CHAPITRE III
Sommaire : L'Islam et les ablutions. — Effets hygiéniques et fortifiants des ablutions. — Mohammed et l'eau froide. — Eau et parfums. — La prière au point de vue moral, hygiénique et thérapeutique. — Le Koran et les traditionnistes. — Les casernes et les hôpitaux turcs. — Les soldats et le peuple. — Occidentaux et Orientaux. — Les bains chauds ou hammams. — Les ablutions, les parfums, la prière et la copulation. — Appendice. — Mohammed précurseur de Priesnitz et de l'hydrothérapie moderne. — Traditions diverses. — L'eau et le traitement de la fièvre. — Les quatre grands fleuves sacrés. — Les ablutions et la lèpre. — Conclusion.
Au nom du Dieu, en qui se trouvent résumées toute la science, toute la puissance et toute la vérité !
\ — « La santé est une couronne posée sur les têtes des hommes sains, et les malades seuls la voient ».
Ainsi se sont exprimés les traditionnistes en confirmation de cette parole de Mohammed :
« Qui est sain de corps, tranquille dans son intérieur, tranquille pour le pain de sa journée, est comme s'il avait le monde dans sa main ».
s^ — Le premier des bienfaits célestes dont il sera parlé au serviteur de Dieu, a dit l'uléma Djélâl-ed-din, Abou Soleiman Dâoud, le jour de la résurrection, lui sera rappelé par ces mots :
« Ne t'ai-je pas donné un corps sain et ne t'ai-je pas donné pour breuvage l'eau fraîche » ?
,j^ — Certes, la santé est la chose la plus utile que nous possédions; mais, pour qu'il en soit ainsi, il ne suffit pas de suivre le verset du Koran qui ordonne de mettre les plus beaux habits quand on va au temple, « de boire et de manger sans excès, car Dieu n'aime point ceux qui les commettent * ».
^ — Il faut encore se rappeler les paroles du kalife Omar :
« Gouvernez et modérez votre ventre, car c'est lui qui ruine le corps, qui engendre les maladies et fait négliger la prière ».
Le Prophète ne disait-il pas : « Le vrai croyant ne mange que pour un intestin, le mécréE^nt mange pour sept ir^jestins. La sagesse et la raison ne sauraient être compatibles avec un estomac gorgé de nourriture ».
Et si, dans une autre circonstance, le Prophète de Dieu^ a dit :
« Allez en expédition, allez chercher du butin, voyagez, et vous serez toujours en santé », n'a-t-il pas dit dans beaucoup d'autres circonstances :
« Le jeûne est la santé ».
-. — En instituant les ablutions physiques comme prélude des ablutions morales, Mohammed, que son saint nom soit glorifié! affirmait, en parlant de l'eau, base de toutes les ablutions, que « c'était la boisson par excellence dans ce monde et dans l'autre ».
-^ — Donc la diète, c'est-à-dire la nourriture sans aucun excès, l'eau pure et fraîche en boisson, en bains, en lotions, en ablutions, telles sont les sources qui entretiennent la santé et l'équilibre parfait des organes. Si nous ajoutons au jeûne
' Koran, ch. xni, v. 29.
2 Mohammed.
DES ABLUTIONS, DES PARFUMS ET DE LA PRIÈRE 17îi
et à l'eau la gymnastique sous forme de mouvements bien coordonnés ou sous forme de voyages, de marches et d'exercices variés, nous aurons posé les bases du véritable temple de la santé.
^ — Or, ces bases, la prière, telle que nous l'avons reçue du Prophète, les contient toutes, sans exception. J'ajoute qu'elle en augmente la puissance par la force psychique qu'elle leur communique. Et cette force est la plus considérable de toutes, car c'est celle qui donne au cerveau la plus grande consolation et une telle activité de fécondation d'êtres, d'images et de pensées, que l'on voit souvent les phénomènes de l'extase et de la fusion en Dieu se produire chez le croyant.
i — Certes, toutes les prières qui tendent à élever l'homme vers son Créateur constituent des œuvres saines et bienfaisantes.
j — Mais combien toutes ces prières, quelles qu'elles soient, paraissent misérables et infécondes quand on les compare aux cinq prières de l'Islam !
, — Quel est, en effet, celui d'entre vous, ô hommes ! qui, ses ablutions et ses lotions accomplies, ne s'est pas trouvé déjà fortement soulagé de ses tristesses, de ses maux et de ses fatigues corporelles ou morales?
