‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 22 sur 186 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES RUINES D'ÉLATÉE ü’aPRÈS PAUSANIAS ET LES VOYAGEURS MODERNES

C’est Pausanias, on l’a vu dans le chapitre précédent, qui nous a légué le plus de détails sur l’histoire d’Élatée; nous lui devons aussi une description de la ville : le seul monument qui l’ait frappé, c’est le théâtre, à droite, en sortant de la ville; il ne signale qu’un temple, celui d’Asclépios, que quatre statues, l’une fort ancienne, près du théâtre, une Athéna de bronze particulièrement vénérée car elle avait protégé, disait-on, Élatée contre Taxile, lieutenant de Mithridate; la seconde, œuvre des Athéniens Timoclès et Timarchidès, un Asclépios barbu, dans le temple du dieu; la statue du héros patronymique Élatos, dressée sur une colonne au milieu de l’agora; enfin la statue du coureur Mnésiboulos, celui qui avait, du vivant même de Pausanias, sauvé sa patrie de l’invasion des Costoboces. L’agora, où se trouvait la statue d’Élatos, était aussi fort digne d'attention.

La situation d’Élatée, sur le passage de toutes les invasions, explique aisément que depuis de longs siècles la ville soit tombée en ruines. La notion exacte de son emplacement a même été perdue. Les géographes de la Renaissance, s’en rapportant aux seules indications des textes anciens, ont tracé de la Grèce des cartes tout à fait approximatives, où la Phocide n’est pas des mieux traitées. Dans le quatrième volume du Thésaurus Antiquitatum. Græcarum de Gronovius, se trouve une carte de la Grèce, dressée par Sophianus, avec un commentaire de Nicolaus Ger-

bellius, daté de juin 1545. La partie relative à la Phocide est absolument fantaisiste; le cours du Géphise, pour donner un exemple, se prolonge à travers la Béotie, coupe le Cithéron et se confond avec le Géphise attique. Si l’on juge la valeur de la carte d’après ce détail, on ne s’étonnera pas de voir Élatée située sur la rive droite du Géphise au lieu d’être sur la rive gauche i.

Dans le même volume, Johannes Laurenbergius a publié une Græcia antiqua, ou description de la Grèce antique, ornée de cartes. L’une d’elles est consacrée exclusivement à la Phocide.

On peut voir, d’après le fac-similé ci-joint, qu’Élatée est marquée de façon tout à fait inexacte, entre une double chaîne de

1. Thésaurus Græc. Antiquit. (Gronovius), t. IV: Græcia Sophiani (carte), et Nicolaï Gerbellii in Græciæ Sophiani descriptionem explicalio (juin MD XLV).

LES RUINES d’ÉLATÉE D’APRÈS LES VOYAGEURS.

montagnes, l’une au Nord, qui n’a pas de nom, et qu’il serait peutêtre téméraire de reconnaître pour le Gnémis, et l’autre, au Sud, appelée Craneus Mons. La ville est tout à fai^ rapprochée de la rive gauche du Boagrios, tandis que le Céphise coule bien loin dans le Sud, tout contre le Parnasse l.

L’incertitude des géographes a d’ailleurs mis longtemps à sc dissiper. Très peu de voyageurs, jusqu’au commencement du xixc siècle, ont visité la Phocide. Ceux qu’une mission politique, l’esprit d’aventures ou les malheurs d’une capture amènent en Turquie, à. partir du xvne siècle, arrivent d’ordinaire par Corfou et Zanthe, passent à Patras, à Corinthe, à Athènes; s’ils veulent de là remonter à Constantinople, ils contournent la pointe de l’Attique, suivent le canal de Négrepont jusqu’à l’Euripe, et après deux ou trois escales à Atalanti, Volo, Salonique, ils atteignent les Dardanelles; leurs expéditions sont un véritable cabotage; ils ne s’arrêtent que dans les ports; les villes de l’intérieur, cela se conçoit, sont beaucoup moins accessibles; il faut, pour que l’on songe à pénétrer dans les terres, des circonstances ou une décision particulière, et ce n’est jamais qu’à titre d’exception.

