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D’autre part, en fouillant le sol de la chapelle, M. Paris a découvert sous une pierre un trésor assez considérable. Il se compose de 138 deniers de billon, appartenant aux princes d’Achaïe et aux ducs
1. Parmi les chapelles assez nombreuses qui s’élevaient sur les ruines d’Élatée, l’église de la Panaghia était assurément la plus importante. Elle a 15m,70 de large, et dans la partie déblayée, plus de 18 mètres de long.
2. Les chapiteaux de quelques colonnes, épars sur le sol, sont de fort basse époque. Ils sont, conformément aux principes de l’architecture byzantine, taillés en forme de cubes, et portent sur l’une des faces du tailloir une croix, parfois inscrite dans un cercle. L’un d’eux est orné de fleurons aux angles. Mais la facture est grossière et annonce les bas-temps byzantins.
3. [Nous avons trouvé aussi dans les décombres un sceau de plomb portant au droit une vierge auréolée sans exergue, et au revers, disposés sur cinq lignes, les mots suivants :
0MRGOH RÇRAIOO TACTPA 4> ACICO ANN8
0[eqO) M(r|tsp) (3céï)(9t). Befialcp ta; ypa-pàç; ’LoavvoO. P .P.]
d’Athènes, sires de Thèbes, dans le domaine desquels se trouvait Élatée, et de 22 pièces d’argent à l'effigie du doge François Dandolo i. Sans prétendre tirer de ce fait des conclusions trop précises, du moins on peut en induire qu’à l’époque de la domination franque en Grèce, et jusqu’au xive siècle, Élatée gardait quelque importance ; et, puisque la chapelle de la Panaghia semble postérieure à l’époque byzantine, peut-être est-il possible d’en attribuer la construction à quelqu’un des princes francs qui, au xme siècle, s’établirent dans la Grèce continentale1 2.
Les Latins qui en 1201 conquirent Constantinople étaient, comme les Byzantins, fort avides de reliques semblables à celles que nous étudions. Pour enrichir l’église de sa ville natale ou de son couvent, chacun prit à Byzance ce qu’il put. Les grands seigneurs s’adjugèrent les pièces d’importance : Venise emporta la table de la Cène3, et le roi de France reçut de l’empereur Baudoin la plus grande partie de la pierre du Saint-Sépulcre *. Les simples chevaliers, les pauvres clercs se contentèrent de détacher à coups d’épée ou de marteau quelques parcelles de ces précieuses reliques: Robert de Clari conquit ainsi un morceau de la pierre de la déposition, qu’il donna pieusement à l’abbaye de Corbie 3 5 6 ; Martin de Pairis fit au Pantocrator un semblable butin qu’il rapporta, non sans peine, dans son couvent d’Alsace L D’autres, plus avisés, emportèrent le reliquaire avec les reliques7; c’est ainsi que le beau reliquaire de Limbourg8 parvint en Occident.
On peut croire qu’un accident de cette sorte porta la pierre de Cana à Élatée. Quand au vu0 siècle la couche du Christ quitta la Palestine, ce fut, selon toute vraisemblance, pour venir à Constantinople. Il est certain qu’à cette époque même une partie des reliques de Cana disparut de la Galilée; il est certain qu’au milieu du
1. [A ces monnaies il faut ajouter une paire de boucles d’oreilles en argent, de forme entièrement simple et de nulle valeur. P. P.]
2. [Nous ne sommes pas absolument de l’avis de notre ami; nous avons dit (p. 46) que probablement l’église a été construite sur l’emplacement d’un temple grec; au xni' siècle, tous les monuments helléniques avaient certainement disparu d’Élatée, et dans tous les cas, ce n’était plus l’époque où l’on bâtissait des églises à la place et avec les débris des temples païens. L’église de la Panaghia est donc plus ancienne, et, selon nous, antérieure au xiii0 siècle; mais il est facile d’admettre que quelque prince franc l’a remaniée et restaurée lorsqu’il a voulu y conserver la pierre de Cana; l’inscriptfon d’Anthémios confirme cette hypothèse, au lieu de la combattre. P. P.]