CHAPITRE II
Sommaire : De l'origine des eunuques. — Leur condamnation par la loi de l'Islam. — Des eunuques blancs et noirs. — Leur caractère physique et moral. — Des différentes catégories d'eunuques. — Possibilité pour certains eunuques de pratiquer le coït et même de rendre la femme mère. — Des punitions qui doivent être infligées aux femmes coïlant avec des eunuques. — Appendice : Les eunuques dans l'antiquité. — Jalousie mortelle d'eunuques. — Un épisode de la Turquie officielle : Les eunuques Firouz et Nédim aghas.
Au nom du Dieu cléjnent et miséricordieux l
I — Quel est celui d'entre vous, ô hommes! qui, interrogé sur tout ce qui concerne les eunuques et leurs fonctions, saurait répondre comme il convient, conformément au droit sentier de la vérité ?
v^ — Quel est celui d'entre vous, en effet, dont l'opinion, sur ce sujet, n'est point entachée de fausseté?
,j:^ — N'est-il pas de notoriété publique que l'eunuque est issu de l'Islam ? Qu'il est un des rouages de notre organisation sociale, indispensable au maintien de l'ordre et de la morale dans les harems des pachas, des beys et des effendis?
v^ — Est-ce que cette opinion, si répandue chez les chrétiens, n'a pas fini par s'imposer, toute mensongère qu'elle est, aux
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musulmans ignorants des choses de la loi, de la morale, du dogme et du rituel ^ ?
^ — La vérité, c'est que nous avons trouvé l'institution des eunuques chez les Grecs, chez les Romains et chez les peuples qui nous ont précédés. Et, s'il fallait ici dire toute ma pensée, pensée conforme à celle de plusieurs de nos vénérés docteurs, je vous déclarerais, ô vous qui croyez ! que l'eunuque est contraire à l'Islam, à ses principes et à sa morale !
^ — Gomme gardiens de l'honneur de nos femmes, n'avons-nous pas les peines sévères édictées par le Koran et nos lois contre l'adultère 2, la pédérastie et la bestialité? N'avons-nous pas encore plus que ces peines coitectionnelles? N'avons-nous pas les lumières koraniques, à l'aide
^ La loi musulmane formule des peines excessivement sévères contre les blessures ou muUlalions faites aux membres d'un homme ou d'un enfant, même à la mamelle. Elle précise ainsi ces peines :
La perte d'un membre unique exige le prix du sang entier; celle de l'un des membres doubles, la moitié du prix du sang ; et celle d'un des membres qui sont au nombre de dix, le dixième du prix du sang. Or on entend par membre unique, le nez, la langue et l'organe de la génération ; par membres doubles, les mains, les pieds, les yeux et les oreilles.
Le prix du sang doit s'entendre par l'application de la peine du talion, c'est-à-dire que, toute blessure ou mutilation faite à autrui, de propos délibéré, entraîne chez le coupable la même blessure ou la môme mutilation ; c'est, en propre terme, r« œil pour œil, dent pour dent », des Hébreux.
J'ajoute que tout autre acte causant à un individu la perte d'un de ses sens ou de sa raison entière, ou rendant une femme stérile, entraîne le prix du sang entier; il en est de même pour quiconque a défiguré quelqu'un en lui faisant perdre pour toujours sa barbe, ses sourcils ou ses paupières, et ses cheveux, si c'est une femme (P. de R.).
2 Voici comment s'exprime le Koran au sujet de l'adultère et de ses peines correctionnelles (chap. xxiv, La lumière^ verset 1, 2 et 4) :
« Nous avons fait descendre ce chapitre du Ciel et l'avons rendu obligatoire. Nous y révélons des choses claires, afin que vous réfléchissiez. Vous infligerez à l'homme et à la femme adultères cent coups de /bwe^ à chacun. Que la compassion ne vous entrave pas dans l'accomplissement de ce précepte de Dieu, si vous croyez en Dieu et au jour dernier. Que le supplice ait lieu en présence d'un certain nombre de croyants.
desquelles nos femmes peuvent se conduire au milieu des ténèbres de la vie ?
^ — Est-ce que notre saint Prophète a eu besoin d'eunuques? Est-ce que l'arabe du désert et de la tente se sert de ces hommes incomplets?