; — El quel bien-être n'avez-vous pas éprouvé lorsque, vos ablutions terminées, vous vous êtes livrés aux exercices " corporels, si divinement réglés, de la prière faite en commun ou en particulier?
■^ — Croyez-vous donc que les mouvements de tension, de flexion, d'agenouillement, qui accompagnent les cinq prières du jour, n'agissent pas favorablement sur chacun de vos organes et sur tout votre être, physique et moral ^?
* Voir, à la fin da volume, l'appendice : Delà prière musulmane en général.
Croire le contraire ce serait bien peu connaître la physiologie du corps humain et vouloir nier l'évidence quand môme.
^ — Mais il y a plus.
Par les ablutions, non seulement nous tenons notre corps en propreté et en santé, mais nous le fortifions dans son ensemble en augmentant notre puissance coïtale* et celle des fonctions de l'estomac et des intestins qui, grâce aux mouvements nécessités par la prière, acquièrent une plus grande somme de pouvoir digestif et nutritif, deux choses d'où dépendent plus particulièrement la formation, les qualités et la force du sperme.
(jtf — N'est-ce pas la bonne nutrition qui fait le bon sang? Et le sang n'est-il pas le régulateur des fonctionc.du système nerveux ?
jje — Vous donc qui croyez, n'oubliez ni vos ablutions,, ni vos prières, si vous voulez être en état de santé et de procréation énergique.
i» — Faites des ablutions et de la prière une jouissance du corps et de l'esprit ; et les ablutions et la prière vous rendront au centuple votre puissance, vos facultés de jouissance, de copulation et de procréation.
Amen !
Js — Tous les traditionnistes ont dit que la prière, faite dans les conditions indiquées par le Prophète de Dieu, était un cantique parfumé dont les effluves arrivaient aussi vite que la pensée aux pieds du Dieu puissant et miséricordieux.
r> — Pour comparer cette élévation de l'âme vers son créateur, nos prédécesseurs se sont inspirés des paroles de Mohammed, que j'ai déjà citées, mais que je crois devoir répéter ici :
« Ce que j'aime dans votre monde, ce sont les femmes et
^ Voir à la fin du chapitre.
les parfums ; puis, je vais rafraîchir mes yeux et ma pensée par la prière ; les parfums sont les aliments qui réveillent l'esprit, et l'esprit est la monture ou dromadaire coureur des forces de l'homme. Rien, rien n'est meilleur, n'est plus salutaire que les parfums après la copulation » .
c. — En appelant les parfums et la prière à réconforter notre être, après les jouissances du coït, Mohammed, que son nom soit à tout jamais béni ! a voulu nous indiquer que, si la copulation fait évanouir la matière ou le principe des entraînements erotiques, entraînements dont les agitations voluptueuses annulent la netteté de l'esprit, troublent les regards du plus clairvoyant, étreignent la pensée en coupant toute voie à la réflexion et au raisonnement, et font divaguer le sentiment religieux sous la plus invincible de toutes les énergies qui dominent et subjuguent la nature de l'homme, la prière et les parfums reconstituent les forces psychiques et l'état moral du coïteur.
v^ — De ce qui précède, il résulte donc, ô hommes! que les parfums sont presque aussi nécessaires à l'homme que la prière, l'hygiène, l'eau et la gymnastique.
^ — Mais, de même qu'il y a musulmans et musulmans, disciples de Jésus et chrétiens, de même il y a parfums et parfums.
Les uns sont nuisibles ; les autres, favorables; les uns endorment la pensée, abrutissent les sens, provoquent les hallucinations ; les autres stimulent le cerveau et revivifient le cœur.
v Lr — J'ai donné, dans la première partie de mon Ktab général, la formule de plusieurs parfums et leur mode d'emploi suivant le résultat qu'on veut obtenir *. Mais comme il
* Cette partie du livre général de mon vieil ami, le Khôdja Orner Haleby, Abou Olliiiiàn, désignée sous le nom de méde3i.\e magique go occulte, 3ïi ser-a liaiJuile et publiée, si Dieu me prête vie, que dans quelque temps.
EL KTAB. 12
se peut que ces parties de mon travail général sur la magie, la médecine occulte et les lois secrètes de l'amour, ne soient livrées aux hommes que séparément, je donnerai les deux recettes des parfums de l'amour, à la fin de ce qui me reste encore à dire sur les lois secrètes de V amour.
