CHAPITRE III
Sommaire : — De la virginité, de la rose et du soleil. — Du pucelage et de la manière dont on doit en user. — Des conséquences fâcheuses qui peuvent résulter d'un coït brutal et impétueux. — De la stérilité et des quatre façons de çopuler pour y remédier. — De la stérilité par le mauvais œil et les sortilèges. — Des postures permises par la ioi de l'Islam.
Au nom du Dieu clément et miséricordieux !
S — Vous venez d'entendre, ô hommes ! ce que la science indique sur l'origine, l'importance et le but de la copulation.
s^ — Vous avez également entendu ce que la loi prescrit à ce sujet, par la bouche vénérée de notre saint Prophète et de tous les traditiofî?2istes .
Oj — Mais la nature est quelquefois rebelle à nos suggestions '. Il est aussi des cas oii il faut savoir suppléer, par la ruse et l'habileté, aux obstacles qui se présentent.
* La suggestion — mot et objet — n'est pas une chose nouvelle. Elle est pratiquée par les Khôdjas et les magiciens musulmans et indiens avec une puissance et une habileté bien faites pour placer aux cinquième et sixième rangs nos expérimentateurs de la Salpêtrière, de la rue Saint- André-des-Arts et delà rue deTrévise.Riendece qui constitue le magnétisme humain, Vhypnotisme et la suggestion en état de veille ou de sommeil n'est inconnu des maîtres de l'Orient. Il en est de même des expériences spirites, qu'ils ont poussées à un degré encore inconnu de nos modernes spirites et médiums (P. de R.).
^ — C'est pour vous mettre à même d'atteindre ce but que je vais ajouter ce chapitre au Livre des lois secrètes de l'Amour.
— Gloire, à tout jamais, soit à ceux qui nous ont donné la science et les moyens de communiquer à nos frères tout ce qui peut leur être utile, agréable et nécessaire !
^ — Quel est celui d'entre nous, ô vous tous, les croyants ! qui, ayant à choisir, ne préférera pas le lever du soleil à son coucher, et la rose qui commence à s'épanouir à celle qui, ayant déjà répandu au loin son parfum, n'a plus qu'à effeuiller les pétales de son calice sur la terre qui lui a donné le jour.
-;. ' — Le soleil qui se lève, comme la rose qui s' entrouvre, ou qui, mieux encore, concentre sa beauté et son parfum en un bouton ferme et résistant, nous disent, l'un et l'autre, les promesses de l'avenir, et communiquent à nos cœurs les doux chants de l'espérance. Le soleil qui se lève, c'est l'avenir ; c'est, pour toute la nature, la promesse des tressaillements amoureux; la fleur non encore épanouie, c'est aussi l'espérance et l'espoir de l'ivresse que nous savourerons en respirant son parfum !
^ — La vie, avec le soleil; l'ivresse, avec la rose et son parfum capiteux ; eh bien ! voilà ce que renferme la vierge dont les flancs sont encore purs de tous contacts ^
5 — Voilà pourquoi aussi, ô vous tous, les croyants et les fidèles 1 il est préférable de prendre pour femme une vierge, conformément aux paroles du saint Prophète, qu'une femme dont le ventre a déjà tressailli sous l'aiguillon du mâle.
j — Mais, si le choix entre la fleur qui s'entr'ouvre à peine et celle qui a déjà reçu les caresses de la lumière et de l'air
< Les Arabes désignent par un même mot la virginité — pucelage — et le commencement du matin. Ce mot, c'est : s'bah. S'bah, en effet, n'indique pas l'aurore, mais le passage même de l'aurore au jour ou lever du soleil; c'est le crépuscule (P. de R.).
n'est point douteux, de combien de responsabilités ce choix ne charge-t-il pas celui qui l'a fait !
: — Certes, ce n'est pas toujours une chose facile que de conduire à bien l'œuvre qui va faire une femme de la vierge que tu as dans tes bras.
^ — C'est là une terre qui peut être fertile et féconde, si tu sais la labourer et l'ensemencer, mais qui peut devenir ingrate et stérile si tu la soignes mal.
f^ — La vierge, saine et vigoureuse, c'est le champ fécond qui te donnera au centuple les joies et les ivresses dont tu lui auras confié la semence ; mais c'est aussi pour toi une source de calamités si tu ne sais pas la féconder avec prudence et avec douceur, sans léser l'épanouissement de sa fleur.
