‹ El Ktab des lois secrètes de l'amourChapitre 42 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE l'aVORïEMENT ET DE SES CONSÉQUENCES

Sommaire : La prostitution mère de l'avortement. — Les fondions du cerveau. — Opinion de quelques docteurs de la loi musulmane sur l'avortement. — L'ange de la matrice. — Moment de la conception. — L'Islam et l'avortement. — Les fausses interprétations des savants turcs. — Résumé. — Appendice : La sage-femme sanglante du palais impérial de Constantinople. — Un voyage à Brousse. — Les ouvrières avorteuses d'un vice-consul français.

Au nom du Dieu clément et miséricordieux !

! — La prostitution est non seulement la mère de tous les coïts illicites, de tous les vices, de toutes les folies génésiques, ainsi qu'il ne m'a été que trop facile de vous le démontrer, mais elle a ceci de particulièrement terrible, qu'elle pousse ses prêtresses au crime le plus condamnable de tous les crimes :

Je veux parler de Vavorteme?if.

,, — Quand Vi?itelligence spirituelle, qui réside dans le cerveau, ne possède plus l'équilibre nécessaire pour former la raison et la sagesse des actions, les mauvaises influences s'emparent en partie de ses actions vibratoires et provoquent des altérations dans la nature des pensées qui, cessant de s"enendrer harmonieusement, ne produisent qu'un désordre plus

OU moins profond de toutes les sensations de l'être humain.

yjl) — Alors se manifestent ces actions déséquilibrées du cerveau, dont la première étape est le nervosisme o» l'hystérie ; la seconde, les crises de nerfs, les maladies convulsives et l'épilepsie ; la troisième et la dernière, la folie complète et la mort, ou plutôt la décomposition de l'organisme vivant, car la mort, vous le savez, ô vous qui croyez ! n'existe qu'en apparence et n'est, en réalité, qu'un mot vide de se?îs et de raison, puisque tout ici-bas se compose et se décompose pour mieux se renouveler.

voj — Je n'ai pas à vous entretenir, ô hommes ! de la nature des pernicieuses influences qui peuvent provoquer et amener la déchéance de l'homme ; mais ce que je puis vo'^ dire ici, c'est que les mauvaises pensées, qui conduisent l'homme et la femme à la prostitution, suggèrent et engendrent rapidement la pensée et l'accomplissement de l'avortement.

^ — Or l'avortement est absolument interdit par notre saint Prophète, qui, en défendant de tuer l'homme, de commettre l'adultère, a également défendu de tuer les enfants. Et par le mot enfant il faut entendre, suivant tous les traditionnistes, aussi bien le germe qui se développe dans la matrice que l'être absolument formé dont la vie va s'écouler dans cette autre matrice qui s'appelle le monde.

~ — La prostitution, sous forme d'adultère ou sous toute autre forme, étant un vice, quoi de plus naturel que ce vice produise un crime !

^ — Et, si l'on appelle crime l'onanisme simple ou complexe, quel nom devra-t-on donner à cet acte monstrueux qui constitue l'assassinat froidement pi-émédité de l'ange qui, du fond de la matrice, s'écrie au moment du coït: « Une goutte, Seigneur, un germe ' » !

* Voirie chap. ii, livre I*'', page 51.

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j> — Certains docteurs ont considéré l'avortement encore plus comme une folie que comme un crime ; mais, en soutenant cette thèse, contraire à la vérité, ils avaient oublié ces paroles du Prophète, qu'Asmâ, fille de Jezid, a souvent répétées depuis :

« J'ai entendu le Prophète dire : Ne tuez pas vos enfants secrètement par les voies qui vous sont insaisissables, car le malheur atteindra plus tard ceux que vous aurez conservés ».

S — Laissez donc, ô vous qui croyez ! la pratique des avortements aux continuateurs des Romains, païens ou chrétiens, qui, sous le nom de Francs, envahissent petit à petit toutes nos villes et nos campagnes.

. — Quelques femmes, même parmi les musulmanes, ont recours à l'avortement sous le prétexte coupable de maintenir leurs mamelles dans leur dureté et leur éclat primitifs, et d'éloigner de leur ventre les rides accusatrices. Mais les malheureuses ignorent-elles donc qu'en se livrant ainsi à ces pratiques infanticides elles s'exposent souvent à la mort, et, toujours, à des désordres graves, dont le moindre n'est pas la stérilité ?

; — D'autres femmes, poussées par leur amant, ou par de mauvaises conseillères, croient pouvoir cacher leur faute en en détruisant le signe révélateur. En agissant ainsi, elles peuvent bien se soustraire au jugement du monde, mais se soustrairont-elles à celui de Dieu? Et soustrairont-elles leur santé aux conséquences physiologiques que provoque un tel trouble dans les fonctions organiques ?

