‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 33 sur 186 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

LES INSCRIPTIONS

Nos recherches topographiques à Élatée n’ont donné, nous ne l’avons pas dissimulé, que des résultats médiocres. La désolation morne du site, d’où les ruines mêmes semblaient avoir disparu sous l’effort des hommes et des siècles, ne nous inspirait d’ailleurs qu’un espoir bien timide, et l’insuccès prévu n’a pas vraiment entraîné de déception.

Nous avons même oublié l’échec partiel de nos sondages, dès que nous avons pu réunir à Drakhmani une petite collection de textes épigraphiques arrachés aux murs écroulés et enfouis des chapelles byzantines, et déchiffré nombre d’inscriptions dont quelques-unes ont un intérêt assez vif.

La plus ancienne que nous ayons recueillie est une épitaphe en caractères archaïques; la rareté des textes phocidiens archaïques lui donne du prix, d’autant qu’elle contient la lettre © (ct>) dont la forme était jusqu’à présent inconnue, et la lettre M, avec cette forme nouvelle M. Ainsi se trouve heureusement complété le tableau de l’alphabet phocidien archaïque ( Append . I, n° 24).

Le texte le plus récent nous transporte en plein Moyen-Age, sans doute à l’époque de la domination franque en Grèce. G’est la curieuse inscription gravée sur la « pierre de Cana », précieuse relique transportée de Palestine à Élatée, et qui éveille brusquement dans l’esprit, en un lieu où l’on ne s’y attend guère, le souvenir du premier miracle du Christ : « Voici la pierre de

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Gana en Galilée, où notre Seigneur Jésus-Christ a changé l’eau en vin. »

M. Charles Diehl a bien voulu, clans le Bulletin de Correspondance hellénique, étudier ce monument d’ordre si rare et singulier, et montrer tout le prix d’une telle découverte. Nous sommes certains que le lecteur sera heureux de retrouver à la fin de ce volume l’article plein de science lumineuse où notre ami a énuméré les reliques semblables conservées, au dire deshagiologues et des voyageurs, dans tout le monde chrétien ; établi l’authenticité très certaine de la pierre de Cana, et, par des hypothèses aussi prudentes qu’ingénieuses, expliqué sa présence dans une humble église des bords du Céplrise phocidien. Un pèlerin du viD siècle, Antonin de Plaisance, a visité Cana ; il s’est couché sur le lit de pierre où Jésus s’était couché lui-même ; il a inscrit au chevet son nom et le nom de ses parents : M. Diehl a retrouvé ce proscynème, gravé finement à la pointe, et ce coup de partie donne au marbre aujourd’hui exposé dans la Petite Métropole d’Athènes une valeur inestimable. Mais cette découverte a été contestée ; l’existence du graffito a soulevé de vives controverses, et l’on nous saura gré de publier à la suite de l’article de notre ami la note complémentaire qu’il a rédigée sur notre demande pour défendre sa bonne foi h

Entre ces deux extrêmes, l’âge archaïque et le Moyen-Age byzantin, l’époque de la domination romaine est représentée dans notre Corpus des inscriptions élatéennes par ces dédicaces banales où se complaisait la flatterie des Grecs dégénérés. Citonsen deux : l’une qui date de la république, en l’honneur de Sulla Faustus, fils du dictateur et de Cécilia Métella, et gendre de Pompée, donne à ce personnage le titre d’av-tarpocTYiyo;, pro prætore, et permet de compléter son cursus honorum 1 2; l’autre datée de l'année 119 de notre ère, est gravée sur la hase d’une statue que le peuple et le conseil des Élatéens ont élevée à l’empereur Hadrien 3 ; elle porte cette mention intéressante que l’argent nécessaire à l’érection de la statue a été puisé à deux caisses municipales, celle du vapuaç ( quæslor ) et celle de l’àpyupoTa[.uaç. Cette distinction n’est pas nouvelle, mais la dédicace d’Élatée a ce mérite qu’elle a fourni à notre ami et collègue M. Camille Jullian l’occasion de fixer un point obscur de l’administration

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