^JS — En cette circonstance, agis donc avec douceur et avec prudence ; ne cherche pas à briser, par un choc violent, l'ineffable résistance de son calice encore fermé. Sache mettre un frein à la violence de ton ardeur ; et si la nature t'a créé trop fort et trop puissant, n'hésite pas à remettre au lendemain, et même au surlendemain, le parachèvement de ton œuvre de défloraison.
(j^ — N'oubliez pas, ô hommes ! que des lésions fort graves peuvent résulter d'une action trop impétueuse et violente. Ces lésions, ces désordres, peuvent occasionner la stérilité ou des maladies nerveuses, par le déplacement de la matrice et sa projection à droite ou à gauche, loin de tout équilibre.
■» — Usez donc avec modération de la vierge que Dieu vous confie. Sachez cultiver votre champ en homme qui veut la durée et non la rapidité éphémère de son rapport.
is — Dieu est miséricordieux, parce que tout vient de lui et est en lui ! Soyez donc comme lui, ô hommes! miséricordieux et cléments et, si vous ne l'êtes pas en vue du jour du
grand jugement *, soyez-le en vue de la durée de votre félicité et de vos ivresses amoureuses.
Mais si, par votre faute, par celle des mauvais esprits, ou par la fatalité des choses, le mal est accompli et que la matrice, comme une fleur froissée par l'orage, se soit rejetée à droite ou à gauche de son domaine, ou que, repliée en ellemême, elle soit dans une situationJ;rop élevée pour recevoir dans de bonnes conditions l'émission de votre liqueur séminale, voilà comment il faudra opérer pour forcer la nature à n'être plus réfractaire et à remplir ses devoirs créateurs.
& — Examinons chacun des cas qui peuvent se présenter.
La stérilité, conséquence des désordres que je ^riens de vous indiquer, peut avoir pour cause, à part l'état général des humeurs, le tempérament trop froid ou trop chaud et les défauts inhérents à la constitution, état dont je parlerai en un autre lieu, la stérilité, dis-je, peut avoir pour cause un des quatre déplacements suivants de la matrice.
Repoussée par la violence des chocs imprimés par le Dkeur, la matrice, fatiguée, meurtrie, s'est portée vers le côté gauche. Avec le temps, les ligaments qui la suspendent se sont raccourcis d'une part, allongés de l'autre.
Le même résultat s'est produit, mais sur le côté droit. Dans chacun de ces deux cas, la matrice n'est plus per-
' Le Khôdja veut parler ici du jugement dernier, qui, dans le Korau, porte aussi le nom de VÉcénement. Voir ch. lvi (P. de R.).
pendiculaire, son col faisant face à l'entrée du vagin. Comme un vaisseau couché par la force du vent, elle s'est inclinée sur un côté ou sur l'autre, et le Dkeur, en pénétrant dans le vagin, n'est plus en face de l'ouverture du col par lequel s'introduit et passe la liqueur fécondante, la rosée suprême de l'enfantement ^
Par les chocs d'un Dkeur trop long, le col de la matrice a été relevé d'avant en arrière et de bas en haut. Le fond de la matrice repose maintenant en avant, alors que son extrémité est enfoncée, relevée dans le cul-de-sac vaginal. Dans cet état le fond de la matrice peut s'appuyer sur la vessie, et son col sur le bas du rectum 2.
Enfin, le même cas se produit encore, mais en sens contraire : c'est-à-dire que le fond de la matrice est en arrière et pèse sur le rectum, alors que le col, porté en avant, pèse sur la vessie 3.
Chacun de ces cas peut se constater en introduisant l'index, un peu huilé, dans le vagin, et en explorant le col utérin avec l'extrémité de ce même doigt. Point n'est besoin pour cette constatation d'avoir recours aux médecins.
i — Dans le premier cas, le coït, pour être fécond, devra se pratiquer ainsi qu'il suit.
' L'auteur indique dans ces deux paragraphes les étals qui constituent \ts déviations de la matrice.
2 C'est de V antécersion dont il est ici question, et celte situation anormale de l'utérus est parfaitement décrite par notre Khôdja.