Dieu est juste, tout-puissant et terrible, même dans sa miséricorde !

Il en est qui disent que l'avortement est moins coupable quand il est provoqué dans le premier mois de la grossesse.

C'est là un sophisme, et un sophisme dangereux, car il est démontré, par la parole de vérité irréfragable du saint Pro-

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phète, qu'il y a vie et intelligence organique dès que la gouttelette du sperme a pénétré dans l'œuf qui s'est logé, après chaque menstrue, dans la cavité de la matrice. N'est-ce pas, en effet, peu après cette pénétration du germe que l'œuf devient embryon, et que l'ange de la matrice écrit le sexe de l'individu qui en sortira, le terme de son existence, les œuvres qui en rempliront les jours, et le sort malheureux ou heureux qui lui est destiné?

Le Prophète, pour mieux sanctifier le grand acte qui se passe alors dans la matrice de la femme, et pour mieux vous pénétrer de l'horreur du crime que vous accomplissez quand vous faites avorter cette dernière, n'a-t-ilpas dit que « la mère qui meurt dans les douleurs de l'enfantement est- mise au rang des martyres et, comme telle, a droit d'entrer immédiatement dans le Paradis » ,

Fuyez-donc, ô vous les femmes fidèles ! toutes pratiques ou toutes médications pouvant amener l'avortement !

Dieu sait le caché et le secret de toutes choses ; il gouverne tout par sa sagesse !

Des flatteurs turcs, faux savants que Dieu confonde ! ont voulu donnera la tradition que j'ai rapportée au chapitre iv du livre des principes une signification mensongère ^ Ils ont dit et affirmé que, en permettant de médicamenter la femme dans le but de supprimer ses règles, le Prophète avait sous-entendu autorisé, dans certains cas, la provocation de l'accouchement anticipé par l'emploi de médicaments administrés intérieurement et extérieurement. Qui ne voit qu'en prêtant à cette tradition cet esprit si contraire au

* Voici, pour la facilité du lecteur, cette citation qui se trouve à la page Sa du chapitre indiqué par le Khôdja : « D'autre part, une tradition émanée du Prophète permet à la femme de se médicamenter pour supprimer ses règles, mais à condition que le médicament ne puisse nuire ».

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Koran et à la loi de l'Islam, ces faux savants ont voulu mettre les ténèbres à la place de la lumière? En autorisant la femme à se médicamenter, alors qu'elle est travaillée par son sang, la tradition et les premiers docteurs de la loi ont voulu dire, et ont dit en effet, qu'il était permis, avec le consentement de l'époux ou des proches, et avec celui de la femme, de lui administrer des drogues pour diminuer ou supprimer ses règles dans un but de salut, c'est-à-dire pour arrêter par exemple une hémorrhagie ou faire face à d'autres indications urgentes, dans le seul intérêt de la malade. Et, ajoute bien nettement la tradition, à condition que le médicament ne puisse nuire.

Où y a-t-il là, ô hommes ! une seule phrase, un seul mot dont on puisse s'autoriser pour permettre l'avortement?

Dieu est puissant, savant et miséricordieux !

APPENDICE

LA SAGE-FEMME SANGLANTE DU HAREM IMPÉRIAL DE CONSTANTINOPLE ET LES AVORTEUSES d'uN VICE-CONSUL FRANÇAIS

On a vu combien le Khôdja défend avec énergie les manœuvres coupables de l'avortement. En revenant sur une tradition, assez vague en somme, il s'efforce de démontrer l'esprit véritable du Koran, qu'il oppose aux interprétations capricieuses et bizarres qu'en ont données certains savants ottomans dans le but de flatteries passions politiques de leur maître.

C'est cette interprétation fantastique de la tradition que j'ai déjà indiquée, qui adonné naissance aux avortements exécutés en Orient chez les femmes du palais. C'est d'elle dont s'autorise encore le Sultan actuel pour entretenir dans le harem impérial une maîtresse sage-femme, dont le titre seul, la sagefemme sanglante^ indique suffisamment la nature de ses fonctions abortives et politiques.