Dieu est patient et tout-puissant!
J — Certes, il n'est pas nécessaire que je m'étende ici plus longuement sur cette question des ablutions, des parfums et de la prière au point de vue de la santé générale et de la faculté de coïter en particulier. Vous savez tous, ô vous qui croyez ! ô vous les fidèles de l'Islam ! ce que ces questions renferment de puissance et de grâces.
> — Je n'irais donc pas plus avant si ce que j'é«ris en ce moment n'était peut-être destiné à être lu un jour par des infidèles, des juifs et des chrétiens.
. — Tous ceux d'entre vous qui ont voyagé et visité les hôpitaux et les casernes des peuples de l'Occident, savent quelle est l'odeur repoussante et écœurante qui existe dans ces établissements, dont les salles renferment un grand nombre d'hommes du peuple ou de soldats.
» — Cette odeur, qui a frappé tous les musulmans, n'est pas la conséquence de la malpropreté de ces salles (hôpitaux et casernes), car elles sont en général assez bien tenues. Elle résulte de la malpropreté des individus qui y séjournent.
Les ablutions n'ayant pas force de loi pour les chrétiens, il arrive souvent que ces derniers, s'ils paraissent propres extérieurement, sont, sous leur uniforme ou sous leur vêtement, presque aussi sales que les juifs, dont la saleté physique n'est que trop connue et trop légendaire^
j — - C'est ce manque de soins de leur corps, ce défaut d'ablutions à l'eau froide, qui donne aux peuples de l'Occident cette odeur caractéristique que l'on ne trouve ni dans nos casernes, ni dans nos hôpitaux, ni même dans nos prisons.
^ — Si nos hommes, à nous, sont souvent mal vêtus et couverts de guenilles, du moins ont-ils sur les juifs, les idolâtres et les chrétiens, l'avantage d'être propres et sains de corps; avantages précieux que nous devons aux règles de la prière et à leur mise en pratique pendant les heures canoniques.
Pratiquez donc, ô hommes, les ablutions à l'eau froide, non seulement parce qu'elles vous ont été commandées par le Prophète, mais parce qu'elles président à la conservation <le la santé physique et morale.
\ — Pratiquez-les toujours avec l'eau froide, parce que l'eau chaude est un débilitant, qui convient dans quelques maladies, mais est contraire à l'entretien des forces et à l'énergie du coït.
~^ — El, à ce sujet, je dois vous reprocher, ô vous tous, les Turcs de Stamboul et des grandes villes ! l'usage immodéré que vous faites des bains chauds (hammams), dont vous avez emprunté l'usage aux Romains et aux Grecs de la déca- ■dence. Est-ce à dire que le hammam, pratiqué avec sagesse. soit nuisible à la santé? Loin de là. Ces bains, de vapeur humide et d'eau chaude, sont utiles et même nécessaires pour combattre un grand nombre de maladies et pour nettoyer complètement l'épiderme de la matière sébacée qui, en s'y accumulant trop fortement, nuit aux fonctions de la peau et l'empêche de respirer ; mais, ce qui est nuisible en eux, c'est l'abus que vous en faites, ce sont les longues heures que vos femmes et vous y passez : les premières, en s'eutretenant généralement de sujets amoureux, en mangeant des fruits, des confitures et autres friandises, qu'elles croient digérer plus facilement par l'absorption d'un grand nombre de tasses de thé ou de café ; et vous, en vous y entretenant des mêmes sujets frivoles, en vous livrant trop souvent, hélas ! à la pédérastie avec vos jeunes masseurs et baigneurs; en fumant, en
buvant du thé, du café et même des liqueurs fortes autres que le mastic ^ . '
N'est-ce pas également pendant les heures du bain que les Grecques, presque toutes prêtresses de Sapho, instruisent vos femmes et les sollicitent à essayer de ces pratiques monstrueuses, que l'Islam condamne, que la loi réprouve et que le Prophète de Dieu a maudites ^ ?
c^ — N'est-ce pas encore à l'usage immodéré de ces bains que vous devez, ô Turcs! ô vous, les anciens conquérants du monde! ôvous, les descendants dégénérés du glorieux sultan Mahomed II, la perte de votre farouche énergie et celle de l'endurcissement de votre corps?
vj:,, — Laissez donc, ô vous tous les fidèles de l'Islam ! l'emploi immodéré des bains chauds, pour revenir aux salutaires pratiques de vos pères et des premiers guerriers de l'Islamisme.