3 II s'agit dans ce paragraphe d'une rétrooersion.
EL KTAB. 4
Après avoir préludé par les caresses et les paroles qui, par leur ilamme, engendrent le désir, l'homme se mettra à la droite de la femme ; celle-ci soulèvera un .peu les reins et portera sa cuisse et sa jambe droite sur les cuisses de son mari; celui-ci, alors, se mettra sur le côté gauche et, passant son bras gauche sous la taille de sa femme, il l'attirera légèrement à lui; ceci fait, la femme restant toujours couchée sur le ilos, l'homme, en descendant ou remontant un peu, se mettra dans une telle posture qu'il n'aura qu'à prendre son Dkeur avec sa main droite, et à l'introduire doucement et progressivement dans le vagin. Il aura soin» au moment de l'éjaculation, de ne pas trop changer sa position, <3t il évitera de pousser avec trop d'énergie. -
v^ — Pour le second cas, l'homme se conduira de même, mais avec cette différence qu'il se mettra sur le côté gauche de la femme et sur son côté droit à lui.
^^ — Dans le troisième cas, l'homme agira comme pour le coït ordinaire, mais il aura soin de mettre sous les reins de sa femme plusieurs coussins, de manière à ce que le bassin soit relevé en proportion du déplacement de la matrice.
v.ji' — Dans cette occasion, comme dans les autres, du reste, il sera bon, avant l'introduction finale, de se rendre compte par le doigté de la situation exacte de l'organe.
J — Enfin, dans le quatrième cas, l'homme se conduira également comme dans le coït ordinaire, mais il faudra que tout le corps de la femme soit sur une pente assez prononcée, et que l'homme opère plus de bas en haut qu'horizontalement. Il pourra aussi dans cette circonstance agir avec sa femme comme le font les quadrupèdes, le taureau en particulier.
> — Avec ces quatre manières de copuler, vous avez toutes les chances possibles, ô vous qui croyez ! de mettre l'extrémité de votre Dkeur juste en face du col de la matrice.
et dans des conditions telles que les homnicules , qui se trouvent dans la liqueur séminale, puissent franchir la porte du col, et, après avoir traversé les obstacles que la nature a semés le long du col, se loger dans l'œuf qui attend son imprégnation dans le fond de la matrice. Ce qui est conforme à ce que nous a dit le Prophète, à la parole de vérité irréfragable, quand il a déclaré qu'il se trouve dans la matrice, au moment de la copulation, un ange qui s'écrie : « 0 Seigneur, une goutte ! 0 Seigneur, un germe * » !
. — Si à ces causes physiques et physiologiques vous ajoutez, ô hommes ! la puissance de la prière et la force des paroles sacramentelles qui doivent préluder au coït des justes et des croyants, vous aurez mis dans votre jeu toutes les chances de succès pour chasser le démon de la stérilité. ï — Mais il est des cas où, en outre des causes mécaniques ou physiques que j'ai énumérées dans les versets (, T, F et^, la stérilité peut être causée par les effets du mauvais œil, les sorts, les charmes, les ensorcellements et tout ce qui tient à la Sahr (magie). C'est à ces cas que faisait allusion le Prophète, quand il disait : « L'effet du regard de l'œil eat vrai ; et, s'il y avait au monde rien qui pût aller plus rapide que la destinée, ce serait le coup de l'œil. Lorsque Ton vous demande de laver celui que le coup d'œil a atteint, satisfaites à la demande » .
j — Comme j'ai traité dans une autre partie de mon livre, à l'article Maléfices^ de tout ce qui concerne cette question, et que j'y ai donné les moyens de combattre avec succès le mauvais œil et les sorts jetés sur les gens, les animaux et les plantes, je n'en parlerai pas ici.
^ La physiologie moderne ne repousse pas celte explication de l'enfantemeit. Si les spermatozoaires remplacent les homnicules du vieux savant arabe, si certains mots diffèrent, le fond resté le même (P. dcR).
Dieu est puissant et miséricordieux !
^ — En ce qui concerne les autres manières de coïter, soit que la femme prenne la place de l'homme, soit qu'elle soit à demi-penchée sur le bord d'un haut sopha, soit qu'elle se tienne debout, ou adossée à un arbre, soit qu'elle, se mette dans la posture des femelles des animaux, ce sont là jeux d'amoureux, que la loi autorise, conformément à cette parole du Prophète : «Les femmes sont votre champ; cultivezle de la manière que vous l'entendrez, ayant fait auparavant quelque acte de piété* ».