Mais ce n'est pas seulement chez les Turcs et les musulmans que l'on rencontre l'usage de cette pratique, si commune en Turquie et si contraire au Koran et à ses principes on la rencontre surtout chez les Levantins, les Grecs, les Arméniens, les catholiques orthodoxes ou romains, et chez tous les orientaux. C'est de ceux-ci qu'elle est passée aux musulmans, aux Turcs particulièrement, car, nulle part, je

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ne saurais trop le répéter, le Koran ne permet une telle pratique. 11 ne renferme pas un verset, pas une ligne dont on puisse s'autoriser en faveur de cette opération criminelle. J'ajoute qu'elle est, en elle-même, absolument contraire aux principes de l'Islam. Malheureusement, il en est des prêtres musulmans comme des prêtres chrétiens : les uns et les autres ont fait dire à leurs maîtres beaucoup de choses que ces derniers n'ont jamais dites. Histoire de flatter les grands et de satisfaire leurs propres passions.

Cette question de l'avortement me rappelle une anecdote qui a sa place tout indiquée dans cet appendice.

Vers la fin de septembre 1865, après le choléra, je fus envoyé de Constantinople à Brousse, avec la mission d'étudier les altérations qui étaient survenues dans la nature des eaux thermales de cette ville, après le fameux tremblement de terre qui avait détruit une partie de ses demeures. Je fis la traversée de la Corne-d'Or à Moudania, le port de Brousse, en compagnie d'un important filateur de soie, alors agent consulaire français à Brousse, feu M. Brotte. Ce compatriote, chez lequel je logeais pendant mon séjour dans cette ancienne capitale ottomane, et dont j'ai gardé un excellent souvenir, car c'était un parfait honnête homme, de mœurs austères et toutes patriarcales, comme on en rencontre encore dans quelques vieilles familles protestantes, me fit visiter la ville dès le lendemain de notre arrivée. Dans le cours de notre excursion nous arrivâmes devant sa filature, alors en pleine prospérité. Nous y entrâmes. Plus de trois cents femmes et jeunes filles chrétiennes, grecques, arméniennes et levantines, y travaillaient.

En parcourant les métiers, mon hôte fut frappé par l'absence de plusieurs de ses ouvrières :

— Qu'est donc devenue une telle? demanda-t-il à un contremaître»

— Elle est chez elle depuis hier;... mais elle reviendra demain.

— Est-elle malade ? questionna de nouveau M. Brotte.

— Oh non ! Elle m'a demandé deux jours de congé pour se faire avorter.

— Ah !

Nous continuâmes notre visite.

Pendant sa durée, mon hôte s'enquit du motif qui tenait éloignées plusieurs de ses ouvrières. La réponse, faite par des hommes ou par des femmes, fut toujours la même :

— Une telle?... Elle se fait avorter.

Elle se fait avorter. Cela était dit sans gêne, sans difficulté, absolument comme s'il eût été question de la chose la plus simple du monde.

Et, de fait, pour ces êtres, fanatiques, mais sans principes, c'était là une pratique des plus banales, des plus vulgaires..., sans aucune importance !

Et que Tonne s'imagine pas qu'il en est ainsi dans le bassin méditerranéen seulement. 11 en est de même dans l'Inde, chez les non-musulmans. Toutes les indiennes, veuves ou ayant un amant, connaissent les drogues et les pratiques qui font avorter. Beaucoup de jeunes filles mêmes ont sur ce sujet des notions très avancées. Quand l'avortement résiste à leurs pratiques, les veuves enceintes prétextent un pèlerinage ou un voyage et s'en vont faire leurs couches au loin, alin d'éviter leur exclusion de la caste à laquelle elles appartiennent.

Mais n'en était-il pas de même dans l'antiquité ? L'avortement n'était-il pas une pratique courante chez les courtisanes de Rome ? La lecture d'Ovide ne laisse aucun doute à cet égard. Voici, en effet, comment s'exprime le maître écrivain de VArt d'aimer, dans sa quatrième élégie du livre II des Ainours : << Quoi, dit-il, de peur que les rides de

ton ventre ne t'accusent, il faudra porter le ravage sur le triste champ où tu livras le combat ! Femmes, pourquoi portez-vous dans vos entrailles des engins homicides? Les tigresses ne sont pas si cruelles dans les antres de l'Hircanie, et jamais la lionne n'osa se faire avorter ; et ce sont de faibles €t tendres beautés qui commettent ce crime, non pas toutefois impunément. Souvent celle qui étouffe son enfant dans son sein périt elle-même ; et, quand on emporte son cadavre encore tout échevelé, les spectateurs s'écrient : Elle a bien mérité son sort ».

Est-ce que cette apostrophe n'a pas conservé un véritable esprit moderne ?

Est-ce qu'il nous faudrait fouiller bien avant pour constater tout le mal qui découle de nos usages sociaux, véritables engendreurs des avortements multiples de cette fin de siècle ?

Mais glissons sur ce triste sujet.

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