^ — Usez largement de l'eau froide pure et légère que le Prophète a bénie ; usez, dans les mêmes conditions, de la prière, des parfums, et coïtez suivant la loi, c'est-à-dire avec modération, l'âme élevée vers le Seigneur et éloignée de toutes les passions engendrées par le démon au détriment de notre santé et de notre salut.
^ — Allez, croissez et multipliez, comme l'a recommandé le Dieu fort, le Dieu toujours engendrant et jamais engendré, à nos pères Adam, Moseh et Abraham !
Et c'est ici la troisième clef qui ouvre la porte magique des lois secrètes de l amour.
< Voir, pour plus de détails ; La Turquie officielle, 4* édilion (P. deR.).
? Voir, au sujet des prêtresses de Sapho, de leur temple et de leur culte, mon livre : Les Bas-fonds de Constahtinople, chap. xiii. Tresse «t Stock, éditeurs (P. de R.).
APPENDICE
Mohammed précurseur de Priesnitz et de l'hydrothérapie moderne. — Traditions diverses. — Les quatre grands fleuves sacrés. — Les ablutions et la lèpre.
J'ai prévenu mes lecteurs, dans mon avant-propos, que, tout en conservant les idées et autant que possible la phraséologie de mon ami, feu le Khôdja Orner Haleby, Abou Othmân, je n'hésiterais pas à développer certaines parties de son livre, ou à passer sous silence ce qui me paraîtrait de peu d'importance ou par trop réaliste.
J'ai tenu fidèlement ma promesse : les quelques passages auxquels j'ai cru devoir donner un certain développement sont ceux qui, par leur laconisme, eussent paru insuffisants ou incomplets à mes lecteurs occidentaux ; quant aux parties que j'ai retranchées, elles n'auraient pu que les choquer par leur crudité, sans les initier davantage aux secrets des lois de r amour.
Parmi les chapitres que je crois devoir développer, se trouve celui que nous venons de lire.
Rien de plus sensé et de plus juste que l'apostrophe adressée par notre Khôdja aux Turcs, sur l'emploi immodéré qu'ils font des bains chauds ou hammams.
Pour quiconque a étudié les Turcs chez eux, dans leurs villes et leurs campagnes, l'abus, signalé par notre auteur, s'impose immédiatement et explique la décadence physique des pachas, des beys et des effendis, autrement dit de la classe aisée et dirigeante.
Tout autre est la classe ouvrière : celle-là, en n'usant généralement que de l'eau froide, a conservé toute cette vigueur et toute cette puissance physique qui a donné naissance à ce proverbe, basé sur une observation superficielle des différents peuples soumis au gouvernement des Ottomans :
« Fort comme un Turc ! »
Ce proverbe, en effet, s'adresse encore plus à l'Arménien^ quelle que soit sa religion, qu'au Turc proprement dit, car les hommes du peuple, les portefaix en particulier, dont la force musculaire a fait dire : « Fort comme un Turc! » sont tous, ou presque tous, originaires de l'Arménie.
Si les Turcs avaient toujours été de fidèles observateurs du Koran et des principes hygiéniques si scrupuleusement suivis par leurs ancêtres, ils n'auraient pas adopté presque toutes les pratiques byzantines des peuples conquis par leurs armes, et auraient évité cette décadence physique et morale que l'on constate chez eux.
Mohammed a été, en effet, par ses sages préceptes hygiéniques, le véritable précurseur de Priesnitz et de l'hydrothérapie moderne.
Non seulement il a fait de l'eau froide la base des ablutions
devant précéder les cinq prières de l'Islam, mais il s'est servi de cet agent avec une habileté vraiment remarquable dans le traitement d'un grand nombre de maladies, et, entre autres, dans celui des fièvres.
Lui-même prenait régulièrement à jeun un verre d'eau miélée.
A ses repas, et entre eux, il ne buvait que de l'eau dans laquelle on avait fait digérer des raisins secs, des dattes sèches, ou des branches de lentisque, le fameux brûle-capote de nos vieux troupiers d'Afrique.
Il disait de la fièvre, dans son langage imagé : « C'est un feu de l'enfer, refroidissez-le donc avec Feau ».
Ce qui est certain, c'est que la fièvre paludéenne, dont les ravages étaient considérables dans le Hêdjâz, disparut en grande partie peu après la prédication de l'Islam et l'adoption générale des ablutions.
