CHAPITRE IV
Sommaire : Des mauvais anges, des esprits et de leurs tentations. — Coïts qui, sans être illicites, sont dangereux pour la santé. — Du détournement de la liqueur spermatique. — De l'onanisme ordinaire et buccal adopté par les idolâtres et les chrétiens. — Sa condamnation parle Koran.
Au nom du Dieu clément et miséricordieux !
1 — Vous avez vu, ô hommes ! quelle est la nature excellente du coït, vous avez entendu que cet acte, ordonné par le créateur et clé de voûte de la nature, objet du culte des -anciens, devait être pratiqué comme un cantique chanté à la gloire du Dieu tout-puissant et fécondateur.
v__^ — Vous avez également entendu, ô vous qui croyez ! ■quelles étaient les pratiques à employer pour mettre en fuite les djinns et les mauvais esprits qui, au moment de la pénétration, cherchent à se faufiler dans la matrice de la femme, afin de lui faire engendrer des êtres rachitiques ou contrefaits physiquement et moralement.
vjL^ — Mais ce n'est pas seulement à ce moment même que les mauvais esprits combattent en nous pour leur cause. Il ne se passe pas, en effet, de minute, sans que nous ayons i lutter contre leurs mauvaises suggestions. Ce sont eux, ou
plutôt leurs effluves, qui font pénétrer en nous toutes les convoitises malsaines et tous les désirs monstrueux de coïts illicites.
O — A ces influences pernicieuses, toujours d'accord avec les choses de la matière, issues du grand serpent tentateur ou vie universelle, à ces influences, qui sont à notre esprit ce qu'une cavale^ indomptée est au mors de son cavalier, une cavale qui, dans sa course furibonde, peut désarçonner le cavalier ne sachant ou ne pouvant s'en rendre maître, à ces influences, dis-je, vous savez, ô vous qui croyez ! qu'il faut opposer la bride de la prière et des ablutions, si on ne veut, comme le cavalier précité, être désarçonné el projeté à terre.
^ — Les sujets dont je vais vous parler ne s'appliquent pas aux fidèles de l'Islam ; gloire soit à son Prophète, le miséricordieux, savant et intrompable Mohammed ! Ils s'appliquent à ceux qui, s'étant écartés de la sainte voie, ont succombé aux tentations de la chair et ont péché. Mais, ce que ceux-ci ont fait, vous pouvez, ô vous qui croyez ! être également entraînés à le faire.
Mais, avant de poursuivre mon chemin, je dois m'arrêter un instant pour répondre à la demande qui m'a été faite par un grand nombre de personnes.
On m'a demandé, et on me demande encore souvent, si le Aze^ ou détournement de la semence fécondante, que d'autres appellent Sreuk' — soustraire frauduleusement, — afin d'éviter la conception, était une chose licite ou illicite?
■y- — Je répondrai que, conformément à plusieurs traditionnistes, cet acte serait licite si les deux époux étaient d'accord sur son accomplissement ; mais qu'il n'y a rien dans le Koran de bien positif à cet égard. Djàber a bien raconté
* Frâçata.
que : « Du temps du Prophète, et quand le Koran lui était envoyé et révélé du ciel, il s'abstenait, avec sa femme, du complément final, — c'est-à-dire de l'éjaculation spermatique dans les organes génitaux de la femme. — Le Prophète en fut informé et, ajoute Djàber, il ne nous défendit pas cette pratique, mais il nous dit : « Pas un souffle — c'est-à-dire une âme — n'aura été créée par la créature jusqu'au jour de la résurrection générale, que ce souffle n'ait son existence ». Cette réponse indique que tout ce que Dieu crée d'âmes aura son existence sur la terre, sous la forme humaine; et, par conséquent, quoique vous pratiquiez le coït imparfaitement, cela n'empêchera point, si Dieu le veut, que vos femmes deviennent mères à la suite de pareils coïts.
j. — D'un autre côté, Omar a dit : « Le Prophète nous a défendu le coït incomplet, ou par détournement de sperme, avec la femme non esclave, à moins qu'elle n'y consente »". D'autre part, une tradition, émanée du Prophète, permet à la femme de se médicamenter pour supprimer ses règles, mais à condition que le médicament ne puisse nuire'.
^ — Je pense, sur tout ceci, avec les docteurs du rite Chàfeite^ que la raison condamne ce détournement de sperme; car, s'il en était ainsi, si cette pratique était permise, ce serait aller contre la loi même de la procréation. Quant à la femme, elle ne doit se médicamenter, dans le but de supprimer ses règles, que si son mari y consent.
5 — Je sais bien, pour en finir avec cette question du détournement du sperme, que ceux qui en sont partisans
< C'est de cette tradition, que s'autorisent arbitrairement les sultans de Constantiiiople pour faire provoquer i'avorlement de certaines princesses à l'aide d'une maîtresse sage-femme attachée au harem impérial, connue sous le nom de :
La sage-femme sanglante.
s'appuient sur le verset 223 du chapitre n du Koran * . Mais comme, en définitive, cette pratique est une forme de Voïianisme, et que ce vice est prohibé par tous les docteurs de la loi, il en résulte qu'il faut condamner, en son principe, tout détournemetn de semence, quels qu'en soient le mode et la manière de l'opérer.
. — Il y a également une raison importante pour que vous évitiez d'avoir recours à cette action : cette raison, c'est qu'elle est nuisible à la santé qu'elle peut altérer profondément, physiquement et moralement, ainsi que nous en avons de trop nombreux exemples.
