugle.
Quoi qu'en disent certains moralistes, plus ou moins philosophes, les règles, codifiées, de notre morale à nous, occidentaux, ne peuvent s'appliquer universellement et former une loi précise, absolue, fermée à la controverse.
L'auteur de l'introduction du Kama-Soiitra^ ou Règles de C amour de Vatsyayana^ M. E. Lamairesse, prétend que « les ;<principes sur le juste et l'injuste, étant les mêmes en tout temps et en tout lieu, constituent la morale absolue; mais que les principes sur les mœurs varient avec les âges et les pays ». Je voudrais partager cette appréciation, mais j'avoue qu'il m'est impossible de souscrire à sa première affirmation. Non, il n'est pas vrai que les principes sur le juste et l'injuste soient les mêmes en tout temps et en tout lieu. Ces principes, d'où émanent-ils ? De cet ensemble de propositions^ de lois et de coutumes qui constitue ce que nous appelons : Morale. Or qu'est-ce que la morale, si ce n'est le résultat