‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 176 sur 186 · Nicétas Chon., De Manuele Comneno, éd. Bonn, p. 2S · texte numérisé non relu

Nicétas Chon., De Manuele Comneno, éd. Bonn, p. 2S

10. Aujourd’hui Zeirek-Djami. Cf. Salzenberg, Alt-Christliche Baudenkmâer in Conslantinopel, p 119-122 et pl. 36.

11. Bondelmonti, loc. laud., p. 181. Cf. Ant. Novgorod, danseur, sacr., II, 225, et Robert de Glari : « si estoit le taule de marbre, ou nostre sires fu estendus quand il fu despendus de le crois et si i paroient encore les larmes que nostre dame avoit plouré deseure. Hopf, Chroniques gréco-romanes, p. 71.

LA. PIERRE DE CANA

placement de l’ancienne ville d’Élatée, M. Paris a trouvé une grande pierre de marbre gris veiné de blanc, longue de 2m,33, large de 0,64, et haute de 0m,33.

La face supérieure A B G D est soigneusement polie, ainsi que les deux faces latérales AA'BB', AA'DD'; la partie inférieure A'B'G'D' et les deux autres faces BB'CG', GG'DD' sont demeurées frustes. Sur la face latérale AA'BB' un rebord assez haut fait saillie le long de la partie inférieure de la pierre; sur cette même face une inscription est gravée. Par uneparticularitéassez remarquable dont nous rendrons compte plus loin, cette inscription est disposée non point parallèlement, comme il faudrait s’y attendre, mais perpendiculairement aux arêtes AB et A'B'. Les caractères, profondément gravés, sont de basse époque. L’inscription, dont nous donnons ici le facsimilé, est ainsi conçue.

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Tout le monde connaît le miracle par lequel le Christ se manifesta à Cana; je ne pense point pourtant que l’inscription permette de rapporter à cet événement le marbre trouvé à Élatée. L’emploi de la préposition ôjrov exclut formellement une telle hypothèse : elle signifie Vendrait où, la ville où, et se rapporte à R«và plutôt qu’à Itdoç. Ce n’est donc point ici, comme on pourrait le croire tout d’abord, la pierre même sur laquelle se fit le miracle; si cet événement est mentionné, c’est seulement pour rappeler aux fidèles les titres de gloire de la petite ville de Galilée; et il faut, semble-t-il, interpréter ainsi le texte : « C’est ici la fameuse pierre venue de Cana de Galilée, la ville où notre Seigneur Jésus-Christ changea l’eau en vin. » Quelle est donc cette pierre si célèbre, conservée d’abord à Cana par la piété des fidèles, et qu’on jugeait suffisamment désignée par le souvenir du miracle du Sauveur?

Les itinéraires du moyen âge, que nous avons déjà bien des fois cités, signalent à Cana plusieurs monuments. Antonin de Plaisance, vers la fin du vie siècle, y vit deux des hydries où le Seigneur changea l’eau en vin: il affirme même que dans l’une d’elles le miracle se renouvela en sa faveur h Au vu Ie siècle Saint Willibald trouva là une grande église, où l’on conservait encore une des hydries 2; au xiic siècle pourtant ce souvenir même du miracle avait disparu 3. Outre les hydries, Antonin de Plaisance mentionne à Cana un autre monument. « Deinde, dit-il dans son Itinéraire, venimus miliario 3 in Canan, ubi Dominus fuit ad nuptias, et accubuimus in ipso accubitu, ubi ego indignus parentum meorum nomina scripsi » 4.

Du Cange, interprétant ce texte, a donné au mot accubitus, le sens de salle à manger 3 : malgré cette grave autorité, il faut, je crois, entendre ce terme dans un sens plus restreint, et le traduire par lit sur lequel on s’étend pour manger. Il serait difficile d’expliquer autrement le rapprochement, évidemment voulu, des mots accubuimus et accubitus, qui semblent pris dans la même acception, et destinés à marquer l’action de s’étendre sur la couche même où s’était étendu le Christ: et d’ailleurs on comprend mieux ainsi comment Antonin de Plaisance a pu suivant une habitude bien chère aux pèlerins chrétiens du moyen âge inscrire sur le lit de pierre où il se coucha le proscynème rappelant le souvenir de ses parents c.

1. Ex quibus hydriæ duæ ibi sunt. Implevi aqua unam et protuli ex ea vinum : Antonin martyr, dans Itinera latina, I, 93.

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