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LES ABLUTIONS ET LA LEPRE

La lèpre, véritable frileuse assez commune en Arabie, en Syrie et dans tout l'Orient à l'époque de Mohammed, n'a jamais été très répandue chez les Arabes proprement dits. Depuis la prédication de l'Islam, elle a disparu de chez ces

* Avicenne.

derniers et ne se rencontre que bien rarement chez les Turcs et les Persans. Et encore faut-il reconnaître que les quelques cas qui ont été observés chez ces derniers, ainsi que chez des Kabyles du cercle de Dellys, province d'Alger, ne correspondent que de très loin à la véritable lèpre dite éléphantiash des Grecs ; celle qui a sévi durant le moyen âge dans tout l'Occident, avec une singulière intensité, et qui se retrouve chez un grand nombre de juifs de la Turquie d'Europe et d'Asie, chez les Grecs, les Arméniens, les Maronites, et enfin chez plusieurs membres des nombreuses sectes chrétiennes qui se rencontrent dans toute la Turquie d'Asie.

La disparition progressive et définitive de cette- terrible maladie chez les musulmans, ne reconnaît pas d'autre cause que l'usage des ablutions, des lotions, et le mélange des sangs et môme des races que la doctrine polygamienne a propagés partout oii elle s'est imposée.

Méconnaître ce fait, ce serait peu connaître les importants services que les bains chauds et froids donnent dans le traitement de la lèpre ; ce serait vouloir contester, de parti pris, l'influence énorme que les lois hygiéniques, formulées par Mohammed, ont exercée sur la santé de ces peuples barbares et idolâtres, dignes émules des juifs d'Orient par la crasse et la saleté de leur individu.

Si je voulais ici mentionner tous les services rendus par les ablutions, faire toucher du doigt, môme aux esprits les plus prévenus contre l'Islamisme, tout ce qui découle de ces deux principes sociaux et religieux : la circoncision et l'usage général de l'eau froide, répété cinq fois par jour, il me faudrait ajouter un nouveau livre à cette œuvre déjà bien longue, malgré le laconisme et la sobriété de ses versets.

Encore un mot.

La courte observation de l'auteur sur l'état des hôpitaux musulmans, comparé à celui des hôpitaux des peuples chré-

tiens, n'est malheureusement que trop fondée. J'ai visité, à toutes les heures du jour et de la nuit, les hôpitaux turcs et les casernes, et nulle part je n'ai constaté cette odeur de sueur et de malpropreté que l'on constate dans nos établissements du même genre. J'ai vu, au milieu de ces rassemblements d'hommes, beaucoup de misère, des médecins d'une ignorance fabuleuse, des couvertures déchirées, trouées, effilochées par l'usage, des matelas réduits à l'état de planche, des vivres de mauvaises qualités, des soins souvent inintelligents ; mais jamais, jamais je n'y ai éprouvé ces nausées, ces haut-le-cœur, qui m'ont souvent empoigné en visitant nos hôpitaux et nos casernes, soit le matin à la première heure, soit dans le courant de la nuit.

Si, du côté de l'hygiène, nos hôpitaux et nos casernes ont réalisé des progrès sensibles depuis une quinzaine d'années, il faut pourtant reconnaître que, s'ils sont supérieurs à ceux des Turcs comme tenue, confort, objets de pansements et soins médicaux, ils leur sont inférieurs comme propreté physiologique ou humaine.

Mais ce n'est pas tout.

Circulez en plein Stamboul, à Péra, à Galata, dans les modernes tramways , souvent encombrés de soldats , d'hommes du peuple, de pauvresses, et vous ne constaterez jamais ces odeurs particulières, mélange épouvantable de vin, de bière, d'alcools, d'aulx, d'oignons, de sueurs acides et de malpropreté écœurante, que vous rencontrez trop souvent dans les véhicules similaires qui circulent au milieu des quartiers populaires de nos grandes villes européennes. Vous y trouverez des vêtements maculés, déchirés, mal rapiécés, aux couleurs arlequinades ; des pieds, bizarrement chaussés; un fouillis étrange, pêle-mêle inextricable à première vue de tous les costumes asiatico-européens. Vous y verrez des types étranges, dignes du pinceau d'un Corot,

mais vous n'y rencontrerez jamais, grâce à l'usage des ablutions fréquemment répétées, ces odeurs sui generis qui sont comme la caractéristique des peuples occidentaux, soumis, pendant des siècles, aux néfastes préceptes d'hygiène d'une religion érigeant la saleté du corps en vertu.

Exemples : les trappistes, les chartreux, les capucins, les moines, et tutti quanti !

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