‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 40 sur 186 · Voy. supra, p. 24, fig · texte numérisé non relu

Voy. supra, p. 24, fig

plus au Nord, en arrière du mont Craneus, presque sur la rive droite du fleuve Boagrius. Il y a là une interversion curieuse des situations respectives de la ville et du temple ; le texte de Pausanias a été lu légèrement, et mal interprété.

Les voyageurs, du reste, jusqu’au commencement de notre siècle, ne sont pas venus au secours des géographes. Peut-être Wheler passa-t-il par le temple en se rendant de Turchochorio à Talanti, mais il ne le reconnut pas plus qu’il n’avait reconnu et identifié les ruines d’Élatée. « Nous vîmes au bout de ce chemin les ruines d’une ville ancienne avec une forteresse qui en dépendait, située sur un rocher. Après cela, montant la côte proche le haut de la montagne, nous vîmes quelques vieilles églises ruinées, et deux heures plus loin nous arrivâmes dans le village appelé Calopodia. » Ces églises ruinées sont sans doute, sans qu’on puisse rien affirmer, l’hiéron d’Athéna Cranaia et ses dépendances. L’hypothèse est d’autant plus vraisemblable que, nous le dirons, une chapelle byzantine s’est élevée sur la terrasse même où fut construit le temple grec.

Toujours est-il qu’en 1787 encore, sur la carte de la Phocide, de la Doride et du pays des Locriens dressée par Barbier du Bocage pour le Voyage du jeune Anacharsis, la place du temple est encore mal indiquée, près d’un cours d’eau. Toute erreur ne devait disparaître des cartes qu’après le voyage de Dodwell (de 1801 à 1806).

Dodwell semble être, le premier, monté à l’hiéron, dont les habitants d’Éieuta lui avaient indiqué la position. Il décrit avec un certain soin la route qu’il a suivie et l’aspect de la ruine ; aussi nous semble-t-il important de traduire ici ses propres paroles :

« Au village d’Éleuta, nous cherchâmes à obtenir quelques renseignements concernant le temple de Minerve Cranaia qui, selon Pausanias, était à vingt stades d’Élatée. Nous apprîmes que des murailles et des colonnes antiques se voyaient sur les hauteurs, à trois quarts d’heure du village. Nous nous décidâmes à y aller, accompagnés d’un guide. Pausanias dit que la route monte doucement. Nous nous dirigeâmes vers le Nord, et après avoir passé un torrent descendu des hauteurs voisines, qui font cercle à droite, nous montâmes doucement, et atteignîmes en une demi-heure une église avec des blocs tout autour, et un grand vase brisé en pierre, probablement l’ancien réceptacle d’une fontaine qui jaillissait là du roc. Quatorze minutes après

SITUATION DU TEMPLE

nous parvînmes aux ruines du temple, situé précisément comme Pausanias le décrit, sur un roc escarpé, de hauteur et de dimensions moyennes. Il était ceint d’un péribole. Le côté Sud est soutenu par une solide muraille de grande antiquité, à présent composée de onze assises de pierres assemblées avec une certaine irrégularité ; c’est presque l’appareil polygonal.

« Ce mur est percé de plusieurs trous pour l’écoulement des eaux, trois sur une ligne, superposés. Le péribole était fermé par une porte dont la ruine se voit à l’angle Nord-Ouest; c’est par là que nous entrâmes.

« Plusieurs constructions apparaissent autour du temple; elles le reliaient sans doute aux portiques, et servaient aux prêtres et aux serviteurs.

« Le temple lui-même était de petites dimensions, moins grand que le Théseion d’Athènes, et bâti sur le même plan. Les parties inférieures de quatre colonnes sont encore debout à leur place. Elles sont en pierre, cannelées suivant le mode dorique. Elles ont deux pieds sept pouces de diamètre, et l’entre-colonnement est de cinq pieds six pouces. La vue qu’on a du temple commande la plaine d’Élatée et les montagnes qui l’entourent h »

Dodwell ne s’est pas contenté de cette description ; comme il s’intéressait particulièrement aux constructions dites cyclopéennes ou pélasgiques il a dessiné la muraille qui soutient, au Sud, la terrasse du temple 2. Ce dessin n’a été publié qu’en 1834; la planche III en est une reproduction fidèle.