: — L'onanisme proprement dit concerne toute action qui, soit avec la main, soit avec la bouche d'une femn^è, d'un eunuque ou d'un jeune garçon, a pour but de provoquer l'éjaculation du sperme, au détriment de l'acte naturel et à celui de la femme. L'onanisme buccal est très répandu chez les chrétiens et dans les différentes sectes de cette croyance ; c'est un reste des anciennes orgies qui se commettaient dans certains temples païens ou idolâtres. Les chrétiens, en s'écartant des enseignements primitifs du prophète Jésus, que son nom soit glorifié ! tombèrent à leur tour dans l'idolâtrie 2 et conservèrent un grand nombre des cérémo-
* « Les femmes soal votre champ. Cultivez-le de la façon que vous l'entendrez, ayant fait auparavant quelque acte de piété. Craignez Dieu, et sachez qu'un jour vous serez en sa présence. Annonce aux croyants d'heureuses nouvelles ».
Comme le Khôdja cite souvent ce passage du Koran, j'ai pensé qu'il était bon de le donner, une fois pour toutes, dans son entier (P. de R.).
2 La doctrine exposée encore ici par le vieux savant est conforme en tout point à l'esprit du Koran et de l'Islam qui condamnent aussi bien l'avortement — voir la note de la page 41 — que l'onanisme, deux pratiques opposées au but final de la copulation : la procréation. Ce que le maître dit également des chrétiens se retrouve dans presque tous les chapitres du Koran. J'ajoute que c'est là, surtout pour les musulmans lettrés, la principale raison d'être de la mission de Mohammed. Voici, du reste, comment s'exprime le Koran, à cet égard, dans le chapitre iv, ver-
nies idolâtres que Jésus lui-même avait condamnées, et que notre saint Prophète a également flagellées. Il ne faut pas douter que l'onanisme buccal soit un legs de ces pratiques détestables, dont l'origine barbare remonte à la nuit des temps. Laissez donc, ô vous qui croyez ! ces pratiques aux xîhrétiens, aux idolâtres et aux juifs, car il est certain que l'onanisme, quelle que soit la manière dont il est pratiqué, « entraîne avec lui la tristesse, le manque de courage, et •qu'il afi"aiblit les appétences, les désirs, les puissances organiques », ainsi que l'a si bien dit le cheikh, le savant Djélâl-ed-din, Abou Soleiman Dàoud, à qui Dieu fasse miséricorde !
^ — Il est des docteurs qui, induits en erreur ou interprétant mal cette phrase, attribuée par les traditionnistes au Prophète, « faites tout, plutôt que de vous laisser aller à l'adultère et à l'inceste * », prétendent que l'on peut, dans certains cas, faute de femme, en voyage par exemple, soulager la nature, quand elle est par trop ardente, en se débarrassant
set 76: « Infidèle est celui qui dit : Dieu, c'est le Messie, fils de Marie. Le iMessie na-t-il pas dit lui-même : 0 enfants d'Israël, adorez Dieu qui est mon Seigneur et le vôtre. Quiconque associe à Dieu d'autres dieux, Dieu lui interdira l'entrée du jardin, et sa demeure sera le feu. Les pervers n'auront plus de secours à attendre. » Et aux V'^ 77, 79. — Infidèle est celui qui dit : « Dieu e?t un troisième de la Trlmté ». Il n'y a point ■de Dieu si ce n'est le Dieu unique. S'ils ne désavouent ce qu'ils avancent, un châtiment douloureux atteindra les infidèles ».
w Le Messie, fils de Marie, n'est qu'un apôtre; d'autres apôtres l'ont précédé. Sa mère était juste. Ils se nourrissaient de mets, — c'est-à-dire qu'ils étaient des humains, ne pouvant se passer de nourriture ».
Au chap. VI, V. H6. — « Dieu dit alors à Jésus : « As-tu jamais dit aux hommes, prenez pour dieu moi et ma mère plutôt que le Dieu unique yy. — Loin de ta gloire ce blasphème. Comment aurais je pu dire ce qui n'est pas vrai ? Si je l'avais lu, ne le saurais-tu pas ? Tu sais ce qui est au fond de mon âme, et moi jïgnore ce qui est au fond de la tienne, car toi seul connais les secrets ».
A lire tout le chapitre xix ayant pour titre : Marie, et beaucoup de ■versets des chapitres précédents et suivants.
* Le Koran, chap. xvi, v. 34, dit textuellement ceci : « Évitez l'adultère, •car c'est une turpitude et une mauvaise route ».
par l'onanisme simple, c'est-à-dire Veummaïra *, du surcroît de la liqueur spermatique. Ces mêmes docteurs affirment que, dans ce cas, mais dans ce cas seul, Yeummaïra est permise si elle n'a lieu que dans le but d'aider la nature en la soulageant, sans la recherche du plaisir et sans que sa volupté lascive en soit l'ordonnatrice.
fU — Contrairement à cette opinion et en raison du moyen que la nature possède de se débarrasser pendant le sommeil — par des rêves éjaculateurs — de ce qui peut produire la congestion des organes, je n'hésite pas à condamner cette manière de voir de certains docteurs et à déclarer, le Koran en main, qu'à tous les points de vue, l'onanisme, dans toutes ses pratiques, doit être considéré comme une œuv^re démoniaque, dangereuse à la santé du corps et de l'esprit, capable des plus grands maux, indigne d'un homme raisonnable.
fjs — Mais si, ô vous tous qui croyez ! vous êtes tombés dans cette erreur, qui est plus une faute qu'un grand péché, que le livre des chrétiens lui-m^me condamne. Dieu est miséricordieux et aime à pardonner, quand le repentir est entré dans notre cœur, ainsi que le Koran Fa dit textuellement: « Si vous évitez les grands péchés qu'on vous a défendu de commettre, nous effacerons vos fautes, et nous vous procurerons une entrée honorable au paradis ^ » .