ù — Si donc il en est qui approuvent cette institution devenue banale, surtout chez les descendants d'Osman', répondez hardiment, ô vous tous, les fidèles de l'Islam! qu'elle n'est qu'un détestable emprunt aux usages corrompus des Grecs et des peuples de la décadence; répondez encore qu'elle est plus d'origine chrétienne que musulmane, car elle fut la base d'une secte chrétienne, célèbre au uf siècle sous le nom de Valésiens.
^ — Certes, on ne peut que condamner l'usage inconsidéré que les Turcs, leur Padischah en tête, font des eunuques blancs et noirs, car cet usage tend à perpétuer l'abominable pratique de la castration.
. — Mais qui ne sait, ô hommes ! que les Turcs ont, depuis de longues années, quitté le droit chemin de l'Islam, pour suivre une route tortueuse qui finira par faire d'eux, s'ils n'y prennent garde, des schismatiques aveugles, indignes de la prépondérance religieuse et politique qu'ils ont voulu exercer sur les fils de l'Islam?
j — C'est à cet emploi condamnable des eunuques, c'est au rôle néfaste qu'on fait jouer à ces pauvres victimes de l'ignorance et des habitudes corrompues de l'Inde et de
Un homme adultère ne doit épouser qu'une femme adultère ou idolâtre, et une femme adultère ne doit épouser qu'un tiomme adultère ou un idolâtre. Ces alliances sont interdites aux croyants*.
« Ceux qui accuseront d'adultère une femme vertueuse, sans pouvoir produire quatre témoins, seront punis de quatre-vingts coups de fouet ». (P. de R.)
* Les Turcs.
* Musulmans.
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l'Occident ^ que je dois la pénible nécessité de vous entretenir, ici, des eunuques en général et en particulier.
^ — Ainsi que vous le savez, ô hommes ! il existe trois variétés d'eunuques blancs et noirs.
^ — Ces variétés constituent l'eunuque parfait ou complet, l'eunuque incomplet et l'eunuque de troisième catégorie.
fjf> — L'eunuque complet est celui auquel, étant enfant, on a enlevé l'organe complet de la génération, c'est-à-dire le Dkeu7\ le scrotum et les testicules ; l'eunuque incomplet, est celui auquel on a ôté les testicules après la puberté; les eunuques de troisième catégorie sont ceux auxquels on a atrophié les testicules, par froissement, dès le bas âge. Z
(j^ — Le premier est le seul qui, au point de vue du coït, offre des garanties absolues.
jo — Quant aux deux autres, ils peuvent coïter jusqu'à un certain âge et sont d'autant plus dangereux, pour la morale et les bonnes mœurs, qu'ils sont généralement aptes à satisfaire les femmes sans les exposer à l'engendrement.
]b — Les premiers se rapprochent du sexe féminin par leur constitution physique et leurs facultés intellectuelles et morales; ceux-là n'ont point de barbe, leur larynx conserve les petites dimensions de l'enfance, et leur voix est tout à la fois enfantine et aiguë. Ce sont ceux qui vivent le moins longtemps, surtout quand ils appartiennent à la race noire '^. '
c. — Les autres ont plus ou moins de barbe, suivant qu'ils sont de la seconde ou de la troisième catégorie ; mais l'on
' Le Khôdja, par ce mot « Occident », fait allusion, très probablement, aux eunuques de la chapelle Sixtine et à l'opinion formulée par beaucoup de musulmans contre certains prêtres de Rome, qu'ils accusent de pédérastie avec les jeunes eunuques qu'ils entretiennent sous des prétextes ritueliques.
2 Beaucoup d'eunuques noirs succombent à la tuberculose pulmonaire et mésenlérique entre vingt-cinq et trente ans. (P. de R.)
peut dire qu'en général elle est clair-semée et peu fournie. Leur voix est grave; les désirs vénériens sont quelquefois assez vifs ; leurs facultés intellectuelles se rapprochent de celles de l'homme complet, mais elles s'affaiblissent tôt, et leur personne présente de bonne heure le cachet d'une vieillesse anticipée.
