Voyage de Dalmatie, etc., t. II, p
LA VILLE d’ÉLATÉE.
Spon, compagnon de Wheler, semble sur ce point plus sagace que lui, « Le 16 de mars (1676), dit-il, nous passâmes par le même chemin que nous avions tenu lorsque nous allâmes à Athènes ; mais nous laissâmes à notre gauche Livadia, et vînmes coucher à Turco-chori, au Nord du Mont Parnasse, où il y a un khan.
Avant d’y arriver, on passe trois petites rivières qui se joignent et se rendent dans le marais Copaïde.... une de ces rivières est le Géphisos, qui prenait sa source vers Lilæa. Ces rivières arrosaient le territoire d’Élatée, dont il ne reste plus même le nom. » Spon semble du reste incliner à croire que Turcochori se trouve construit sur l’emplacement d’Élatée, car il ajoute : « Turco-chori paraît néanmoins avoir été anciennement quelque chose d’assez considérable, car on y voit beaucoup de fragments de colonnes et de marbres antiques b »
En 1728 parut à Venise la géographie de Mélétios, écrite en grec ; non seulement, à propos d’Élatée, l’auteur rappelle les quelques événements historiques relatés par Pausanias, mais il indique exactement la place des ruines. « Traversant, dit-il, le fleuve Boagrios, nous trouvons le bourg de Turco-chori, appelé par les Turcs Esed, et un peu au-dessus, vers le Nord, les restes de la ville d’Élatée qui était jadis la plus grande ville de la Phocide après Delphes.... on l’appelle aujourd’hui (bien que ce ne soit plus qu’un petit village) Leuta. » Mélétios parle en voyageur qui a lui-même visité le village de Leuta, car il ajoute : «J’y ai lu des inscriptions: A’jTO'/.pxropa Kaùrapa Mapxov Aûpn- Xtov ’Avti ùvêïvov SeSàarov tov Meyiavov tj (iouXr) vmX 6 §7)-
[j.o; ’EXàreiov ; une autre sur un marbre sculpté: ’Etui 'Pop-aud cpîXco KaXMàwpx ; une troisième: Neyeta 'Etpecov ’ASotavîajâ' — et beaucoup d’autres 1 2. »
1. Spon et Wheler, Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, fait ès années 1675 et 1676, t. II, p. 265.
2. MeXstîou rsojypaçîa luaXaia xal véa. Venise, 1728, f°. Nous n’avons
pas pu consulter cotte édition, qui ne se trouve pas à la Bibliothèque nationale, mais seulement la seconde édition, publiée en 1807, à Venise (4 vol. gr. in-8°), par l’archimandrite ”Av8i[j.oç Nous n’avons pas pu compa-
rer les deux textes, et par conséquent nous attribuons peut-être à Mélétios des connaissances dues à l’archimandrite Gazi. Voici du reste le texte complet (t. II, p. 322) : AieXGôvte; tôv Boocypiov TroTocpbv £’jpi<r/.op.ev KofrircoXiv xa- Xou|J.Év7|V Toupxo/tüpi, xa’i 6 tu b tmv Toupxibv ’E<js5, xcà ccTUOTEpco toojttiç Trpb; flopÉav çaivovTai rà t xvr) ’EXarsiaç tiôXs (ü;, y) ôtuoux tuote v^-ov ï| pEyioTï) tûv
èv 'bcoxiS; tuôXemv p.eià ttjv xüv AsXcpoüv tuoXiv, xXr,0EÎi7a àub ’EXxtou toü ’ApxâSoc.
LES RUINES n’ÉLATÉt d’aPIIÈS LES VOYAGEURS.