Leake, en 1835, est monté à l’hiéron, et dans le récit de son voyage mentionne simplement, en passant, qu’il existe encore quelques ruines du temple sur la montagne au dessus de Lefta. C’est probablement d'après Dodwell que les auteurs de la grande carte de Grèce dressée par l’État-major français (1852) ont exactement marqué la place du sanctuaire.

Enfin, en 1877, M. Lolling a fait à son tour l’ascension, et publié, en même temps qu’une importante inscription trouvée parmi les ruines ( Append . I, n° 56), une courte description du site qui corrige et complète les détails donnés par Dodwell :

1. Dodwell, A classical and topographical tour through Greece, t. II, p. 40 et s.

2. Dodwell, Wiews and descriptions of cyclopian or pelasgic remains in Greece and Italy with constructions of a latter période... intended to his classical and topographical Tour in Greece during lhe years 1801, 1805 and 1806 (Londres, MDCGCXXXIV). Plate 40 : Terrace voall and drains of the temple of Minerva Kranaia.

LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANAIA.

« Les ruines du temple d’Athéna Kranaia, dans les montagnes, près d’Élatée, que Pausanias (X, 34, 4) a clairement désigné, ont été déjà visitées et décrites par Dodwell. Son observation, que les bases de quatre colonnes sont encore debout à leur place, n’est plus exacte ; les ruines, malgré leur isolement, ont encore beaucoup souffert depuis le passage du voyageur anglais. Le peuple prend le mur du péribole pour l’enceinte d’une forteresse et appelle ce lieu du nom étrange de Koccrpo tou Aocgou. Au mur du péribole se rattachent, placées à côté les unes des autres en longue file, un grand nombre de pièces d’un bâtiment qui s’étend le long de l’enceinte, à l’intérieur, sans doute les axoxi Y-cO. otXY)cr£tç choc twv gtowv, evGa oîxoüciv olç tt)V Qsôv GepOCTeUSlV xaôsoTYptg ; l’ensemble fait l’effet (qu’on me passe l’expression) d’un vieux cloître ruiné b »

Lorsque nous avons, en 1884, commencé nos recherches à Élatée et au temple d’Athéna, nous avons d’abord étudié de près la route qui conduit de la ville au sanctuaire.

Éleuta se trouve à une demi-heure de marche environ de Drakhmani ; le sentier, sortant du village, se dirige vers le Sud- Est, coupe, en suivant la même direction, un ruisseau profond qui va tomber dans le Géphise. On rejoint bientôt le mur d’enceinte de l’ancienne Élatée, reconnaissable à de gros blocs de pierre émergeant d’un remblai; ce mur et le sentier, comme nous l’avons dit ailleurs, décrivent un arc de cercle courbé vers le Sud 1 2. A l’extrémité du sentier, où se trouve une fontaine, finit la plaine. On commence alors à s’élever au-dessus du moulin d’Éleuta, à droite d’un torrent qui devient de plus en plus encaissé, et que l’on traverse au point même où il reçoit un affluent à gauche. Le sentier gravit ensuite avec peine un premier escarpement, à droite du nouveau torrent couvert de lauriers roses, d’arbousiers et de platanes, et débouche sur un plateau verdoyant que les indigènes appellent \ tol uraTfoupa, du nom d’un arbuste épineux qui y croît en abondance parmi les agnuscastus aux odorantes grappes violettes 3. L’endroit est délicieux; le ruisseau, courant sous la verdure, répand une fraîcheur bienfaisante ; matin et soir les perdrix se rassemblent de la montagne desséchée pourboire l’eau limpide du vallon; tout le long du

1. Lolling, Mittheilungen d. arch. Instituts in Athen, 1878, p. 19 et s.

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