Suivant plusieurs auteurs, Asmâ, fille d'Abou Bekr, oncle de Mohammed, alla un jour chez une femme atteinte d'une fièvre grave qu'elle guérit en lui versant sur la face un verre d'eau froide et en prononçant ces paroles :
« Le Prophète de Dieu a recommandé ceci : Refroidissez la fièvre, car c'est un feu de l'enfer ».
Suivant Aischah, une des femmes favorites du Prophète, — celle-là même qui fut accusée d'adultère et dont l'accusation donna naissance au chapitre xxiv du Koran — le Prophète, quand il avait la fièvre, se faisait verser une outre d'eau sur la tête pendant ses ablutions. Quand cette fièvre, qu'il avait contractée au cours d'un de ses premiers voyages en Syrie, résistait à ses ablutions ordinaires, il se faisait verser sur la tête et les épaules jusqu'à sept outres cfeauK
< Les outres dont S3 servent les Arabes contiennent de 30 à SO litres, suivant leur origine.
Dans certains cas il ordonnait d'ajouter de la glace dans l'eau, et du vinaigre faute de cette dernière.
Mais il n'était pas absolu dans ce traitement : il n'ignorait pas que certaines fièvres sont des accidents physiologiques que l'on doit respecter et souvent fortifier.
C'est en raison de ce fait qu'il défendit, en différentes circonstances, de maudire la fièvre. Abou Horeïrah, le célèbre traditionniste, raconte, en effet, que, Mohammed, allant un jour visiter Oumm El-Mouçaïb, trouva cette dernière en proie à un accès de fièvre :.
— Pourquoi, lui dit-il, frissonnes-tu de la sorte?
— J'ai la fièvre, répondit cette femme, que Dieu la damne !
— Ne la maudis pas, dit le Prophète, elle enlève le péché des hommes comme le soufflet de la forge enlève les scories ou souillures du fer.
Le Prophète recommandait de ne jamais boire de l'eau très froide, car, disait-il, elle nuit aux dents, suscite l'enrouement, la toux, et son usage prolongé détermine des fluxions, des douleurs thoraciques et des congestions sanguines.
Quant à l'eau chaude, ajoutait-il, elle fait tomber l'appétit, relâche le ton de l'estomac, trouble et bouleverse les digestions et, par son usage prolongé, affaiblit singulièrement tout l'organisme.
Il donnait la préférence sur toutes les eaux à celle de la pluie, et prétendait qu'il y avait sur la terre quatre fleuves à sources paradisiennes : le Syhàn^ ou Gydnus, en Gilicie; le Djyhàn^ ou Pyramus, également en Cilicie ; le NU et VEuphrate^ en Egypte et dans la Turquie d'Asie.
Les traditionnistes et médecins arabes, s'inspirant de plusieurs traditions et de certains versets du Koran, ont posé
< Asie Mineure.
comme principe que la meilleure des eaux, après celle de la pluie, était Feau qui courait vers Vest et à l'air libre ; que celle qui court vers le nord est également bonne, quoique inférieure à la première. Ils ont ajouté que l'eau qui coule sur le limon est supérieure à celle qui coule sur les cailloux; qu'elle est d'autant plus excellenfe qu'elle descend des hautes altitudes, qu'elle est claire, sans odeur, sans goût, d'un poids léger, qu'elle est loin de sa source, et en grande quantité. C'est en raison de ces qualités que l'eau du Nil, qui les réunit presque toutes, jouit d'une si grande réputation parmi les Arabes : « Vantez, louez l'eau du Nil, dit Ibn-Syna^ pour quatre raisons : parce qu'elle est loin de sa source, parce qu'elle a un lit excellent, parce qu'elle coule au nord, parce qu'elle est en grande masse. C'est là ce qui en fait la plus excellente des eaux. Il en est de même de celle de l'Euphrate ». Pour en revenir à Mohammed et au véritable culte qu'il avait voué à l'eau, je rappellerai ce qu'Aischah a souvent raconté : « J'ai remarqué, disait-elle, que le Prophète, lorsqu'il était à l'article de la mort, avait près de lui un vase contenant de l'eau fraîche. Le Prophète avait la main dans ce vase, et, par intervalles, il la retirait, se la passait sur le visage et disait : 0 mon Dieu, pardonne-moi, fais-moi miséricorde, et réunis-moi aux plus grands des Messies » .