De 1728 à 1772 aucun voyageur, croyons-nous, n’a visité la partie de laPhocide qui nous. intéresse. A cette date, Pockoke a parcouru cette région, mais il est aussi mal renseigné que possible, plus mal que Mélétios assurément, et même que Spon et Wheler ; il ne songe même pas àÉlatée1. Son récitmérite néanmoins d’être cité, car il montre combien il était encore facile de tout confondre à la fin du xvme siècle : « Nous descendîmes dans une vallée d’environ une lieue de large et de quatre de long, ayant au Midi cette chaîne de montagnes appelées lapora, qu’on dit être le mont Parnasse. Delphes est au Midi, à une grande distance. Je vis de cet endroit Dathis (Daulis ?) sur la croupe des montagnes qui sont au Nord. On croit que cette vallée fait partie de laBéotie; il y a un village appelé Turco-chori, qui est presque tout habité par des Turcs. Orchomène a dû être dans cet endroit ou dans quelque autre de la vallée, car je vis la campagne couverte d’éclats de briques.... »
Dix ans plus tard, en 1782, Choiseul-Gouffier 2, sur la carte qu’il a dressée de la Grèce ancienne, marque avec assez de précision les ruines d ’Elalia ; mais, dans le récit de son voyage il n’est pas question de la ville ; l’abbé Barthélemy, dans le Voyage du jeune Anacharsis fait descendre son héros des cimes du Parnasse dans la plaine du Géphise, et le conduit jusqu’à Élatée, la principale ville de la Phocide 3; mais, comme il est assez naturel, puisque le voyage est fictif ainsi que le voyageur, il n’ajoute rien de plus. Barbier du Bocage, dans l’atlas qu’il a composé pour servir de commentaire au Voyage d' Anacharsis, indique deux fois l’emplacement d’Élatée ; une première fois sur la carte n° 1 commencée en 1798, terminée en 1809, et éditée en 1811, la ville est située sur la rive même du Géphise; l’erreur se répète sur la carte n° 17 (n° 2), La Grèce et ses îles, dressée en août 1788 ; enfin sur la carte n° 20, La Phocide, la Doride et le pays des Locriens, qui date de juin 1787, Élatée est un peu mieux située, assez loin du Géphise4. Ges hésitations et ces incertitudes s’ex-
A-Jtri èveirpiO-S-/) ûirb tüv MvjScov, xoivwç XÉy etou (xaitoi a-p/.xpà xcofTY)) Asutoc, àTré'/ouca ’Ap,c[>ix)s:a; 180 uraSiovt;' èv aÙTŸj àvlyvwv siri ypa:pàç — Aù-roxpoc- Topa Kaîcrapa x.t.X. &repav èv X!0to ÈYYeyXupivcd : ’Eiul 'Pu>p.asM x.t.X. (èv àXXw) Néjj.eccc x.t. X — y.a\ aXXaç irXeiaraç.
1. Pockoke, Voyages (traduction française), 1772, t. VI, p. 100.
2. Voyage de Choiseul-Gouffier, t. I, carte de la Grèce ancienne.
3. Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (4° éd. in— 4°), t. II, p. 401.
4. Barbier du Bocage, Recueil de cartes géographiques, plans, vues, etc.
LA VILLE D’ÉLATÉE.
pliquent parce que Barbier du Bocage, comme il a pris soin de le dire lui-même, a fixé la position d’Élatée d’après les renseignements de Wheler, et d’après une carte des Thermopyles, sans doute très fautive, levée en 1781 par Foucherot1.
E. Dodvell parcourut la Grèce entre 1801 et 1806 ; nous le retrouverons à propos du temple d’Athéna Cranaia; de la ville même d’Élatée il dit peu de chose. L’acropole seulement l'a intéressé : « L’acropole était sur une élévation de moyenne hauteur; et d’après les quelques restes de murs qui semblent avoir été construits dans le rude style tirynthien, j’incline à croire Pausanias plutôt que Strabon 2. »
A la même époque, de 1798 à 1801, Pouqueville a visité de vastes parties de l’empire ottoman, et recueilli de nombreux détails sur celles qu’il n’a pas traversées lui-même. Dans la première édition de son Voyage, publiée en 1805, il est question de la Phocide et du Céphise, de la ville de Pédiées, dont il croit avoir retrouvé la place, mais non d’Élatée3; Hobbhouse, en 1809- 1810, semble mieux renseigné, car il est passé par Leuta en venant de Turcho-chorio, et a reconnu les restes d’Élatée; il a relevé trois inscriptions, les mêmes qu’avait lues Mélétios; mais s’il a exactement copié la première, en l’honneur de Caracalla, il n’a déchiffré de la seconde que les mots 'Etui 'Pwyaun cpîXcp, et de la troisième que les mots Néy.eia. "Etpscov b
Cependant les premiers et les seuls renseignements un peu détaillés sur les ruines d'Élatée sont bien dus à Pouqueville. Voici ce qu’il a écrit dans le nouveau récit plus complet de ses Voyages qu’il a publié en 1820-22, et réédité en 1826-27. «L’acropole, bâtie sur un escarpement du montŒta, qui se rattache par un nœud au mont Cnémis, présente d’antiques constructions. On remarque aux environs un tombeau et un cippe d’une grandeur
relatifs au Voyage du jeune Anacharsis, précédé d’une analyse critique des cartes (nouvelle édition, Paris, Didot, l’an 7°).