Heuzey, Monuments grecs, 1813, p
2. J. Martha, Catalogue etc., n° 737. — Dansnotre supplément inédit nous relevons la description d’un de ces bustes, qui porte au musée d’Athènes le n° 1524. — Cf. Panofka, Tevracollen zu Berlin , pl . XXXVI, Dionysos Baccheios; pl. XL VII, 3 masques estampés que Panofka regarde comme des masques de Silène ou d’Àgathos Daimon.
3. Homolle, Bull, de Corresp. hellén., V, p- 507 et s. ; pl. 10.
4. Homolle, ibid., p. 507. — Roscher, Ausführliches Lexicon der griech. und rom. Mythologie , p. 1101 et s.
EXPLORATION DES RUINES
grecs, avec celles de Déméter et de Coré et celles de tous les personnages mythiques de son cortège. Il est inutile, après tant d’autres, de faire à ces usages et à ces pensées funéraires plus qu’une allusion, non plus qu’à la forme d oscillum donnée à la tête du dieu, et dont on a si souvent et si bien montré l’origine, le sens, et les destinations h
On voit que ce petit masque n’est pas dépourvu d’intérêt; la quatrième figurine d’Élatée, un grotesque, en a plus encore 2. La tête sort peut-être d’un moule, mais le corps est une maquette largement façonnée à coups de pouce, car sur l’argile très fine est encore restée en mainte place l’empreinte de la peau du doigt. Le modelage, du reste, est tout sommaire, comme celui du petit cheval, et le coroplaste ne s’est pas soucié de donner aux membres les formes précises de la nature. La jambe droite, qui se portait en avant et à droite et se repliait au genou, est brisée un peu au dessus du mollet ; la gauche, qui est de même écartée vers la gauche et de même pliée, se termine, sans pied, en bâton pointu, et le torse, en somme, n’était pas soutenu par des jambes, mais plutôt par un trépied, si l’on admet que pour assurer la stabilité du bonhomme la queue plantée au bas de ses reins se prolongeait en se recourbant. Ainsi juché sur son chevalet, notre homme — les preuves de sa virilité ne sont que trop apparentes— arrondit ce qui lui sert de bras gauche, et pose délicatement sa large main sur son cœur; il lève le bras droit, dont par malheur il ne reste qu’un informe débris, dans un geste qui devait être non moins expressif. La tête est aussi soignée que le corps est sommaire ; on voit un front large et bombé, sillonné de longues rides, couronné d’un bourrelet de cheveux où les mèches sont marquées par des stries verticales, et dont une touffe retombe sur les joues, rejoignant la barbe ; puis un nez, à sa base très enfoncé sous le front, du bout au contraire relevé brusquement en trompette, épais, épaté et bourgeonnant ; des yeux obliques, tirés aux angles, éraillés, affleurant sous de gros sourcils, d’un arc très élevé ; une grosse et forte moustache inculte fait saillie sous les narines et retombe sur les lèvres qui disparaissent, envahies de tous côtés par la barbe épaisse, taillée carrément. La mâchoire supérieure est grosse et proéminente ; l’autre, mince, rentre en arrière, et la bouche largement fendue,
1. Heuzey, Monuments Grecs, 1873, p. 14 et s. — Pottier et Reinach, Nécropole de Myrina, p. 387 et s. — Baumeister, Denkmâler etc., I, p. 432, fig. 479.
2. H. 0,10: terre jaune clair très compacte. PI. II et II bis.
LA VILLE D'ÉLATÉE.
profonde, semble l’ouverture béante d’un masque comique ; les oreilles placées beaucoup trop haut, en anses de cruche, semblent les oreilles coupées d’un chien ou les oreilles d’un singe. La couleur, crûment appliquée, accentue les détails de cette trogne simiesque; la barbe et les cheveux sont rouge brun, mêlé de jaune; le globe des yeux et les paupières sont rouges ainsi que les rides creusées en travers du front; la chair des joues est rose, comme celle de tout le corps, car on voit encore des vestiges de cette couleur sur les épaules, sur la main, et par derrière.
Il est impossible d’hésiter ; cette affreuse caricature est celle d’un orateur, d’un harangeur hardi de la populace. Le geste en dit long sur le discours : l’homme proteste de son amour et de son dévouement pour le peuple ; il jure qu’il lui parle pour son bien, que ses mains sont pures comme son cœur, et prend les dieux à témoins ; la face de Silène en dit long sur l’homme, brutal, bestial, hirsute, horrible, pilier de cabaret., insolent et fort en gueule ; au demeurant un de ces démagogues pour qui les poètes comiques n’avaient pas d’assez ignobles injures. Notre petite figurine pourrait servir de commentaire à plus d’un vers d’Aristophane ; nous y voyons volontiers la transcription plastique de l’un de ces portraits de courtisans cyniques de Dêmos, que le poète chargeait de toutes les laideurs et de toutes les vilenies, Hyperbolos, Pisandre, ou Gléon, Gléon ce « chien-renard, aux dents aiguës, sournois, rusé, plein de malices, rebut de la cité, aigle aux ongles crochus, bête immonde qui se vautre dans la boue, cynocéphale, Gynnaaux yeux de braise, puant comme un phoque, obscène comme une Lamie, difforme comme un chameau, baleine dévorante, criant comme un porc que l’on grille, voleur public, gouffre de rapines, Charybde de vols, scélérat, trois fois scélérat1. » Voilà des invectives bien brutales, et des injures sanglantes ; elles s'atténuent, si l’on songe qu’elles ne sont pas, dans Aristophane, ainsi groupées, et que partant elles sont assaisonnées d’esprit. Le grotesque orateur d’Élatée est spirituel, aussi, et, tout hideux qu’il est, il paraît en somme plus plaisant qu’ignoble ; il nous amuse, et nous fait rire en éveillantdans nos souvenirs une silhouette bien connue, à Paris comme à Athènes ou à Élatée; le coroplaste qui dans une heure de gaîté troussa si drôlement cette caricature, avait bien de la dextérité, et savait observer finement la nature. Nous voudrions pouvoir prouver qu’il était élatéen.