i — On a VU parfois, quoique la chose soit rare, des eunuques de la troisième catégorie mettre enceinte la femme qui, en usant de leur Dkew\ croyait satisfaire ses désirs
sans aucune conséquence fâcheuse Si étrange que ce fait
puisse paraître, on se rendra facilement compte de sa possibilité, en supposant que quelques vaisseaux séminifères ont échappé à l'atrophie qui résulte du froissement testiculaire, opéré en bas âge, ainsi que je l'ai déjà dit^
v^ — Les Turcs, les Persans et les musulmans ignorants des lois koraniques et des principes de notre sainte religion ont d'autant plus péché en introduisant l'eunuque dans notre société qu'ils ont, par ce fait, singulièrement contribué à la dissolution qui a pénétré dans les mœurs de nos grands personnages. Par ses goûts de femme, par ses aptitudes féminines, l'eunuque complet a provoqué chez Fhomme et a singulièrement développé le mauvais instinct de \di pédérastie. Ne trouvant dans son organisme aucun ressort viril, il a cessé d'être un vrai musulman pour devenir une pâte molle, malléable, prête à subir toutes les mauvaises suggestions. Il est devenu ainsi digne de rivaliser avec les juifs qui, tout le monde le sait, font argent des leurs et de leur propre corps.
^^ — L'habitude que possède cette catégorie d'eunuques de cultiver l'amour à rebours fait d'eux les plus grands enne-
^ J'ai vu un cas semblable pendant mon dernier séjour à Constantinople. Une femme du harem de Os... pacha, une esclave, accoucha d'un enfant mort-né, dû à ses relations intimes avec un des eunuques blancs du pacha (P. de R.).
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mis de la femme, et les gardiens les plus vigilants, les plus féroces et les plus jaloux des harems dont la garde leur est confiée. Jaloux des femmes, ils le sont également entre eux. Leurs passions, pour être moins vives que chez les hommes, n'en sont pas moins profondes. Lorsqu'ils veulent se venger d'un affront, ou même d'un simple manque d'égard, ils savent attendre avec une patience étonnante l'instant de la vengeance, cet instant dût-il ne se présenter qu'au bout de plusieurs années. Cette ténacité se rencontre particulièrement chez les eunuques noirs ; ce qui a fait dire que :
« Quand un noir a mis dans sa tête de tuer quelqu'un, il faut qu'il le tue ou qu'il se tue » !
kjS — Si les blancs sont moins redoutables dans t«ur esprit de vengeance, ils sont, en revanche, plus malins, plus fourbes, plus portés à l'onanisme, qu'ils pratiquent au besoin avec la bouche, quoique cette méthode soit assez rare, même chez les Turcs. Ce sont ces eunuques qui font généralement office de femmes dans certains hammams fréquentés plus particulièrement par les Grecs et les Arméniens.
J — Il est très rare, vous le savez, ô vous qui croyez ! que les femmes, même les plus perverses, s'amourachent des eunuques complets ; mais le contraire a lieu pour ceux de la deuxième et de la troisième catégorie. Nombreux sont les scandales produits par ces amours contraires à l'Islam, et qui ne peuvent avoir pour excuse chez la femme que l'abandon trop prononcé du maître ^
En général, les eunuques sont mélancoliques, tristes, assez portés vers la poésie et les sciences d'observation ; mais ils n'ont de courage et d'énergie que pour se venger de leur
^ Tous les habitants de Constanliaople ont encore présentes à la mémoire les amours de la princesse égyptienne M... avec son eunuque noir de :>culari, mort poitrinaire en 1887.
ennemi, eunuque comme eux. Devant les hommes complets, ils sont faibles et comme des femmes.
> — Certes, Dieu est miséricordieux ! miséricordieux même en raison de sa toute-puissance ; mais les femmes qui recherchent les plaisirs ithyphalliques, qui oublient assez leur devoir pour s'abandonner à un coït infécondant, stérile, doivent être fortement réprimandées, car, en péchant gravement, elles compromettent leur salut pour des siècles et des siècles, et s'exposent, ici-bas, à prendre la route qui, par la surexcitation improductrice de leurs sens, les conduit aux pratiques désorganisatrices du saphisme et de toutes les œuvres issues des tentations sataniques.
, — Et non seulement les femmes ainsi livrées aux eunuques voient leur salut compromis, leur santé transformée en nervosisme, mais elles détruisent en elles, ce qui est encore plus grave, tout principe de fécondation et de maternité, c'est-à-dire qu'elles deviennent comme des déchets impropres au fonctionnement de la vie universelle et individuelle.
» — Morigénez donc, ô hommes! celle de vos femmes qui se livrerait à la copulation avec un ou plusieurs de vos eunuques. Morigénez-la, battez-la, et si vos corrections ne la ramènent pas au droit chemin, renvoyez-la, si elle est légitime ; vendez-la, si c'est une esclave.
Dieu est patient et miséricordieux !
APPENDICE