11 est pourtant une ville où l’éclat de sa renommée et sa situation, toute proche du golfe de Lépante, attira plus d’un visiteur, c’est Delphes. De Delphes une route assez courue les entraînait vers Thèbes, en traversant Livadie et Chéronée. Spon et Wheler, en 1675 et 1677, les premiers à notre connaissance, ont dévié de ce chemin et ont fait une pointe dans la vaste plaine qui s’étale entre les massifs du Parnasse et du Cnémis, limite élevée de la Phocide etdesLocrides. Ils arrivèrent ensemble au village de Turcochori, sur le Céphise, et là se séparèrent. « Nous étant donc séparez, M. Spon et moy, dit Wheler, le jeudi vingtième de mars, je partis de Turco-chorio, faisant route à l’est pour aller à Talanda (aujourd’hui Atalanti). La première chose qui me divertit dans ma solitude, fut un long chemin étroit où je me trouvai, ayant un fossé profond de chaque côté 2, qui conduit à de certains (sic) montagnes que je vis longtemps devant moy; cela me fit faire plusieurs réflexions pieuses, et tirer un bon pré-

1. Thésaurus etc., t. IV : Græcia antiqua. Joannis Laurenbergii enarratio Græciæ antiquæ tabulis geographicis exornatæ.

2. Ce chemin est peut-être celui dont parle Pausanias, X, 34, 1:.. 68oç

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LA VILLE D’ÉLATÉE.

sage de mon entreprise, en pensant que ce chemin m’avertissoit que la bonne providence de Dieu me conserveroit tant que je marcherois dans le chemin étroit de la vertu, et de la véritable piété, et me conduiroit au ciel qui est notre pays d’en haut. Ce chemin monte, et semble avoir autrefois été pavé dix ou douze brasses de large, et c’étoit vraisemblablement autrefois une Via fossa , ou chemin fossoyé des Romains. J’y marchai environ une heure et demie, avant que d’arriver au pied de la montagne qui étoit directement devant nous. Nous vîmes au bout de ce chemin les ruines d’une ville ancienne, avec une petite forteresse qui en dépendoit, située sur un rocher. Après cela, montant la côte proche du haut de la montagne nous vîmes quelques vieilles églises ruinées, et 'deux heures plus loin nous arrivâmes dans le village appelé Calopodia sur le midi h »

Ces indications sont très vagues; les réflexions pieuses de Wheler sont méritoires, mais ont par malheur détourné son esprit de l’étude attentive du pays et du paysage. R nous paraît cependant à peu près certain que « ces ruines d’une ville ancienne » sont les ruines d’Élatée, et que la « petite forteresse qui en dépendait, située sur un rocher » n’est autre chose que l’acropole de la ville. La seule autre ville à laquelle on aurait pu songer est Parapotamii, qui se trouvait, à ce que l’on croit, sur l’éminence contre laquelle vient se heurter le Céphise au Sud de la plaine de Phocide, et qu’il contourne pour entrer dans la plaine de Chéronée, mais Pausanias dit expressément que cette ville était de très peu d’importance; brûlée par Xerxès, elle ne fut pas relevée par les Athéniens et les Béotiens, et ses habitants se répandirent dans les cités voisines; Pausanias affirme même que de son temps les ruines même de Parapotamii avaient disparu1 2. Examinons d’autre part la carte que Wheler a dressée lui-même des pays qu’il a parcourus. 11 est parti de Turco-chorio pour arriver à Calopodia; l’un et l’autre village existent encore; on peut aller de l’un à l’autre en voiture, par une route qui de Turco-chorio, en suivant le cours du Céphise, se dirige vers le

1. George Wheler, Voyage de Dalmatie, de Grèce, et du Levant (traduit -de l’anglais), Anvers et Paris, CIO IDC LXXXIX, t. II, p. 512.

2. Pans., X, 3.3, 8 : ...ù(7a-jT(oç 8e 'HpôSoTOç xaTaXéywv ràç itôXstç ocaç [ÜacO.suç

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